Attaque terroriste de Colombes : récompensé pour acte de bravoure, un policier municipal raconte

Sept agents de la police municipale se sont illustrés lors de l’attaque à la voiture-bélier du 27 avril dernier. L’un d’entre eux, blessé dans l’exercice de sa mission, revient sur l’événement.

 Les sept policiers municipaux de Colombes ont été mis à l’honneur par leur ville et la préfecture. Samuel se trouve au deuxième rang à gauche.
Les sept policiers municipaux de Colombes ont été mis à l’honneur par leur ville et la préfecture. Samuel se trouve au deuxième rang à gauche. DR

Ne lui dites pas que lui et ses six collègues sont des héros. « Je ne pense pas. Nous sommes des policiers qui ont fait leur travail. Même si on tire une satisfaction et une fierté de ce qu'on a fait… », préfère Samuel (le prénom a été modifié), l'un des sept policiers municipaux de Colombes, qui viennent d'être récompensés pour leurs actes de bravoure lors de l'attaque à la voiture-bélier du 27 avril dernier.

Quatre ont reçu la médaille d'honneur pour acte de courage et de dévouement, les trois autres une médaille de la ville, en attendant l'instruction de leurs dossiers pour la première distinction. « Une reconnaissance », apprécie Samuel.

Secours à victimes, recherche de fuyard, interception et contrôle de véhicule, interpellation… Ils n'ont pas tous eu le même rôle mais ils ont tous assuré leur mission respective. Très bien assuré, de l'avis de leur directeur, Alain Faugeras.

« Ils ont appliqué tout ce qui leur a été enseigné, avec rigueur et sang-froid, pour faire tout ce qu'il fallait faire et surmonter le choc, après une telle attaque, qui a fait des blessés graves », salue ce chef d'une soixantaine d'agents.

Deux agents de la police nationale avaient été grièvement blessés tandis que deux policiers municipaux étaient également touchés, moins gravement. « Ça va beaucoup mieux », souffle Samuel, victime d'une entorse au genou gauche. Son collègue s'est légèrement blessé aux mains et à un coude, en se jetant sur le trottoir pour éviter la voiture qui fonçait sur leur groupe.

Les principales victimes sont les deux motards de la police nationale, qui ont été percutés par une BMW série 1 noire. « Ils sont hors de danger mais l'un d'eux a été gravement touché aux jambes », précise Samuel, qui est resté en contact.

«J'ai entendu Attention ! et là, c'est là coupure»

Le brigadier rembobine ce fol après-midi, qui a démarré par un appel de la police nationale. Un homme vient d'abandonner son scooter pour échapper au contrôle des motards de la direction de l'ordre public et de la circulation (DOPC), près du stade Yves-du-Manoir, à Colombes.

Les agents municipaux connaissent bien le secteur. Ils se dirigent vers le boulevard d'Achères et repèrent le fuyard, bien connu de leur service. Celui-ci est récupéré par un automobiliste un peu plus loin mais les fonctionnaires de la ville ne les perdent pas de vue. Ils parviennent à intercepter leur Peugeot 508 à un carrefour, boulevard de Valmy.

Colombes, le 27 avril. Un automobiliste a foncé délibérément sur des policiers, écrasant notamment un motard de la police nationale contre une voiture de la police municipale. DR.
Colombes, le 27 avril. Un automobiliste a foncé délibérément sur des policiers, écrasant notamment un motard de la police nationale contre une voiture de la police municipale. DR.  

Le piéton sort du véhicule pour reprendre la fuite, pourchassé par deux policiers municipaux. Leurs collègues assistent les motards, qui les ont rejoints, pour contrôler le conducteur de la 508. C'est à ce moment-là, vers 17h30, que Youssef T. fonce sur eux à bord de sa BMW. « J'étais de dos, côté trottoir. J'ai entendu Attention ! et là, c'est la coupure, je ne me souviens pas du choc », confie Samuel.

Inconsciemment donc, le trentenaire imagine avoir eu le réflexe de se décaler en entendant le cri, semble-t-il poussé par un policier national. Sur la chaussée, celui-ci n'a pu éviter le bolide avec son collègue.

« C'est allé très vite, peut-être une seconde », évalue le brigadier, qui ne se rappelle pas avoir été touché par la voiture. « Ce n'est qu'arrivé au commissariat que j'ai ressenti une vive douleur au genou. L'adrénaline fait faire des choses incroyables ! »

Un homme «froid» qui «voulait tuer des flics»

A peine sorti de sa torpeur, Samuel retrouve ainsi ses réflexes de policier. « J'ai remarqué que le conducteur avait le pied appuyé sur la pédale de vitesse, poursuit-il. Là, j'ai compris que ce n'était pas un accident, qu'il n'avait pas freiné et qu'il avait l'intentionnalité de tuer. J'ai sorti mon arme et je l'ai mis en joue, en lui demandant de sortir de la voiture et de se mettre au sol, mains dans le dos, pendant qu'un collègue le menottait. » L'homme s'exécute « sans résister ».

Pendant ce temps, les autres agents portent secours aux deux motards en leur prodiguant les premiers soins, appellent des renforts et mettent en place un périmètre de sécurité, compte tenu du probable caractère terroriste de l'attaque.

Une piste qui sera vite étayée. Dans le véhicule qui le mène au commissariat, l'individu déclare avoir « fait cela pour les enfants de Gaza ». Avant de quitter les lieux du sinistre, il lâche « froidement » aux agents : « Je voulais mourir en martyr, on est en guerre. Il a aussi dit qu'il voulait tuer des flics », rapporte Samuel.

«On est plus vigilants, on ne va pas se mentir»

Ses collègues et lui ont rapidement repris le travail. « Il y a eu des moments où je me suis fait des films, reconnaît le brigadier, qui retravaille depuis le 2 mai. Mais cela va de mieux en mieux. Je n'ai plus ces pensées. »

L'agent, qui est entré dans la police municipale il y a cinq ans, dont trois passées à Vaujours (Seine-Saint-Denis) et deux à Colombes, assure ne pas ressentir de crainte supplémentaire lorsqu'il effectue des contrôles, désormais.

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« Mais on est plus vigilants, on ne va pas se mentir », reconnaît le brigadier, qui aimerait plus de reconnaissance du métier de policier municipal.

« Cette histoire montre aussi que nous pouvons très bien collaborer avec la police nationale, comme à Colombes », défend le fonctionnaire, qui milite en outre pour le port d'armes, « en étant bien formé », pour sa corporation. « Le terroriste avait un couteau », rappelle-t-il.