«Des conséquences graves pour l’apprentissage» : dans les Hauts-de-Seine, des enseignants en colère

La dotation horaire globale allouée aux collèges et lycées pour la rentrée prochaine augmente trop faiblement par rapport à la hausse des effectifs et au vu du contexte sanitaire, selon les syndicats enseignants du second degré.

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 Antony, le 26 janvier. Des enseignants du collège Descartes ont fait grève, notamment pour protester contre la baisse des moyens alloués à leur établissement pour la rentrée prochaine
Antony, le 26 janvier. Des enseignants du collège Descartes ont fait grève, notamment pour protester contre la baisse des moyens alloués à leur établissement pour la rentrée prochaine DR

Ils s'attendaient, au moins exceptionnellement en pleine crise du Covid-19, à obtenir plus de moyens pour la rentrée scolaire prochaine. Ne serait-ce que pour compenser les retards accumulés par certains de leurs élèves pendant le confinement et l'organisation de demi-accueil dans certains établissements.

Mais ce n'est pas ce qui se profile pour la rentrée 2021, selon une partie des enseignants du second degré. La colère gronde déjà dans plusieurs établissements scolaires. Les enseignants du lycée Joliot-Curie à Nanterre (Hauts-de-Seine), anciennement classé en zone d'éducation prioritaire, se sont mis en grève pendant trois jours, la semaine dernière, pour dénoncer « la baisse drastique des moyens qui leur seront alloués » en septembre prochain.

« L'inspection académique prévoit 80 élèves supplémentaires, soit l'équivalent de trois classes, puisque nous avons toujours fonctionné à 30 élèves par classe maximum étant un ancien lycée de ZEP, mais on nous a alloué seulement 60 heures par semaine, soit l'équivalent de deux classes », peste Kai Terada, enseignant de mathématiques et cosecrétaire départemental de Sud Education 92.

Les professeurs craignent des « conséquences graves et massives pour les conditions d'apprentissage et de travail des élèves comme des personnels » : perte d'heures de cours pour les élèves, perte de l'aide personnalisée et des dédoublements dans certaines disciplines…

Des inquiétudes pour la spécialité théâtre

Ils s'inquiètent en outre de la menace qui pèserait, d'après eux, sur la spécialité théâtre que le lycée Joliot-Curie est le seul à proposer dans le bassin. « Cette spécialité est l'un des marqueurs pour notre lycée. Nous avons un partenariat avec le théâtre des Amandiers. Elle contribue au rayonnement de notre établissement situé en quartier populaire. C'est important », défend le professeur de mathématiques.

Nanterre, le 26 janvier. Les enseignants du lycée Joliot-Curie ont fait trois jours de grève pour dénoncer la baisse de leur dotation horaire globale pour la rentrée prochaine. DR
Nanterre, le 26 janvier. Les enseignants du lycée Joliot-Curie ont fait trois jours de grève pour dénoncer la baisse de leur dotation horaire globale pour la rentrée prochaine. DR  

De l'autre côté du département, à Antony, le collège Descartes perdrait également douze heures par rapport à l'année dernière. Les dix heures gagnées à la dernière rentrée seraient donc perdues. La semaine dernière, des enseignants se sont réunis devant leur collège, près de 80 % d'entre eux étaient en grève.

« On est obligé de retirer des demi-groupes en techno ou en physique, de supprimer des projets ; on a ouvert une classe bilingue italien à la rentrée, qui demande deux heures de plus qu'on ne nous donne pas ; on va avoir des classes surchargées, des cours de langue vivante à 31 ou 32 élèves… », énumère en rage Céline Galbrun, professeure d'EPS, syndiquée au Snep.

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Les enseignants de ces deux établissements ne sont pas les seuls à déplorer une réduction de leur enveloppe horaire pour l'année prochaine. « Nous constatons globalement une augmentation des effectifs, de prévisions à prévisions — plus de 200 élèves en collège et plus de 500 en lycée — mais cela ne se traduit pas par une augmentation proportionnelle des moyens », déplore Julien Beaussier, cosecrétaire départemental du Snes. « Pis, les établissements les moins favorisés du territoire se retrouvent avec une baisse conséquente d'heures par élève. »

Près de la moitié des établissements y perdraient, selon le Snes

Selon son syndicat, le collège Guy-Môquet à Gennevilliers, situé en REP +, ne perd que deux élèves à la rentrée prochaine mais la dotation est réduite de 58 heures par semaine, ce qui correspond à deux classes. « Les élèves seront moins encadrés, cela va avoir des conséquences terribles », prévient-il.

Le collège Joliot-Curie de Bagneux, classé REP, est dans la même situation. Le collège Petits-Ponts à Clamart, en REP aussi, gagnerait quant à lui 31 élèves mais perdrait un peu plus de quatre heures hebdomadaires. En tout, d'après le Snes, 77 collèges et lycées verraient leurs moyens diminuer sur plus de 153 établissements au total.

« Un des gros marqueurs du département, c'est la différence notable entre les établissements les moins favorisés et les plus favorisés. Leur indice de position sociale (NDLR : cet indice éclaire sur la situation sociale des élèves face aux apprentissages) va de 81,8 à 145,8, sachant que la moyenne française est de 100. Une trentaine seulement sont en dessous de cette moyenne. C'est donc surprenant de voir qu'on ne met pas davantage le paquet sur ces collèges et lycées les plus fragiles, surtout en cette période particulière », s'étonne Julien Beaussier.

1278 élèves supplémentaires prévus

Ce qu'une enseignante du collège Evariste-Galois, à Bourg-la-Reine, confirme. « Nous ne sommes pas le collège qui est dans la pire situation mais même ainsi, nous avons le sentiment que le confinement n'a pas du tout été pris en compte pour définir nos moyens alloués, ni qu'il y a eu une réflexion pédagogique sur le sujet », regrette Marianne Gobeaux, professeure de français syndiquée au Snes.

La direction des services départementaux de l'éducation nationale des Hauts-de-Seine affirme pourtant que des moyens supplémentaires seront mobilisés, dans le second degré, pour accompagner l'évolution démographique et la carte des formations professionnelles. « L'augmentation de la dotation pour le second degré permettra d'accompagner l'évolution démographique positive (plus de 1278 élèves) du département », assure la DSDEN.

Et de préciser : « Chaque établissement reçoit une dotation adaptée à sa situation, composée d'une partie incompressible, fondée sur les grilles nationales des heures d'enseignement et d'une marge d'autonomie ou qualitative, attribuée selon son indice de position sociale. »

S'agissant de la prise en compte du contexte sanitaire, la DSDEN revendique qu'« avec un budget en hausse de 3 % au niveau national (+ 1,6 milliard d'euros), l'éducation reste une priorité ».