Claude Lévêque accusé de viols : Montreuil éteint son installation lumineuse, Montrouge attend

La ville des Hauts-de-Seine veut respecter la présomption d’innocence et décidera jeudi si elle conserve ou non l’œuvre du plasticien, accusé de viols sur mineurs, qui trône en haut du Beffroi. A Montreuil, celle qui habille le château d’eau du quartier Bel-Air n’est plus allumée.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Claude Lévêque est accusé d’avoir abusé sexuellement du sculpteur Laurent Faulon, entre ses 10 et 17 ans, ainsi que violé ses deux frères.
Claude Lévêque est accusé d’avoir abusé sexuellement du sculpteur Laurent Faulon, entre ses 10 et 17 ans, ainsi que violé ses deux frères. LP

Le Musée d'art moderne de Genève décroche les œuvres de Claude Lévêque, l'Elysée conserve son tapis de laine « Soleil noir » dans un des bureaux du président de la République. A Montreuil, les trois cerceaux lumineux qui composent « Modern Dance », dansant autour du château d'eau du quartier du Bel-Air depuis 2015, sont éteints. Vendredi dernier, la commune de Seine-Saint-Denis, où réside l'artiste une partie de l'année, a décidé d'éteindre ces trois cercles bleus.

Depuis les révélations du Monde sur le plasticien de 67 ans visé par une enquête pour viols et agressions sexuelles sur mineurs, ses œuvres sont devenues d'un seul coup dérangeantes ou pour le moins embarrassantes. Elles soulèvent la même question que pour les affaires de Roman Polanski ou Gabriel Matzneff : que faut-il faire de leurs œuvres? Peut-on différencier le travail de l'artiste de ses agissements présumés?

A Montrouge, on n'a pas tranché. Depuis la fin de l'année dernière, « Illumination », un néon de 10 mètres de long pour 2 de haut trône au sommet du Beffroi, le bâtiment le plus emblématique de la commune. Une œuvre de Claude Lévêque.

Le maire veut «garder son sang-froid»

Jusqu'à présent, la position de la ville est celle-ci : elle respecte la présomption d'innocence. Donc pour l'instant, l'œuvre reste dans l'espace public et continue d'illuminer la place centrale au moins pour les prochains jours. Il s'agit aussi de se laisser un peu de temps. « Je réunis ma majorité jeudi soir pour réfléchir sereinement », explique Étienne Lengereau, maire (UDI) de Montrouge.

Montrouge, ce mardi 26 janvier 2021. L'œuvre «Illumination» de Claude Lévêque est installée au sommet du Beffroi. LP/Marjorie Lenhardt
Montrouge, ce mardi 26 janvier 2021. L'œuvre «Illumination» de Claude Lévêque est installée au sommet du Beffroi. LP/Marjorie Lenhardt  

« Cette œuvre a été installée dans le cadre du festival Le jour d'Après qui a été annulé lors du deuxième confinement et reporté au mois de mars, reprend l'édile. Nous déciderons jeudi soir de ce que nous allons faire du festival en fonction des annonces gouvernementales sur la situation sanitaire. »

Si le festival devait être annulé, toutes les œuvres, y compris celle de Claude Lévêque, seront rendues à leurs auteurs. « L'affaire Lévêque ne concerne pas Montrouge, il y a de l'émotion que nous partageons mais il faut garder son sang-froid et laisser faire la justice », insiste Etienne Lengereau.

«Le côté enfantin et naïf de cette œuvre revêt soudain un côté hautement malsain»

Attendant un rendez-vous au pied du Beffroi de Montrouge ce mardi matin, Théo, 27 ans, se montre plus circonspect : « C'est le Polanski de l'art ! Pour moi, l'être prime sur ce qu'il fait, c'est ce que je pense. Peu importe qu'une personne dessine merveilleusement bien si à côté, elle fait de mauvaises choses. » Même si la présomption d'innocence est de mise, l'agent immobilier estime qu'il ne vaut mieux pas « jouer avec l'humeur de ceux qui pourraient être atteints » par ces accusations de pédophilie.

Claude Lévêque est en effet accusé d'avoir abusé sexuellement du sculpteur Laurent Faulon, entre ses 10 et 17 ans, ainsi que violé ses deux frères. « Le côté enfantin et naïf de cette œuvre d'un artiste bankable revêt soudain un côté hautement malsain. J'espère qu'elle sera rapidement retirée, par respect pour les victimes », s'indigne une Montrougienne sur les réseaux sociaux en réponse à une publication de l'opposition.

Newsletter L'essentiel du 92
Un tour de l'actualité des Hauts-de-Seine et de l'IDF
Toutes les newsletters

Le groupe des élus Demain Montrouge a en effet demandé au maire de revenir sur sa position et de retirer l'œuvre comme l'a fait le musée de Genève en attendant que la justice passe, « pour les victimes ».

« S'ils peuvent la démonter qu'ils la démontent ! C'est grave des accusations de pédophilie » s'exclament Mathieu et Anthony, en pleine conversation sur la place que domine le Beffroi.

Pour autant, tous les Montrougiens ne sont pas du même avis : « Tant que les choses ne sont pas prouvées, c'est compliqué je trouve de jeter l'opprobre sur une personne, estime Vartouhi, patronne de pizzeria. En plus, elle n'est pas si mal cette œuvre. Par contre, si c'est vrai, c'est une catastrophe. Les enfants et les personnes âgées, on ne les touche pas ! »