Confinement : à peine réveillée, La Défense va se rendormir

Les tours du quartier d’affaires vont encore se vider, à partir de vendredi. Les salariés désormais habitués au télétravail abordent le reconfinement avec une certaine fatalité.

 La Défense, le 29 octobre 2020. Les salariés vont de nouveau déserter le quartier d’affaires.
La Défense, le 29 octobre 2020. Les salariés vont de nouveau déserter le quartier d’affaires. LP/A.-S.D.

Le pas pressé, souvent chargés avec un ordinateur en bandoulière et un autre sac rempli de dossiers. Ce jeudi, une grande partie des salariés du quartier d'affaire de La Défense ont passé une dernière journée au bureau en « présentiel », avant de basculer de nouveau en télétravail total. Le quartier d'affaires va se replonger dans le même silence qu'au printemps dernier.

Pourtant, La Défense avait repris des couleurs ces dernières semaines. En septembre, l'Etablissement public Paris La Défense se félicitait de la reprise de l'activité dans le quartier d'affaires avec 60 % de salariés de retour au bureau. Alors qu'ils étaient déserts en mars et avril, la fréquentation des parkings atteignait 90 %. Et l'on comptait 5 000 passages de vélos sur le pont de Neuilly, soit 42 % de plus qu'en juin.

Le reconfinement va tout changer. Mais son annonce, mercredi soir par le Président de la République, n'a pas eu le même effet sur les salariés du plus grand quartier d'affaires d'Europe. Notamment parce que bon nombre des 180 000 personnes qui travaillent dans les tours sont déjà en télétravail plusieurs jours par semaine. Depuis six mois, et le premier confinement, les grandes entreprises du quartier d'affaires ont évolué en ce sens. Selon l'établissement public Paris-La Défense, la fréquentation des bureaux a ainsi baissé de 40 %.

Parmi les habitués du télétravail, Emilie, 34 ans, assistante RH pour un grand groupe de restauration de voyage. La jeune femme qui habite le Val-d'Oise est toujours sous le régime du chômage partiel depuis le premier confinement. « Je viens deux jours par semaine à La Défense et je travaille chez moi une journée », détaille-t-elle, sans savoir quelle sera l'organisation dans son entreprise à compter de la semaine prochaine. Et surtout combien de temps cela va durer, ajoute cette mère d'un petit garçon de 8 ans. Mais cette fois, lui, ira à l'école. « C'est le seul point positif des annonces, estime-t-elle. Les enfants ont absolument besoin de ce lien social avec l'école. »

«On est un peu sonné quand même »

Au pied des tours comme sur le parvis, ce jeudi, les salariés se saluent et se donnent rendez-vous par visio. Avec une certaine fatalité. « On est un peu sonné quand même », souffle Stéphane, Parisien de 35 ans et pas franchement adepte du télétravail. « Une journée par semaine ça passe, plus c'est assez pénible. Je préfère quand les choses sont bien segmentées entre le boulot et la maison », ajoute ce cadre. Il repart néanmoins avec un clavier d'ordinateur dans son sac à dos. « Je croise les doigts pour qu'il y ait des dérogations et pouvoir venir un peu au bureau », ajoute-t-il.

Un peu plus loin, Christelle, 53 ans, sait, elle, qu'elle passe sa dernière journée dans le quartier d'affaires. Elle est assistante de direction pour un grand groupe mais travaille en intérim via un prestataire. « J'étais là le 13 mai, quand le quartier était encore très calme, que seuls les « invisibles » venaient travailler à La Défense », souligne-t-elle faisant référence aux salariés présents même quand les tours ne sont pas occupées par les cadres.

«On est habitué au télétravail»

Comme beaucoup, Christelle a profité de sa pause déjeuner pour faire quelques courses de dernière minute. « J'ai acheté des cordes à sauter pour faire du sport à la maison et des cadres pour faire un peu de décoration », explique cette Parisienne, soulignant l'ambiance « courses de noël », qui régnait dans le centre commercial des Quatre-Temps juste avant la fermeture annoncée.

Devant certaines enseignes, il faut même faire la queue. « C'est complètement dingue de voir autant de monde alors que justement, on nous reconfine pour limiter les interactions sociales », souffle Clara, cadre dans le secteur bancaire. « Il n'y a pas tellement d'autres solutions que le confinement, ajoute-t-elle. Et désormais, on est habitué au télétravail. »