«C’est un super tremplin !» : à Boulogne, 40 ans de passion pour les jeux de société

Le concours international de créateurs de jeux de société de Boulogne-Billancourt fête sa 40e édition, cette année. Cet événement est devenu un véritable tremplin pour de jeunes créateurs en quête d’éditeurs.

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 Un auteur présente son jeu au public, lors de la finale du Concours 2019 des auteurs de jeux de Boulogne-Billancourt.
Un auteur présente son jeu au public, lors de la finale du Concours 2019 des auteurs de jeux de Boulogne-Billancourt. Arnaud Olszak

Il a révélé au grand public des jeux comme Quarto, Quadropolis et Not Alone ou encore le stratège Abalone primé en 1988, édité l'année suivante et qui s'est écoulé à 4,5 millions d'exemplaires dans plus de 30 pays, vingt ans plus tard.

Le succès et la renommée du concours international de créateurs de jeux de société de Boulogne-Billancourt, qui vient de boucler ses inscriptions pour 2021, ne faiblissent pas. Le centre ludique de Boulogne-Billancourt ( le CLuBB ) célèbre sa 40 e édition cette année et déjà 124 jeux sont en lisse. Un tiers vient d'Ile-de-France, un quart provient de l'étranger et le reste vient de toute la France.

« Depuis la création du concours, plus de 90 jeux primés ont été édités, sans compter les nombreux finalistes qui ont accédé à l'édition par l'entremise du concours. Ça aide les jeunes auteurs à mettre le pied à l'étrier », souligne Erwan Berthou, responsable du concours de créateurs.

« C'est un super tremplin ! » confirme Laurent Escoffier, ancien participant au concours. Ce Châtillonnais de 53 ans a présenté son premier jeu au jury en 1992 et a gagné alors qu'il n'avait que 25 ans. Puis, pendant vingt ans, le créateur a présenté un nouveau jeu pratiquement tous les ans, tout en gardant une activité principale de graphiste en agence de publicité.

«Un jury qui ne se soucie pas de l'aspect commercial»

« J'ai gagné une première fois, j'ai recommencé, c'est devenu presque un rituel. C'est un super concours avec un jury de passionnés et de curieux, qui ne se soucient pas de l'aspect commercial, ce qui ouvre des portes aux expérimentations », raconte-t-il.

Laurent Escoffier a gagné sept fois au concours, dont la dernière fois en 2016 avec son fils, et la moitié de ces jeux primés ont été finalement édités. Les autres étaient selon lui, « originaux » mais « pas forcément éditables ».

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Désormais reconnu avec une quinzaine de jeux édités à son actif, le créateur de jeux veut laisser la place aux autres auteurs. « Après 2016, j'ai arrêté de faire ce concours car je jugeais que je n'avais plus besoin de cette publicité. C'était parfait au début car je déteste démarcher », précise-t-il.

Laurent Escoffier (à gauche) et David Franck, coauteur principal, ont créé le jeu «Attrape Rêves» récompensé par l’As d’or jeu de l’année 2020, à Cannes. DR
Laurent Escoffier (à gauche) et David Franck, coauteur principal, ont créé le jeu «Attrape Rêves» récompensé par l’As d’or jeu de l’année 2020, à Cannes. DR  

Sa dernière consécration, il la doit à son jeu pour enfants Attrape Rêves, cocréé avec David Franck, qui a remporté l'As d'Or jeu de l'année 2020 du prestigieux festival international des jeux à Cannes. Édité en 2019, il s'est vendu à 40 000 exemplaires.

L'un de ses plus gros succès, conçu avec le même collaborateur, reste Loony Quest écoulé à plus de 150 000 exemplaires dans une dizaine de pays. « L'immense majorité des jeux ont un tirage à 5 000 exemplaires. Au-delà de 10 000, c'est bien », explique Laurent Escoffier.

Les jeux de société profite de la crise sanitaire

Ce dernier estime vivre de ses créations « moyennement bien » mais reste graphiste en « free-lance ». « Ceux qui en vivent bien sont une vingtaine. Comme moi, on est une trentaine mais c'est mieux qu'il y a 20 ans, où trois en vivaient bien et 10 en vivotaient », remarque le Châtillonnais. Récemment, les auteurs de jeux se sont fédérés dans un groupement associatif baptisé la Société des Auteurs de Jeux (SAJ), qui en rassemblent entre 200 et 300.

Le secteur du jeu de société est un des rares secteurs qui se sort de cette crise sanitaire plutôt bien. Avec le confinement, les familles ont redécouvert les moments de convivialité qu'ils peuvent offrir pour un prix finalement abordable en comparaison avec d'autres loisirs.

« La protozone (NDLR : les créateurs de prototypes de jeux) a explosé en 10 ans et cette année, les boutiques de jeux de société ont vraiment bien marché », confirme Erwan Berthou.

Sur les 124 jeux en lisse, 30 vont désormais être sélectionnés sur les règles de jeux et passeront la phase de test des prototypes. Dix jeux seront sélectionnés pour la finale et seront présentés à des éditeurs mécènes.

La finale aura lieu à Boulogne-Billancourt lors d'une manifestation publique, les CreaGames, en septembre, sous réserve des conditions sanitaires. Le jury, composé de représentants de boutiques, illustrateurs, auteurs de jeux, ludothécaires et anciens éditeurs choisira ses quatre favoris après avoir testé lui-même les dix jeux retenus.