Boulogne : Stéphane Bern s’allie aux écologistes pour «protéger» le patrimoine de l’île Seguin

Sur invitation de Julien Bayou, candidat (EELV) aux élections régionales, l’animateur et proche de Macron a rencontré dans les Hauts-de-Seine les opposants au projet d’aménagement des anciens terrains Renault.

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 Boulogne-Billancourt, ce mercredi. Stéphane Bern (écharpe bleue) est venu sur l’île Seguin avec Julien Bayou (premier plan, au centre), conseiller régional (EELV).
Boulogne-Billancourt, ce mercredi. Stéphane Bern (écharpe bleue) est venu sur l’île Seguin avec Julien Bayou (premier plan, au centre), conseiller régional (EELV). LP/Marjorie Lenhardt

Voilà un nouveau soutien de poids pour les associations environnementales opposées au dernier projet d'aménagement de la partie centrale de l'île Seguin à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine). L'animateur Stéphane Bern, influent « monsieur patrimoine », s'est rendu sur place ce mercredi après-midi à la demande de Julien Bayou, conseiller régional (EELV) d'Ile-de-France et candidat à la présidence de la région.

Un duo plutôt inattendu. Pourtant ce n'est pas la première fois que les combats des deux hommes – écologique pour l'un, patrimonial pour l'autre – se croisent. Ils s'étaient en effet rencontrés une première fois à Montreuil (Seine-Saint-Denis) sur le site des anciennes parcelles arboricoles des Murs-à-Pêches, où un programme immobilier était prévu.

C'est sur le versant ouest de la capitale, cette fois, que les deux hommes se rejoignent donc pour un nouveau combat : préserver la mémoire et le paysage de l'île Seguin. « Il y a un chapelet d'îles sur la Seine qu'il faut absolument protéger », prévient d'emblée l'animateur, qui pilote l'opération Loto du patrimoine.

Dix-huit associations refusent la construction de bureaux

Rendez-vous était donné au pied du pouce de César levé devant la Seine musicale. Stéphane Bern a d'abord écouté les différents représentants des associations signataires de la déclaration commune concernant l'île. Elles sont dix-huit à s'opposer à l'aménagement de la partie centrale de l'île qui prévoit un jardin de 15000 mètres carrés, 123500 mètres carrés de bureaux, dont une tour de 96 mètres et 6500 mètres carrés de commerces.

« Il y a eu beaucoup de projets au fil du temps sur cette île qui n'ont pas abouti, comme celui de Pinault, on va se retrouver avec des bureaux alors que le télétravail est plus que jamais mis en avant, c'est un manque de vision sur l'avenir », estime l'animateur. Mais ce dernier veut surtout mettre en avant le patrimoine industriel de cette île qui a accueilli les usines Renault de 1929 à 1992.

« L'île Seguin a une mémoire ouvrière, on ne peut pas l'ignorer et elle doit être respectée. Le patrimoine industriel est aussi important que le patrimoine classique des monuments et châteaux. Je pense à tous ceux qui ont travaillé là pendant des années à la chaîne et voir à la place venir des bobos, pardon pour le terme, travailler dans des bureaux… Cela me désole », insiste Stéphane Bern.

Vers un recours contentieux ?

Si l'animateur compte sur sa notoriété pour aider les associations, le candidat aux élections régionales espère, lui, mener le débat autour du fleuve : « Il faut donner une personnalité juridique à la Seine, donner des droits à la nature. Il y a l'aspect ventilation à ne pas oublier : on voit bien dans un contexte épidémique à quel point il est important d'avoir des couloirs de ventilation », soutient Julien Bayou.

Pour les associations, ces nouveaux soutiens leur permettent de montrer leur « détermination ». Alors que le permis de construire pour les bureaux a été déposé en novembre dernier, elles ont été plusieurs à déposer un recours gracieux début janvier.

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« Nous avons très gentiment été reçus par le consortium de promoteurs DBS (NDLR : Développement Boulogne Seguin, qui comprend les trois promoteurs Hines, Icade et Vinci immobilier), mais nous allons certainement aller vers le recours contentieux, nous n'avons pas dit notre dernier mot », affirme Bernard Landau, président de l'association La Seine n'est pas à vendre.

Le maire dénonce un «acte politicien»

« C'est un acte politicien », rétorque Pierre-Christophe Baguet, maire (LR) de Boulogne-Billancourt qui rappelle avoir été « côte à côte » avec Stéphane Bern pour restaurer le château Rothschild. « Ce n'est pas moi qui ai détruit les usines Renault, la mémoire de ce patrimoine est prévue dans le projet avec le pavillon de la Mémoire et, au-delà, c'est moi qui me suis battu pour sauver l'historique portique Renault pour la façade du lycée, nous avons réinstallé la sirène des usines place Jules-Guesde, je ne compte pas les centaines de milliers d'euros que la ville a dépensés pour sauvegarder le patrimoine industriel », énumère-t-il.

Concernant la critique sur les bureaux, le maire estime quant à lui qu'il y a une cohérence avec la culture. « S'ils ont pour projet de ne rien mettre du tout, OK, si l'Etat me donne les millions d'euros de compensation demain (NDLR : DBS a déboursé 329 millions pour la parcelle), pas de problème », ironise-t-il.

Avec le récent soutien de l'Etat, qui a délivré l'arrêté Loi sur l'Eau – approuvant la prise en compte des enjeux de la Seine par l'aménageur et notamment pour les modalités de prévention des inondations –, la ville espère voir s'achever le projet avant la fin 2024.