Commerces confinés : les villes des Hauts-de-Seine soutiennent le virage numérique

Plateformes d’achat en ligne, groupes dédiés sur les réseaux sociaux… Pour aider leurs commerces de proximité à faire face au confinement, les communes des Hauts-de-Seine proposent diverses solutions en ligne.

 La réserve citoyenne est mobilisée, à Rueil-Malmaison, pour accompagner les commerçants qui s'orientent vers le numérique.
La réserve citoyenne est mobilisée, à Rueil-Malmaison, pour accompagner les commerçants qui s'orientent vers le numérique. DR.

Aides financières exceptionnelles, sites et cartes de référencement, cellules de crise, lignes de téléphone spéciales, formations, groupes dédiés sur les réseaux sociaux… Les unes après les autres, les communes et intercommunalités des Hauts-de-Seine dégainent ou renforcent leurs dispositifs pour soutenir les commerces obligés de rester portes closes pendant l'actuel confinement lié à la pandémie de Covid-19.

Des collectivités qui préfèrent aider les petits commerces à prendre le virage numérique plutôt que de promulguer des arrêtés municipaux permettant leur ouverture physique… et n'ayant aucune chance d'aboutir.

« Il faut être raisonnable et penser à l'aspect sanitaire. Nous sommes plutôt dans une démarche proactive. On préfère s'organiser pour aider les commerçants », défend Jeanne Bécart, la maire (LR) de Garches, qui a signé, la semaine dernière, une convention pour intégrer la plateforme d'e-commerce « Ma Ville, Mon Shopping ».

« Dans chaque crise, il y a une opportunité à saisir »

Il en coûtera 12 000 euros à la ville pour un an. « Mais nous avons demandé à la région et à la métropole une subvention pour la première année », précise l'édile, qui s'attend à voir ce système perdurer. « Dans chaque crise, il y a une opportunité à saisir. Là, c'en est une de faire évoluer nos commerces un peu plus vite », essaie de positiver Jeanne Bécart.

Une douzaine de commerces de Garches, soit environ 15 %, se sont déjà inscrits à la plateforme « Ma Ville, Mon Shopping ». LP.
Une douzaine de commerces de Garches, soit environ 15 %, se sont déjà inscrits à la plateforme « Ma Ville, Mon Shopping ». LP.  

« Il y a eu une prise de conscience des commerçants que le monde a changé et, avec lui, les réflexes de consommation. Ils ne peuvent plus se contenter d'être présents physiquement, le digital doit être complémentaire, ce qu'on appelle le phygital. Cette crise est au moins l'occasion de saisir cette opportunité », approuve Xabi Elizagoyen, adjoint au maire de Rueil-Malmaison en charge du commerce.

La municipalité a, elle, carrément créé sa propre plateforme en ligne, rueilboutiques.fr, dès fin mars. Plus d'une centaine de commerces locaux y sont désormais référencés tandis que les agents municipaux et la réserve citoyenne sont mobilisés pour aider les moins aguerris à s'y mettre. Les inscriptions ont évidemment été relancées par le nouveau confinement.

Et la municipalité planche déjà sur des améliorations, avec notamment le paiement en ligne. « Depuis juillet, nous avons tiré les conséquences du premier confinement, explique Patrick Ollier, le maire (LR) de Rueil-Malmaison. Nous en avons déduit qu'il fallait encore renforcer le dispositif. »

La ville de Rueil-Malmaison a créé sa propre boutique en ligne depuis fin mars d’abord pour aider les commerces sédentaires puis les autres boutiques. LP.
La ville de Rueil-Malmaison a créé sa propre boutique en ligne depuis fin mars d’abord pour aider les commerces sédentaires puis les autres boutiques. LP.  

D'autres communes sont en train de lui emboîter le pas comme Colombes et Suresnes. « Nous avons même lancé une réflexion sur un marché de Noël virtuel », révèle Guillaume Boudy, le maire (LR) de Suresnes.

Les réseaux sociaux, « une vitrine » pour les commerçants

En attendant, le compte Instagram de sa ville a créé une chaîne dédiée #voscommerces, permettant aux artisans locaux d'informer leurs clients potentiels. Pour le maire, il y va de « l'assistance à commerce en danger ». « Il ne faut pas oublier que les commerces sont des lieux de vie, de rencontres entre les habitants d'un quartier, des occasions de sortie », souligne Guillaume Boudy.

Boulogne-Billancourt a pour sa part privilégié le réseau social Facebook, avec un groupe dédié « Soutenons les commerçants de Boulogne-Billancourt ». Un exemple que devrait suivre le territoire Grand Paris Seine-Ouest. « Rien ne remplace un site d'e-commerce mais cette solution a le mérite d'être plus rapide. Nous avons appris de la première crise qu'il fallait être réactif et ne pas se compliquer la vie. Une page Facebook est plus facile d'accès pour les commerçants », fait valoir la ville.

« Le groupe Facebook de Boulogne compte déjà plus de 7 000 abonnés, constate le fleuriste Arnaud Jutient, fleuriste. Cela nous donne de la visibilité. » LP.
« Le groupe Facebook de Boulogne compte déjà plus de 7 000 abonnés, constate le fleuriste Arnaud Jutient, fleuriste. Cela nous donne de la visibilité. » LP.  

Peu importe la forme, les commerçants saluent ces initiatives, même si aucune solution ne compensera leurs pertes. « Je vois cette plateforme plutôt comme un complément, une vitrine, estime Isabelle Gélin, gérante d'une jeune miellerie à Rueil. Les gens ne savent pas forcément qu'on reste ouvert. La plateforme permet de le faire savoir et de nous faire connaître. »

« Cela permet de garder le contact avec les clientes et de s'en faire de nouvelles, qui nous découvrent ainsi », témoigne Véronique Marro, qui tient un dépôt-vente de vêtements de femmes à Rueil.

« Toutes les initiatives sont bonnes. En période de crise, il faut se bouger », appuie John Haddad. Ce spécialiste des produits de fête, à Boulogne-Billancourt, multiplie donc les posts, même s'il sait qu'il ne rattrapera jamais ce qu'il a perdu à Halloween.

« Cela nous donne de la visibilité et c'est une belle base de départ, renchérit Arnaud Jutient, fleuriste dans cette ville. Et c'est un juste retour pour ceux qui nous ont soutenus à la Toussaint. Si les gens veulent du réconfort, ils savent que nous sommes là! »