A Malakoff, Algama imagine des gâteaux sans œufs… mais avec des microalgues

La région Ile-de-France vient d’octroyer une subvention de 600 000 euros à cette start-up, qui crée des alternatives aux produits laitiers et aux œufs à base de microalgues dans son laboratoire de Malakoff.

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 Malakoff, le 20 janvier. Alvyn Severien présente ici un échantillon de produits élaborés à partir d’ingrédients dérivés de microalgues. Saumon et thon végétal, brioche, cookies, lait, boissons chocolatées et fonctionnelles… Le choix est varié.
Malakoff, le 20 janvier. Alvyn Severien présente ici un échantillon de produits élaborés à partir d’ingrédients dérivés de microalgues. Saumon et thon végétal, brioche, cookies, lait, boissons chocolatées et fonctionnelles… Le choix est varié. LP/P.D.S.

Les gourmets n'y retrouveront certes pas le goût du véritable saumon fumé et du lait de vache. Le saumon végétal, le lait mais aussi les cookies et la brioche élaborés à Malakoff (Hauts-de-Seine) par la start-up Algama ne manquent cependant ni de saveur ni de texture.

« Nous nous attachons au goût en premier pour séduire les consommateurs », souligne Alvyn Severien, le président de cette entreprise qui fabrique des ingrédients dérivés de microalgues - notamment la spiruline - et conçoit des recettes pour l'industrie agroalimentaire.

Cette société créée en 2013, c'est le projet commun de fin d'études de trois amis d'enfance de L'Haÿ-les-Roses (Val-de-Marne) : Alvyn Severien, Gaëtan Cohin, toujours à ses côtés, et Mathieu Gonçalves, qui s'est depuis lancé dans une autre aventure. Les deux premiers avaient déjà consommé des microalgues, en complément alimentaire ou en cicatrisant. Ce test leur a donné l'idée d'un défi : « démocratiser l'algue alimentaire ».

Malakoff, le 20 janvier. Gaëtan Cohin (à gauche) et Alvyn Severien, cofondateurs d’Algama, se connaissent depuis l’enfance. LP/P.D.S.
Malakoff, le 20 janvier. Gaëtan Cohin (à gauche) et Alvyn Severien, cofondateurs d’Algama, se connaissent depuis l’enfance. LP/P.D.S.  

Une gageure dans un pays comme la France, « un pays très traditionnel en agroalimentaire. Au début, les gens ne comprenaient pas ce que nous voulions faire. Aujourd'hui, les demandes sont très fortes, c'est une lame de fond ! », se réjouit Gaëtan Cohin.

Le juteux marché du véganisme

Car Algama surfe sur le marché en pleine expansion du véganisme, du végétalisme et du végétarisme, en imaginant des alternatives aux produits laitiers et aux œufs, avec des apports nutritionnels. « Des apports en oméga 3, en protéines, en vitamines (B9, K…), qui varient selon les algues », précise le biologiste Jean-Paul Cadoret, directeur scientifique de la société.

« Ce qui est intéressant, c'est qu'Algama sort du complément alimentaire pour donner une fonctionnalité de santé à des produits du quotidien », ajoute Xavier Terlet, spécialiste en innovations, qui avait soutenu la jeune société lors du Salon international de l'alimentation (Sial) en 2014.

La « mayonnaise » sans œufs est en vente dans certains supermarchés. LP/P.D.S.
La « mayonnaise » sans œufs est en vente dans certains supermarchés. LP/P.D.S.  

La start-up y avait remporté deux prix, justement pour une boisson dite fonctionnelle, dénommée « Springwave ». Le liquide, d'un bleu « naturel », « antioxydant » et « récréatif », est aujourd'hui vendu sur Internet.

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Les mayonnaises sans œufs, elles, sont accessibles dans les rayons de plusieurs enseignes alimentaires (Carrefour, Auchan, Franprix…). Il faudra encore patienter pour goûter le lait et les cookies conçus dans le laboratoire de fabrication de Malakoff.

600 000 euros octroyés par la région

Forts de ce succès, les dirigeants de la start-up veulent aller plus loin dans la fabrication d'ingrédients et de produits dérivés des microalgues. Le conseil régional d'Ile de France et l'Europe vont les y aider en leur versant un million d'euros de subventions.

La région leur a remis 600 000 euros, dans le cadre de son plan de relance industrielle. Elle avait reçu 485 dossiers ; elle a retenu 75 sociétés, qui se partageront une enveloppe globale de 42 millions d'euros.

« 600 000 euros, c'est énorme », souligne le conseiller régional (LR) Franck Margain. Par ailleurs président de l'agence Paris Région Entreprises, il en veut la preuve de « l'engagement de la région en faveur de la relance industrielle et en particulier des industries innovantes ».

Algama va pouvoir financer l'aménagement d'une unité de production en Ile-de-France, dans un lieu qui reste à déterminer. « Elle nous permettra de produire plus de volumes et d'accélérer nos process », se réjouit Alvyn Severien.

« Quand nous avons créé notre société, nous n'avons pas trouvé de lieu pour faire de la fabrication », fait-il remarquer. La start-up a incubé à Agoranov, à Paris, avant d'investir le site de recherches Genopole, à Évry (Essonne).

«La France, un vivier de cerveaux incroyable»

Algama continue à faire de la recherche au Muséum national d'histoire naturelle, à Paris. Elle a un deuxième laboratoire, à Avignon (Vaucluse), dédié aux grands procédés. Le troisième, orienté fabrication, se trouve donc à Malakoff.

Malakoff, le 20 janvier. Algama emploie une vingtaine de salariés, en particulier des ingénieurs agroalimentaires, des biologistes et des physiciens. LP/P.D.S.
Malakoff, le 20 janvier. Algama emploie une vingtaine de salariés, en particulier des ingénieurs agroalimentaires, des biologistes et des physiciens. LP/P.D.S.  

Si leurs futurs locaux sont suffisamment grands, les dirigeants d'Algama prévoient d'y faire une place à d'autres start-up de leur secteur, « pour échanger ». D'où leur choix de poursuivre leur développement en France, malgré les appels du pied des Etats-Unis, où ils ont levé de nombreux fonds et ont un bureau.

« Même si 85 % de notre actionnariat est étranger, nous voulons rester en France car il y a un vivier de cerveaux incroyable autour de la foodtech. C'est l'un des pays du monde les plus avancés dans le domaine des algues », vante Alvyn Severien.