Confinement : coup de pouce aux commerçants locataires à Colombes

Le tiers des commerçants locataires du bailleur social de la ville de Colombes ont bénéficié d’exonérations de loyers.

 Colombes, le 27 octobre. Boulanger au Petit Colombes, Lotfi Bourguiba a bénéficié d’une exonération de loyer. Ce qui lui a permis de conserver son personnel.
Colombes, le 27 octobre. Boulanger au Petit Colombes, Lotfi Bourguiba a bénéficié d’une exonération de loyer. Ce qui lui a permis de conserver son personnel. LP/O.B.

Colombes Habitat venait de renoncer aux loyers des commerçants les plus en difficulté pendant le premier confinement. Le bailleur social de la ville envisage maintenant une mesure semblable pour ce mois de novembre.

Dans les jours qui viennent, Patrick Chaimovitch, le maire EELV de Colombes et président du bailleur municipal, et ses équipes, vont faire le tour des commerçants de la ville et présenter l'éventail des dispositifs d'aide. « Cela passe aussi par des exonérations de loyers en fonction des pertes de chiffres d'affaires », précise l'élu écologiste.

Le conseil d'administration de Colombes habitat public (CHP) vient de valider l'annulation pure et simple des loyers pour 26 des 75 commerçants installés dans ses locaux, principalement en rez-de-chaussée d'immeubles situés dans les quartiers populaires du Petit-Cèolombes et des Fossés-Jean.

« Cette exonération représente quelque 82 000 €, estime Patrick Chaimovitch, maire (EELV) de Colombes et président du bailleur municipal. La crise sanitaire et le confinement ont eu un impact sur environ un tiers des commerçants locataires de CHP. Nous avons regardé les cas les plus critiques. »

« Sans cette aide, j'aurais peut-être été contraint de licencier »

Ce sont des boulangers, des cafetiers, des bouchers, des esthéticiennes, des restaurateurs qui ont vu leur affaire péricliter.

C'est ce qui est arrivé à Lotfi Bourguiba. Le patron de la boulangerie des Grèves s'est installé boulevard Salvador-Allende en 2001. Dans ce quartier, à la limite du Petit-Colombes, les logements sociaux font face à la zone d'activité de la Seine regroupant de nombreuses entreprises dont le traiteur de luxe Butard. Le confinement a eu un effet immédiat sur les affaires de Lotfi.

« Le chiffre d'affaires a immédiatement plongé, témoigne le chef d'entreprise. Du jour au lendemain, les sociétés du quartier ferment : autant de clients en moins. Quand les salariés qui viennent chez moi sont confinés, c'est 50% du chiffre d'affaires en moins », appuie-t-il.

L'autre problème est venu avec les nouvelles habitudes prises pendant le confinement. « Les clients classiques se sont mis à faire son pain chez eux. »

La suspension puis l'effacement de son ardoise de deux mois de loyer (de l'ordre de 2 500 €) ont été une bouffée d'air. « Sans cette aide, mon commerce n'aurait pas forcément été condamné à mort mais j'aurais peut-être été contraint de licencier deux ou trois employés. J'ai pu préserver les emplois », assure-t-il fièrement, même si l'inquiétude resurgit avec le reconfinement.

Néanmoins, pour mieux affronter les difficultés à venir, le boulanger des Grèves a diversifié ses activités avec du snacking, un distributeur de boissons et des pizzas maison. « Nous sommes mieux armés pour le reconfinement. » Lotfi jette un œil à son four à, pizza flambant neuf. « Il n'y a plus qu'à espérer que les gens ne se mettent pas à faire leurs pizzas chez eux », ajoute-t-il avec un sourire.

Colombes n'est pas un cas isolé. La plupart des bailleurs sociaux ont pris des mesures similaires. « Nous avons nous aussi exonéré une trentaine de commerçants particulièrement en difficulté de loyer pour les deux mois de confinement », commente Patrice Leclerc, le maire PCF de Gennevilliers.

Hauts-de-Seine Habitat, le bailleur du département, a lui aussi mis la main à la poche pour les commerces « non essentiels » contraints de fermer. Ces exonérations ont ainsi été appliquées à 208 des 521 commerces du parc locatif départemental, soit un peu plus d'un tiers, la même proportion qu'à Colombes. Le montant total de ces aides, du 15 mars au 2 juin, atteint 518 057 €.

Pour Hauts-de-Seine habitat comme pour tous les bailleurs, la question de l'exonération se posera à nouveau. « De nouvelles exonérations pour les commerçants sont inévitables, indiquait le directeur général du bailleur social départemental ce vendredi. Ceux qui sont obligés de fermer n'ont plus aucun revenu. Ces exonérations seront à l'ordre du jour du prochain conseil d'administration en décembre. »

Les habitants des HLM également soutenus

Les bailleurs sociaux ne se sont pas seulement préoccupés de « leurs » commerçants. « Pour les particuliers, nous bloquons l’augmentation des loyers automatiquement prévue sur 2021 », indique Patrick Chaimovitch. L’indice de référence des loyers autorisait une hausse de + 0,66 %. « Cela fait quelques euros. Mais pour certains, quelques euros représentent beaucoup… »

Hauts-de-Seine Habitat, le bailleur le plus important du département avec plus de 45 000 logements dans son parc a ainsi mis en place une ligne d’écoute et d’accompagnement au profit de ses locataires. Ligne qui reçu « plus de 14 000 appels », précise Damien Vanoverschelde, directeur général du bailleur départemental. Les conseillères sociales ont reçu par ailleurs un millier d’appels de la part de locataires en difficulté. Ces contacts ont débouché sur 180 mesures de délais de paiement. »