Boulogne : trop de bureaux, pas assez de vert, le projet sur l’île Seguin crispe les associations écolo

Dix-huit associations environnementales interpellent la ministre de la Transition écologique sur le dernier aménagement des anciens terrains Renault. La ville pensait pourtant en avoir fini avec les polémiques.

 Boulogne. C’est l’enquête publique sur l’aménagement de la partie centrale de l’île Seguin qui a déclenché la colère des associations.
Boulogne. C’est l’enquête publique sur l’aménagement de la partie centrale de l’île Seguin qui a déclenché la colère des associations. SPL VAL DE SEINE AMÉNAGEMENT

Près de trente ans après le départ de Renault, l'aménagement de l'île Seguin n'a pas fini de déchaîner les passions. Alors que les derniers projets qui animeront l'île de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) semblaient sur de bons rails, de nouvelles voix s'élèvent.

Dix-huit associations environnementales viennent de lancer une déclaration commune sur le sujet, accompagnée de lettres ouvertes adressées à Barbara Pompili, ministre de la Transition écologique, et Olivier Véran, ministre de la Santé. Les critiques portent sur l'aménagement de la partie centrale de l'île - 4,2 hectares sur douze -, pas assez verte à leur goût.

Sur la pointe aval, la Seine musicale s'est déjà bien installée. En amont, les travaux sont en cours pour construire un hôtel, une fondation d'art contemporain et un cinéma.

Un jardin, des bureaux et des commerces

C'est au centre que les affaires se corsent. Rembobinons. Il y a trois ans, pour parer d'éventuels recours, la municipalité de Boulogne s'est engagée dans une médiation avec des associations locales. Deux ans plus tard, un protocole d'accord fixant le cadre de l'aménagement est signé avec quatre associations locales. Celles-ci s'engagent, en contrepartie, à ne pas déposer de recours contre un projet qui respecterait les conditions du protocole.

Le consortium DBS (Développement Boulogne Seguin), qui comprend les trois promoteurs Hines, Icade et Vinci immobilier, dépose donc un permis de construire en février dernier. A cause du confinement, l'enquête publique n'est publiée qu'en juillet. Les curieux découvrent le projet : un jardin de 15 000 mètres carrés, 123 500 mètres carrés de bureaux, dont une tour de 96 mètres et 6 500 mètres carrés de commerces.

Vue du projet d’aménagement de l’îlot central/SPL VAL DE SEINE AMÉNAGEMENT
Vue du projet d’aménagement de l’îlot central/SPL VAL DE SEINE AMÉNAGEMENT  

« Cette enquête publique a été l'élément déclencheur, reconnaît Bernard Landau, président de l'association La Seine n'est pas à vendre. On a tous réagi. » Tous, sauf les associations parties au protocole. « Certaines regrettent d'avoir signé mais elles sont pieds et poings liés aujourd'hui », souffle Michel Becq, membre du collectif « Vue sur l'île Seguin » qui avait, lui, refusé de signer le protocole à l'époque des négociations. Les associations qui protestent aujourd'hui « n'ont aucun engagement vis-à-vis de la mairie de Boulogne », affirme Irène Nenner, présidente d'Environnement 92.

La mobilisation dépasse largement les frontières de Boulogne. « Nous considérons que l'aménagement de l'île Seguin impacte d'autres villes. Ce n'est pas un projet local », poursuit Irène Nenner.

«Ce qui est prévu aujourd'hui est ridicule»

Que demandent les associations? Une île plus verte, car « ce qui est prévu aujourd'hui est ridicule », tance la présidente d'Environnement 92. « Les fleuves sont des couloirs de ventilation et de rafraîchissement des villes. Bétonner l'île, c'est du vieil urbanisme », renchérit Bernard Landau. « La France donne des leçons au Brésil sur l'Amazonie mais on n'est pas capable de consacrer 9 hectares d'espaces verts à Paris… », regrette Michel Becq.

Les critiques portent aussi sur la nature du projet : la construction de bureaux. « Il y a déjà beaucoup de bureaux à Boulogne. Et à l'heure du télétravail, ce modèle est peut-être moins attractif », observe Bernard Landau.

Le projet prévoit 130 000 mètres carrés de construction sur la partie centrale de l’île, ici vue de Meudon/SPL VAL DE SEINE AMÉNAGEMENT
Le projet prévoit 130 000 mètres carrés de construction sur la partie centrale de l’île, ici vue de Meudon/SPL VAL DE SEINE AMÉNAGEMENT  

Cet argument, le maire (LR) le balaie d'un revers de main. « Je peux vous assurer que les bureaux partiront les doigts dans le nez, assure Pierre-Christophe Baguet. Il n'y a pas un mètre carré de bureaux libres à Boulogne. Tout le monde veut y travailler. »

Sur l'aspect environnemental, le maire revendique les « efforts » concédés ces dernières années sur la taille des espaces verts, résultat d'une « médiation exemplaire ». « C'est facile de demander une île verte quand on habite loin. Mais il y a un problème économique, avance-t-il. Quand je suis devenu maire, la ville avait déjà engagé 180 millions d'euros sur l'île. Si on ne fait rien aujourd'hui, je suis obligé d'augmenter les impôts de 300%. Et ce ne sont pas les gens d'ailleurs qui vont les payer… »

«Du bruit pour rien»

Cette nouvelle mobilisation, le maire estime qu'elle fait « beaucoup de bruit pour rien ». « Cela fait vingt ans que ça dure, souffle l'élu. Les habitants en ont ras le bol, ils ont donné des avis favorables. On ne va pas se laisser dicter les choses par des gens qui vivent à Pétaouchnok. Ce qui m'importe, c'est l'avis des Boulonnais. »

Rien n'est encore fait. A l'issue de l'enquête publique, le commissaire enquêteur a émis un avis favorable avec deux réserves : végétaliser les terrasses et faire baisser le bilan carbone lors de la construction. Une fois que les promoteurs lèveront ces réserves, le maire pourra alors signer le permis de construire. Et s'exposera, très certainement, à différents recours.