Covid-19 : la fac de Nanterre organisera une rotation des étudiants

À partir du 21 septembre, l’université va adopter un fonctionnement en rotation par demi-groupes, qui s’appliquera pour la plupart des enseignements. Les nouveaux étudiants redoutent cette rentrée hors-norme.

 Nanterre. La fac a organisé plusieurs événements en ligne pendant la prérentrée.
Nanterre. La fac a organisé plusieurs événements en ligne pendant la prérentrée. LP/D.L.

Ouvrir les amphis mais diviser par deux le nombre d'étudiants présents sur le campus. Voilà, en pleine crise sanitaire, l'objectif de l'université Paris-Nanterre où la reprise des cours est programmée le 21 septembre prochain. La principale mesure de cette rentrée pas comme les autres : alterner, avec souplesse, présentiel et cours à distance.

Avec cette formule, l'université entend répondre au mieux à la circulaire du ministère de l'Education supérieure, publiée le 6 août dernier. Une circulaire, qui préconisait une reprise des cours la plus normale possible. « L'idée est d'accueillir absolument tout le monde, mais pas en même en temps, résume-t-on à l'université Paris-Nanterre. Il faut essayer d'éviter un brassage et des regroupements trop importants d'étudiants. »

Pour essayer de maintenir un semblant de distanciation physique, la fac, où le port du masque est obligatoire dans tous les espaces clos et extérieurs, a donc dû s'adapter. Fin juin, les capacités d'accueil ont été recensées afin de calculer la jauge maximale des salles, des amphithéâtres et de la bibliothèque universitaire, sachant qu'un mètre ou un siège vacant devra être laissé entre chaque étudiant.

« Après, on ne va pas non plus recruter des agents de sécurité pour s'assurer que la distanciation est respectée partout, lâche-t-on à l'université. On compte aussi sur la responsabilité des étudiants. »

Des étudiants qui, pour certains d'entre eux, ne se croiseront jamais ou presque. Quand la moitié d'une promotion assistera à un cours en présentiel, l'autre moitié sera invitée à suivre ce même cours à distance, la plupart des salles et des amphis étant équipées de système audio et vidéo.

La crainte du décrochage

« C'est un bon compromis, estime Sfia, 22 ans, étudiante en Masters métiers de l'enseignement, de l'éducation et de la formation (MEEF). On a vu, pendant la période de confinement, que les cours à distance fonctionnaient plutôt bien. »

« Ce n'est quand même pas l'idéal, tempère Hugo qui entre en première année d'histoire. On arrive déjà à la fac sans avoir eu à passer le bac, si en plus on doit suivre les cours de loin… À dire vrai, j'ai un peu peur d'être à la rue. »

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Hugo n'est pas le seul. Ses craintes, beaucoup les partagent, comme en atteste le succès des événements en ligne organisés par l'université Paris-Nanterre dans le cadre de la prérentrée. Le 3 septembre, la réunion d'accueil général des Licences 1 a enregistré 4 200 connexions simultanées en direct et plus de 12 000 visionnages.

Le lendemain, ce sont 7 800 étudiants qui se sont connectés à la journée d'accueil des L1 par les équipes de direction d'UFR. « C'est une rentrée spéciale, insiste Hugo. J'imagine que comme moi, beaucoup ont tout simplement envie de savoir comment seront organisés les cours. »

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Sur la rotation des étudiants, l'université précise qu'elle laissera une marge de manœuvre à chaque UFR. « Cela me paraît la moindre des choses, observe une enseignante. Les équipes pédagogiques sont encore les mieux placées pour fixer les modalités des cours en fonction des contraintes. »

49 800 euros d'aides sociales

Ainsi, certains profs, favorables à un retour dans les amphis, réfléchissent à doubler tous les cours, quitte à raccourcir les programmes. D'autres estiment qu'il s'avère pertinent de privilégier le présentiel des premières années.

« Les néoentrants découvrent un univers inconnu auquel ils doivent s'adapter, plaide une enseignante. Il s'agit de lycéens, qui sortent d'une période de six mois sans la moindre heure de cours. Le risque, pour eux, c'est le décrochage. »

« Le risque de cette rentrée est aussi de voir se creuser les inégalités, s'inquiète un enseignant-chercheur. Vu le contexte, beaucoup de jeunes n'ont pas trouvé de job d'été. Ils ne disposent pas de réserve financière et risquent de se retrouver vite à sec. Or, un certain nombre va devoir s'équiper d'un ordinateur fiable et d'une bonne connexion Internet pour suivre les cours. »

Ces interrogations, l'université a commencé à y répondre. Lors du confinement, une enquête a été menée auprès des étudiants afin de déterminer les besoins et déployer les aides adéquates. À son terme, 49 800 euros d'aides sociales pris sur le budget de la contribution de vie étudiante et de campus (CVEC) ont été versés aux 200 étudiants les plus précaires. Par ailleurs, 329 ordinateurs et 241 clés 4G ont également été prêtés afin de lutter contre l'isolement numérique.