Boulogne : à la veille du Yom Kippour, Darmanin veut rassurer la communauté juive

En visite à la synagogue de Boulogne, le ministre de l’Intérieur a rappelé que plus de 7000 policiers et militaires sont mobilisés à l’occasion de la plus importante célébration du calendrier hébraïque.

 Boulogne-Billancourt, ce dimanche. À la veille de la fête du Yom Kippour, le ministre de l’Intérieur est allé à la synagogue pour assurer de la protection de l’État et passer en revue le dispositif de sécurisation.
Boulogne-Billancourt, ce dimanche. À la veille de la fête du Yom Kippour, le ministre de l’Intérieur est allé à la synagogue pour assurer de la protection de l’État et passer en revue le dispositif de sécurisation. LP/Marjorie Lenhardt

Des militaires à chaque coin de rue, sept camionnettes de gendarmes, des patrouilles de police. La visite du ministre de l'Intérieur ce dimanche matin à la synagogue de Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine) n'est pas passée inaperçue.

Deux jours après l' attaque au hachoir devant les anciens locaux de Charlie Hebdo, qui a blessé deux journalistes, Gérald Darmanin tente de reprendre la main et veut rappeler « la réalité aux Français » : « nous sommes toujours en guerre, nous devons gagner cette guerre et chacun doit être vigilant ».

Si la menace a vraisemblablement été sous-évaluée dans la rue Nicolas-Appert, où s'est produite l'attaque vendredi —aucun dispositif de sécurité n'a été déployé devant les anciens locaux du journal satirique alors même que le procès des événements de 2015 se déroule en ce moment —, le ministre a assuré que « le gouvernement n'a pas baissé la garde ».

Entouré des représentants de la communauté juive, le patron de la place Beauvau le martèle : « je constate surtout qu'il y a 32 attentats qui ont été déjoués, à peu près un par mois, depuis trois ans ».

En ce week-end d'offices, à la veille de la fête du Yom Kippour, l'Intérieur mobilise plus de 7000 policiers et militaires pour sécuriser 774 points, écoles et synagogues, en France. Plus de la moitié des édifices religieux sont en Ile-de-France, selon Joël Mergui, président du consistoire de Paris, qui concentre la plus importante communauté juive de l'Hexagone.

«Ça ravive les inquiétudes»

Saluant les militaires et sentinelles aux abords de l'édifice religieux, le ministre, accompagné du préfet de police Didier Lallement, a passé en revue le dispositif de sécurisation renforcé à l'occasion de la plus importante fête du calendrier hébraïque.

« Je suis venu dire à la communauté juive aujourd'hui et demain que nous la protégeons et que l'Etat est là pour la protéger », a assuré Gérald Darmanin, qui sera à Créteil (Val-de-Marne), ce mardi, comme il l'avait prévu avant l'attaque de vendredi. «La communauté juive de Créteil est importante », rappelle son président Albert Elharrar.

Point n'est besoin de rappeler cette vigilance à la communauté juive particulièrement sur le qui-vive le Jour du Grand Pardon. « La crainte est toujours là, elle n'est pas plus importante. Il n'y a pas plus de risque aujourd'hui qu'hier mais avec l'attentat de vendredi et le procès en ce moment, ça ravive les inquiétudes à l'approche de fêtes importantes », constate Elie Korchia, président des communautés juives des Hauts-de-Seine, où 57 points vont être particulièrement surveillés.

« La sécurité n'a pas changé depuis des années, il n'y a eu aucun changement depuis 2015. Des réunions avec les préfets du Val-de-Marne et d'Ile-de-France ont lieu régulièrement, notamment pour rassurer la communauté. Mais la protection de nos lieux de culte ne le sera jamais car nous serons toujours une cible. Coronavirus, caricatures : c'est toujours le Juif qui est responsable », se désole Albert Elharrar.

Malgré tout, la communauté a appris à vivre avec cette menace. « Toutes les personnes ont appris à faire attention à leur propre sécurité », explique Robert Ejnes, président de la communauté juive de Boulogne-Billancour t, qui compte 15 000 membres.

Un dispositif propre à la communauté juive

Mais il attend du gouvernement une « présence plus visible » des militaires. « C'est selon les périodes, il y a des moments où il y a beaucoup de sécurité et à certains Shabbat, il n'y en a pas. Quand la situation se calme, ça redescend », confirment à l'unisson trois jeunes fidèles à la sortie de la synagogue.

Sur les moyens déployés, le président du consistoire de Paris se montre plus gêné. « On ne peut jamais dire que c'est suffisant. Les moyens mis en place sont les moyens que l'Etat peut mettre en place, ce n'est pas mon rôle de l'apprécier. Mais tant qu'il y aura des actes antisémites, il faudra multiplier les moyens », explique Joël Mergui.

Cela étant dit, la communauté a aussi déployé ses propres ressources pour assurer sa sécurité. Elle a mis en place depuis 40 ans et l'attentat à la bombe de la rue Copernic, à Paris (qui avait fait quatre morts et une quarantaine de blessés en 1980), un groupe de protection composé de parents et fidèles bénévoles formés à voir et estimer le risque.

Selon Robert Ejnes, il y aurait une dizaine de bénévoles par site en permanence. « Ce protocole de sécurité s'est accentué et professionnalisé au cours des 20 dernières années », précise Elie Korchia.

Gérald Darmanin : «Nous sommes en guerre contre le terrorisme islamique»