Aide sociale à l’enfance : les Hauts-de-Seine débloquent des moyens supplémentaires

A l’occasion du débat d’orientation budgétaire, ce vendredi, la majorité départementale a annoncé une augmentation du budget et une série de mesures pour l’aide sociale à l’enfance (ASE), alors que la collectivité est régulièrement épinglée sur le sujet.

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 Nanterre, ce vendredi. Les élus se sont réunis en séance publique à la Paris-La Défense Arena.
Nanterre, ce vendredi. Les élus se sont réunis en séance publique à la Paris-La Défense Arena. LP/Anne-Sophie Damecour

L'exercice a des allures de rituel. Présenter les grandes lignes en matière de dépenses et de recettes du département des Hauts-de-Seine pour les mois à venir. Avec cette année 2021, des spécificités puisqu'il s'agit d' une année électorale — le renouvellement des 46 élus de l'assemblée territoriale aura lieu en juin. Mais aussi parce que le contexte est marqué d'une crise sanitaire et économique que traverse le pays depuis presque un an.

La majorité départementale de droite a donc décidé de démontrer que sa principale compétence, le social, était sa priorité. Avec des dépenses prévisionnelles qui dépasseront la barre des 900 millions d'euros, soit une augmentation de 8,5 % par rapport à 2020.

L'opposition salue l'augmentation des dépenses, tout en faisant le lien avec les élections à venir

« Vous desserrez les cordons de la bourse, mieux vaut tard que jamais », estime le conseiller départemental d'opposition et maire (DVG) de Nanterre, Patrick Jarry, ajoutant que « ce budget apparaît comme celui de la réconciliation avec les habitants ».

Un changement d'orientation que l'opposant analyse à l'aune des prochains mois. « Vous voulez terminer sur une note plus positive, plus généreuse, avance-t-il. C'est une nécessité vu l'ampleur de la crise mais aussi une nécessité politique avant les élections… »

« La crise sanitaire s'avère être une course de longue haleine, souligne Georges Siffredi, le président (LR) du conseil départemental. Notre responsabilité et notre devoir, en tant que chef de file de l'action sociale, sont de continuer à soutenir les habitants. » Pour le président, « c'est la saine gestion au cours de ce mandat qui a permis au département de débloquer 120 millions d'euros pour faire face à la crise ».

18 millions en plus pour l'aide sociale à l'enfance, 250 places d'hébergement en plus

Dans cette enveloppe sociale revue à la hausse, 168 millions d'euros seront consacrés à la protection de l'enfance, sujet particulièrement sensible. Car dans le domaine, le département des Hauts-de-Seine est dans l'œil du cyclone depuis des mois, pointé du doigt sur l'accueil des mineurs isolés et l'hébergement des jeunes confiés à l'aide sociale à l'enfance (ASE). Notamment depuis la mort en décembre 2019 d'un jeune garçon de 17 ans, poignardé par un autre jeune de 15 ans, alors qu'ils étaient tous deux logés dans un hôtel à Suresnes.

Une solution d'hébergement d'urgence décriée par l'opposition et les associations alors que le coût de ces nuitées dans des hôtels réquisitionnés par le département s'élève à 13 millions d'euros. Dans ce contexte et alors que le secrétaire d'Etat chargé de l'Enfance, Adrien Taquet, a annoncé fin janvier la volonté du gouvernement d'interdire le placement des mineurs dans des hôtels, le département annonce 250 nouvelles places d'hébergement cette année. Ainsi que la création d'une structure spécifique de 20 places « dédiée à l'accueil des jeunes présentant des difficultés multiples ». Mais elle ne sera pas opérationnelle avant 2022.

« 18 millions supplémentaires pour l'aide sociale, c'est très insuffisant pour rattraper le retard pris en la matière ces dernières années, que nous n'avons eu de cesse de dénoncer », estime le conseiller départemental d'opposition Joaquim Timoteo (PS), soulignant que le récent rapport de l'Igas consacré à l'ASE des Hauts-de-Seine « à charge contre le département, confirme cette position ».

Un groupe de travail dédié auquel sera associée l'opposition

Un rapport débattu en fin de séance, devant une assemblée clairsemée. Dans lequel il est notamment question de la réorganisation du pôle social départemental enclenchée il y a deux ans, qui, bien que considérée comme « ambitieuse » par l'Igas, a créé « de nombreux bouleversements avec le départ de 30 % des agents ces dix-huit derniers mois ».

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Sur la problématique de l'hébergement, Georges Siffredi a précisé que « sur les 5100 enfants suivis par l'ASE, 624 sont effectivement placés à l'hôtel, soit 12 % ». Et 90 % d'entre eux sont des mineurs isolés, selon la collectivité. « C'est peut-être encore beaucoup mais il est faux de faire croire que tous les enfants sont placés à l'hôtel », ajoute le président du département.

« On peut parler en pourcentage, 624 enfants cela reste énorme et il faut mettre fin à l'hébergement à l'hôtel à l'échelle nationale », souligne Elsa Faucillon, conseillère départementale d'opposition (PCF). « Il faut les proscrire sans quoi de nouveaux drames auront lieu ici ou ailleurs en France », poursuit-elle, ajoutant que ces placements avaient pour conséquence « un suivi défaillant », comme le précise l'Igas dans son rapport.

Un débat où chacun a pris soin de peser ses mots, tant le sujet est sensible. « Je souhaite qu'on puisse améliorer les choses et que le département soit innovant », souligne Georges Siffredi. A ce titre, le président du conseil départemental a annoncé la création d'un groupe de travail auquel l'opposition sera associée. « Un projet-action avec des professionnels qui devront rendre des orientations d'ici à la fin de l'année pour les mettre en œuvre dès 2022 », précise Georges Siffredi.