Angela Davis, Gisèle Halimi, Simone Veil… comment s’appelleront les futures rues de Bagneux ?

Bagneux ne compte qu’une poignée de rues portant le nom d’une femme, comme l’ensemble des communes des Hauts-de-Seine. La municipalité a donc décidé de changer la donne dans le futur écoquartier des Mathurins. Une liste est soumise au vote.

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 La ville de Bagneux propose aux citoyens de choisir le nom des trois premières rues du futur quartier des Mathurins. Deux d’entre elles porteront le nom de femmes engagées.
La ville de Bagneux propose aux citoyens de choisir le nom des trois premières rues du futur quartier des Mathurins. Deux d’entre elles porteront le nom de femmes engagées. DR

Dans les Hauts-de-Seine, comme partout en France, très peu de rues portent le nom d'une femme, qu'elle soit connue ou méconnue. De près de 0 à 10 % seulement des voies sont baptisées au féminin dans le département.

Avec à peine plus de 1 % seulement de rues aux noms de femmes, soit seulement quatre voies, Bagneux ne fait pas exception. C'est pourquoi depuis quelques années, la municipalité cherche, non pas à inverser la tendance car ce serait mission impossible, mais au moins à se montrer volontaire sur le sujet.

Angela Davis, Gisèle Halimi, Simone Veil… comment s’appelleront les futures rues de Bagneux ?

Jusqu'à ce jeudi 25 février, les Balnéolais peuvent voter sur le site de la ville pour choisir le nom des trois premières rues du futur quartier de 16 hectares des Mathurins, dont les premiers logements seront livrés dès 2023. L'une de ces trois rues rappellera l'histoire du site, et notamment les 3000 salariés qui travaillaient au sein de l'entreprise Thomson, les carrières ou les champs de culture. Les deux voies principales, dont celles du futur lycée, mettront en avant des femmes engagées.

Les habitants de plus de 15 ans n'ont plus qu'à choisir entre Anita Conti, première femme océanographe française et militante de la protection des océans ; Angela Davis, figure du mouvement des droits civiques aux Etats-Unis ; Gisèle Halimi, avocate, écrivaine, militante féministe et anticolonialiste ; Toni Morrison, écrivaine américaine, première femme noire prix Nobel de littérature ; Simone Veil, ancienne ministre à l'origine de l'adoption de la loi autorisant l'IVG ; et enfin Marguerite Yourcenar, écrivaine, première femme élue à l'Académie française en 1980.

Corriger plutôt que débaptiser

« Notre objectif, c'est d'essayer de corriger ce manque et promouvoir la place des femmes à cette occasion car il est toujours compliqué de débaptiser des rues. Nous savons que sur ces questions d'égalité, nous devons nous montrer nous-mêmes incitatifs et faire preuve de volontarisme politique », explique Marie-Hélène Amiable, maire (PCF) de Bagneux.

Ainsi, lors des mandats précédents, des rues avaient été baptisées dans le nouvel écoquartier Victor-Hugo, à savoir les rues Sophie-Germain, Assia-Djebar, Jeanne-Moreau. L'allée Niki-de-Saint-Phalle de la future école du même nom sera votée au prochain conseil municipal. Les futures stations de la ligne 4, baptisées Barbara et Lucie-Aubrac ont aussi été choisies par les Franciliens à la suite d'une consultation.

« Dommage que l'on choisisse des femmes connues au niveau national, alors que des Balnéolaises ont défendu notre liberté, Yvonne Torti fut une grande résistante déportée », regrette toutefois Isabelle, une habitante de Bagneux.

«Il y a une prise de conscience»

L'initiative est tout de même saluée par Fatima El Ouasdi, élue à Rueil-Malmaison et présidente de l'association Politiqu'elles : « Redonner de la visibilité aux femmes dans l'espace public est un combat ancien et important. Il y a une prise de conscience ces dernières années. C'est tout le travail des élus de profiter de ces aménagements de nouveaux quartiers pour donner des noms de femmes car on ne peut pas tout débaptiser. »

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La ville impériale a également baptisé récemment trois rues du nom de Rueilloises, qui se sont illustrées dans différents domaines, et une place Line-Renaud dans le cadre de l'écoquartier l'Arsenal.

Il y a quatre ans, la ville de Clichy avait aussi saisi l'occasion d'un nouvel aménagement pour baptiser une rue au nom de Camille-Claudel. La municipalité de Rémi Muzeau (DVD) avait encore changé le nom de l'avenue Pierre-Curie en Marie-et-Pierre-Curie.

Marie Curie est d'ailleurs l'un des noms féminins les plus donnés aux rues des Hauts-de-Seine, avec Jeanne d'Arc et l'écrivaine George Sand. A l'exemple de Ville-d'Avray, l'une des quatre villes du département avec Garches, Marnes-la-Coquette et Vaucresson, à n'avoir qu'une seule voie. Ladite rue s'appelle Jeanne-d'Arc.

D'autres villes, comme Chaville, ne compteraient qu'une seule voie féminine si on n'y ajoutait pas les saintes, Marie ou autres. Avec 10 % de voies au féminin, Colombes tient le haut du pavé grâce à de nombreuses avenues aux prénoms de femmes méconnues.

Les résultats du vote à Bagneux seront annoncés à l'occasion du 8 mars. Les noms, qui ne seront pas arrivés en tête, pourront être retenus pour les dénominations de rues à venir.