A Neuilly-sur-Seine, une chaîne humaine de cyclistes pour le respect de la coronapiste

Ce jeudi matin, une vingtaine de cyclistes de l’association Mieux se Déplacer à Bicyclette (MDB) ont manifesté le long de la RN13 pour interpeller sur l’insécurité des pistes cyclables de cet axe.

 Neuilly, ce jeudi matin. Des manifestants de Mieux se Déplacer à Bicyclette (MDB) se sont rassemblés pour des pistes cyclables plus sûres.
Neuilly, ce jeudi matin. Des manifestants de Mieux se Déplacer à Bicyclette (MDB) se sont rassemblés pour des pistes cyclables plus sûres. LP/L.D.

Il est 8 heures, le soleil se lève à peine et l'air est glacial ce jeudi matin à Neuilly. Pourtant, le long de l'avenue Charles-de-Gaulle (RN13), une vingtaine de cyclistes ont bravé le froid pour se répartir le long de la piste cyclable temporaire. Une opération baptisée « Protège ta piste », à l'instigation du collectif Mieux se déplacer à Bicylette (MDB) Neuilly.

L'association MDB, pionnière dans la défense du vélo, entendait alerter la commune de Neuilly sur la dangerosité de cet axe majeur, reliant Paris à La Défense. Marquages qui s'effacent, plots de protection déplacés et dégradés, voitures et camions stationnés ou encore usage abusif des pistes par les deux roues motorisés sont autant de problèmes soulevés par ces cyclistes en colère.

« On protège vos pistes ! », clament quasi en chœur les manifestants lors du passages de cyclistes le long de la chaîne humaine qu'ils forment. En retour ils reçoivent des « mercis », accompagnés de sourires.

« Il faut que les voitures arrêtent de prendre les pistes cyclables pour un parking »

« Lors de mon trajet pour rejoindre mon travail, je dois monter à plusieurs reprises sur les trottoirs, ce qui n'est sécurisant ni pour les piétons, ni pour moi, explique Marie Desvottes, 38 ans, cycliste de passage sur la piste. C'est bien qu'il y ait ce genre d'action. »

« Il faut protéger les mobilités douces, non seulement pour les personnes adultes, sportives et à l'aise en milieu urbain, mais aussi pour les personnes plus fragiles comme les enfants », explique Jean-Philippe Viegas, 50 ans, adhérent de MDB Courbevoie.

Jean-Philippe Viegas, adhérent de la MDB Courvevoie manifeste pour l’entretien des pistes cyclables. LP/L.D.
Jean-Philippe Viegas, adhérent de la MDB Courvevoie manifeste pour l’entretien des pistes cyclables. LP/L.D.  

C'est bien là l'objectif de cette manifestation selon Patricia Marché, présidente de la MDB Puteaux : « il faut que les voitures arrêtent de prendre les pistes cyclables pour un parking », clame-t-elle. Pour l'ensemble des participants, il s'agit d'une part d'interpeller les pouvoirs publics et d'autre part de sensibiliser les automobilistes.

« La sécurisation de cette voie reste d'actualité », rassure-t-on en mairie

En janvier dernier, certains de ces cyclistes ont rencontré Eric Schindler, adjoint au maire de Neuilly en charge des mobilités. « Il nous avait promis qu'avant fin janvier les pistes temporaires seraient repeintes et améliorées afin qu'elles perdurent jusqu'à la fin des travaux engagés sur cet axe », confirme Hugo Tanet, adhérent de MDB et de Paris en Selle. À la mi-février, aucune action en ce sens n'a pourtant été engagée par la municipalité.

« Au vu du contexte sanitaire, de nombreux projets prennent du retard, répond-on au cabinet du maire de Neuilly. La sécurisation de cette voie reste d'actualité dans la mesure où la piste a vocation à être pérennisée. » Au sujet des travaux d'entretien, on précise en revanche en mairie que la responsabilité en revient à l'Etat et au conseil départemental. « La piste est une initiative de l'Etat, validée par la mairie », rappelle-t-on.

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Car cette piste, jugée problématique d'un point de vue sécuritaire par ses usagers, est en réalité ce que l'on a un temps appelé une « coronapiste », surnom attribué aux aménagements cyclables provisoires bâtis au début de la pandémie pour décongestionner les transports.

Jusqu'à 6 000 cyclistes par jour

Inaugurée le 13 mai 2020, cette voie cyclable a été mise en place par la ville en urgence, dans l'attente de la construction d'une piste plus sûre dans le cadre des travaux de l'avenue Charles-de-Gaulle. Ceux-ci visent notamment à ouvrir cet axe majeur aux mobilités douces. Un projet lancé en 2011 par la ville.

« Il y a eu une très bonne action de l'Etat et du département au début du confinement en mars dernier, nuance Jean-Philippe Viegas. Mais depuis tout est laissé à l'abandon. »

Parmi la vingtaine de manifestants, dont la moyenne d'âge tourne autour des quarante ans, Arthur Bouland, 22 ans, se veut le représentant des cyclistes plus jeunes. Usager quotidien de ce moyen de locomotion, il déplore lui aussi l'insécurité liée au manque d'aménagements. « On donne encore trop de place à la voiture et c'est un passionné d'automobiles qui vous le dit », lance-t-il en souriant sous son masque.

Arthur Bouland, 22 ans, manifeste pour sa sécurité à vélo. LP/L.D.
Arthur Bouland, 22 ans, manifeste pour sa sécurité à vélo. LP/L.D.  

Ce jour, tous s'accordent pour dire que le problème majeur reste le partage de la route. Sur l'avenue Charles-de-Gaulle près de 6 000 cyclistes passent chaque jour (chiffres de septembre 2020), ce sont tout autant de potentielles altercations entre cyclistes et automobilistes.

Pour pallier ce phénomène, Rachid M., 40 ans, habitant de la commune voisine de Courbevoie, a opté pour une caméra embarquée au sommet de son casque. Selon ce dernier, elle occupe une double fonction : « diminuer la tension lorsque j'aborde des personnes en cas de problème, mais elle a aussi une visée pédagogique pour mes enfants », explique-t-il. Père de deux enfants de 11 et 8 ans, l'enregistrement leur permet de questionner leurs pratiques en matière de sécurité au retour de sorties familiales à vélo.

« Pour moi, une piste cyclable bien faite, c'est une piste sur laquelle on pourrait mettre ses enfants et sur l'avenue Charles-de-Gaulle ce n'est pas envisageable », affirme Hugo Tanet de Paris en Selle.

Parmi les attentes des manifestants : la mise à disposition de plus de places de stationnement pour les automobilistes afin de libérer les voies cyclables. Une problématique que les travaux engagés par la ville devraient régler, puisqu'un parking souterrain de 450 places est en cours de réalisation sur cette avenue.