Bois-Colombes : un homme battu par son épouse témoigne à la barre

Victime de violences conjugales, Claude a brisé un tabou devant le tribunal correctionnel de Nanterre. Coupable de lui avoir porté des coups, sa femme a été condamnée à 10 mois de prison avec sursis.

 Nanterre. Des hommes sont aussi victimes de violences conjugales. Le tribunal correctionnel a ainsi condamné une femme, jugée coupable d’avoir frappé son mari régulièrement, à Bois-Colombes.
Nanterre. Des hommes sont aussi victimes de violences conjugales. Le tribunal correctionnel a ainsi condamné une femme, jugée coupable d’avoir frappé son mari régulièrement, à Bois-Colombes. LP/Valérie Mahaut

La violence, au sein d'un couple, n'est pas l'apanage des hommes. En atteste le cas de Claude*, père de famille de Bois-Colombes. Battu et menacé de novembre 2019 à avril dernier, il a témoigné, mercredi, au procès de son épouse jugée par le tribunal correctionnel de Nanterre.

Un témoignage rare pour un sujet pas si anecdotique. Entre 2011 et 2018, 28 % des personnes de 18 à 75 ans disant avoir été maltraités par leurs conjoints étaient des hommes, soit près de 82 000 personnes, selon les chiffres de l'enquête de victimisation « cadre de vie et sécurité » menée par l'Observatoire national de la délinquance et de la réponse pénale.

À la barre, où il s'est présenté appuyé sur deux cannes, Claude n'a jamais cherché à jouer les souffre-douleur. Il n'a pas tenté non plus de noircir le calvaire qu'il a vécu dans le huis clos de l'appartement familial, perché au 11e étage d'une tour de Bois-Colombes.

Un appartement à la limite de l'insalubrité que l'intéressé, qui souffrait à l'époque d'obésité morbide, ne quittait jamais ou presque. « Dans toute cette histoire, j'ai aussi ma part de responsabilité, concède-t-il d'emblée d'une voix fluette, soucieux de ne pas accabler sa chère moitié. Après la perte de mon emploi à l'été 2016, j'ai commencé à boire et je me suis laissé glisser… »

La femme décrite comme « fragile, colérique et impulsive »

Sauf qu'à l'époque, son épouse, que les psychiatres décrivent comme fragile, colérique et impulsive, trouve elle aussi refuge dans l'alcool. Le couple ne partage alors plus grand-chose, hormis la surface habitable du logement, d'interminables apéros et un goût immodéré pour le pastis. Conséquence : les disputes se multiplient, les coups succèdent aux mots et très vite, les mains courantes s'entassent sur les bureaux du commissariat local.

Quand ils interviennent enfin, le 27 avril dernier, les policiers découvrent Claude au beau milieu d'un appartement crasseux, à l'air vicié. Ses bras sont couverts de morsures, son visage et son dos zébrés de traces de griffure. « Ces lésions témoignent de l'intensité des violences, observe la procureure. Et on ne parle pas ici de violences réciproques. Le jour où les policiers sont intervenus, le corps de madame ne présentait aucune trace contrairement à celui de monsieur. »

Les coups pourtant, la volcanique épouse de Claude peine à les reconnaître. Les bleus et les ecchymoses découverts sur le corps de son mari ? « Avec son poids et l'alcool, il lui arrivait de chuter et de se faire mal tout seul, assure-t-elle, cachée derrière ses épaisses lunettes. Et en voulant le relever, j'ai pu sans le vouloir, le griffer un peu. » Puis, assaillie par les questions du tribunal, elle admet : « Je le tapais parce qu'il me harcelait, il me hurlait dessus. »

Ils souhaitent revivre ensemble

« Elle a surtout fini par péter les plombs, observe son avocate, Me Charlotte Gome. Son mari s'est retrouvé sans emploi, en état d'obésité morbide. Il restait alité presque toute la journée pendant qu'elle travaillait, faisait les courses, le ménage et s'occupait de lui. Dans le couple, tout reposait sur ses épaules et à un moment, elle s'est retrouvée complètement perdue. »

Désormais, l'épouse violente dit avoir retrouvé son chemin. « L'alcool, c'est fini depuis ma garde à vue » jure-t-elle, expliquant au passage vouloir reprendre la vie conjugale. Un souhait partagé par Claude, qui assure lui aussi en avoir terminé avec la bouteille.

Avant de se retrouver, le mari battu et sa compagne devront pourtant patienter. Condamnée à 10 mois de prison assortis d'un probatoire de deux ans, la femme s'est en effet engagée ne pas contacter sa victime pendant les deux prochains mois.