«Ceux qui ont des symptômes préfèrent se taire» : les cas de Covid-19 se multiplient à la prison de Nanterre

Une trentaine d’agents et trois détenus ont été contaminés en deux semaines. Le quotidien de l’établissement pénitentiaire est bouleversé.

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 Nanterre, ce mardi. Depuis le 10 janvier, une trentaine d’agents et trois détenus ont été touchés par le Covid-19.
Nanterre, ce mardi. Depuis le 10 janvier, une trentaine d’agents et trois détenus ont été touchés par le Covid-19.  LP/V.M.

Plutôt épargnée au début de la pandémie, la maison d'arrêt de Nanterre est désormais touchée de plein fouet par le coronavirus. Trente agents de l'établissement pénitentiaire sont atteints par le Covid-19. Trois détenus ont également contracté le virus. Sans compter le prisonnier cas contact, hospitalisé pour une autre pathologie, puis diagnostiqué positif ces derniers jours.

En ce début d'année, le premier cas de contamination est apparu parmi le personnel pénitentiaire le 10 janvier. Dans la foulée, trois de ses collègues se sont révélés positifs. Quatre jours plus tard, ils étaient une dizaine et en fin de semaine dernière, le nombre d'agents touchés s'élevait à vingt-cinq.

Lundi, ils étaient trente-et-un. Puis un de moins ce mardi. Ce qui laisse Anne Drouche, la directrice de la maison d'arrêt de Nanterre, espérer que « le plus dur est passé ».

Toutes les catégories de personnel touchées

« Toutes les catégories de personnel sont concernées, précise Anne Drouche. C'est vrai que pour le personnel en uniforme, il y a plus de promiscuité, mais à la direction et dans toutes les catégories de personnel, nous avons été touchés. »

Selon Frédéric Lesport, délégué syndical FO pénitentiaire, qui n'hésite pas à parler « d'hécatombe », la flambée de cas aurait pu être évitée si ses collègues avaient obtenu « une autorisation d'absence exceptionnelle de 24 ou 48 heures, dès l'apparition des premiers symptômes et le temps de se faire tester et d'avoir le résultat ».

«La doctrine pénitentiaire est claire, répond la directrice de la prison. C'est comme pour le personnel soignant. Pas de symptômes, on vient travailler. Cas contact sans symptômes, on vient travailler. Symptômes ou test positif, on ne vient pas. En revanche, il n'a jamais été envisagé que tout le personnel s'absente en même temps pour être testé. Ce ne serait pas possible. »

Le quotidien de la prison bouleversé

Pour pallier l'absence du personnel contaminé, des agents d'établissements moins touchés sont venus en renfort depuis la fin de semaine dernière. Reste que le sous-effectif désorganise le quotidien de la prison, déjà bouleversé depuis le début de la crise. « Déjà, il n'y a plus aucune activité, rien à faire, sauf la promenade, les parloirs et le médecin », précise un homme sorti de détention voici quelques jours.

Certains se plaignent d'attendre plusieurs heures quand ils posent devant la porte de leur cellule le drapeau signalant au surveillant qu'ils veulent, par exemple, aller à la cabine téléphonique. Ou d'arriver en retard au parloir, quand le surveillant n'a pas pu ouvrir la porte de la cellule à l'heure.

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« La semaine dernière, quand je suis allé voir mon mari au parloir, il est arrivé en retard parce qu'il manquait du personnel, confie l'épouse d'un détenu ce mardi en sortant de la maison d'arrêt. Il m'a dit que c'était à cause du Covid. »

«Ceux qui ont des symptômes préfèrent se taire»

Dans la maison d'accueil des familles, où elles attendent l'heure de la visite, les proches de détenus n'étaient pourtant pas nombreux à avoir connaissance de cas de Covid derrière les murs. « Ah non, je ne sais pas, pourtant je suis venu la semaine dernière, s'étonne le frère d'un détenu. Il ne m'a rien dit. »

« Il faut comprendre que ceux qui ont des symptômes préfèrent se taire, reprend le trentenaire qui vient de recouvrer la liberté. Ils ne veulent pas inquiéter leurs familles et aussi, ils ne veulent pas aller à l'isolement. Parce que si on a le Covid, on va l'isolement. Une cellule tout seul sans télé, personne n'en a envie. »

« Ce n'est pas l'isolement mais le confinement », corrige la directrice de la prison. Certes mais dans les faits, le résultat est semblable. Le détenu est seul, son unique distraction étant la promenade, mais seul aussi. « Forcément, les mecs, ils préfèrent ne rien dire, reprend le détenu fraîchement libéré. C'est bien qu'on nous mette à l'isolement si on est un cas mais c'est dur à vivre. »

«Quand on va à la douche, on ne met pas de masque»

L'isolement, c'est aussi ce qui attend les détenus qui auraient touché la personne venue leur rendre visite. Après le premier confinement, qui s'était traduit par une suppression totale des parloirs, l'administration a installé des vitres pour séparer détenu et visiteur. « Mais si tu touches la main de ta femme par-dessus, tu vas à l'isolement », raconte l'ancien détenu.

« Le protocole est strict parce que nous faisons tout pour maintenir les parloirs. Ne pas voir les proches est très difficile pour les détenus, nous le savons », explique la directrice de la maison d'arrêt, qui « continue de bien fonctionner » relève l'administration pénitentiaire.

Malgré ces mesures strictes et les difficultés, cet homme considère, comme d'autres prisonniers, que l'administration « n'est pas assez pointilleuse ». « C'est vrai, on est testé à l'arrivée mais c'est tout. Et par exemple, quand on va à la douche, on ne met pas de masque. » Cela étant, des dépistages ont été organisés dès l'apparition des premiers cas début janvier.