Aux assises, la rivalité immémorielle de deux quartiers de Gennevilliers qui a coûté son oeil à un ado

Trois jeunes de la cité des 3F, dans le quartier des Grésillons, à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) sont jugés depuis ce mardi pour la violente agression d’un adolescent des Agnettes en 2018, qui avait été atteint au visage par un tir de pistolet à grenailles.

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 Les trois accusés sont originaires de la cité des 3F, anciennement connue sous le nom de Cité rouge.
Les trois accusés sont originaires de la cité des 3F, anciennement connue sous le nom de Cité rouge.  LP/V.M.

La rivalité entre quartiers ne fait aucun doute. Les raisons du conflit, en revanche, n'ont rien de clair et il n'est pas certain que le procès qui s'ouvre ce mardi les fera émerger. Durant trois jours, les jurés de la cour d'assises des Hauts-de-Seine vont plonger dans la guerre des bandes à Gennevilliers, au procès de trois jeunes hommes de la cité des 3F, dans le quartier des Grésillons, poursuivis pour le passage à tabac d'un adolescent du quartier des Agnettes en mars 2018.

Les Agnettes et les 3F - qu'on appelait précédemment la Cité rouge - ne sont éloignés que de quelques centaines de mètres et entretiennent un conflit ancien, ancré, sans que l'on ne sache plus en cerner précisément l'origine. Reste qu'au terme de l'instruction, l'antagonisme apparaît bien comme le mobile de l'agression de Marouane*, visé par des tirs de pistolet à grenailles dont certains ont anéanti son œil droit.

Les trois accusés, âgés de 20 à 22 ans aujourd'hui, répondent donc de violences volontaires ayant entraîné une infirmité permanente. Ce qui les expose à une peine maximale de quinze ans de réclusion criminelle.

Pistolet à grenailles, casque et marteau brise vitre

Très tôt, le 6 mars 2018, le jeune Marouane, 16 ans à l'époque, sort de chez lui pour retrouver un ami dans le quartier des Agnettes. Il ne parcourt que 150 m avant qu'un trio d'agresseurs ne fonce sur lui. Tous trois auraient surgi d'une impasse. Le premier avec une arme de poing, le pistolet à grenailles, le second tenant un casque de moto et le dernier, un marteau brise vitres. Marouane portait lui-même un couteau, qu'il a sorti mais n'a pas utilisé.

Comprenant immédiatement la situation, le jeune homme a tenté de fuir mais ses agresseurs l'ont rattrapé. Nabil B., 21 ans, est celui qui a tiré trois ou quatre coups de feu sur la victime, à seulement quelques dizaines de centimètres. Près de deux cents grains de plomb ont atteint l'œil de Marouane, qui a subi depuis quatre opérations chirurgicales. Il a aussi été touché à la joue et au front.

«Je culpabilise, assure Nabil B. dès l'ouverture des débats ce mardi. Quand j'ai su qu'il avait perdu son oeil, je n'étais pas bien. » Les deux autres agresseurs ont frappé la tête de la victime à coups de casque et son poignet avec le marteau brise vitre.

«Un grand ras-le-bol des lynchages »

Cette agression serait une réponse à une rixe violente qui avait opposé des jeunes des deux quartiers deux jours plus tôt. « Oui je crois que c'étaient des représailles », témoigne le grand frère de Nabil à la barre, ancien médiateur de la ville. Interrogé sur sa compréhension du passage à l'acte de son cadet, il évoque un possible «grand ras-le-bol des lynchages, et après, sous la colère on peut péter les plombs et faire n'importe quoi ». Selon l'ancien médiateur, la victime avait participé à «un lynchage qui avait défiguré » son petit frère.

Toujours selon le grand frère, grandir à Gennevilliers, « c'est difficile avec les rixes, les problèmes de rivalité entre quartiers. C'est très difficile d'éviter ce genre de problème. » Interrogé plus avant sur l'origine du conflit opposant les deux quartiers, il répond sans détour qu' «on ne sait pas clairement comment ça a commencé. C'était avant ma naissance et j'ai 27 ans. Actuellement c'est les 3F et les Agnettes, dans ma génération c'était un autre quartier. »

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A l'entendre, la famille a fait «beaucoup de prévention » pour que Nabil ne s'inscrive pas dans ces «rivalités inter-quartiers » mais «est-ce que ça été fait de l'autre côté ? » se demande-t-il tout haut. D'après lui, son frère, connu pour être garçon «sympa » qui jouait à la Playstation après ses cours au lycée professionnel, aurait basculé après le divorce de leurs parents. «Il s'est peut-être réfugié dans un groupe d'amis et ils se sont engrénés. »

Après le passage à tabac de Marouane, la tension n'était pas retombée. Le soir même, un autre jeune homme de la cité des Agnettes avait été roué de coups.

* Le prénom de la victime a été changé parce qu'elle était mineure au moment des faits.