À Colombes, on observe la sécurité à la loupe

Deux habitants de la ville fondent un observatoire de la sécurité. Face à cette initiative, la municipalité dénonce une manœuvre de l’opposition et prévoit aussi de créer un observatoire... de la tranquillité.

 Maruan Basic et Frédéric Wimmer ont décidé de fonder l’Observatoire de la sécurité après les propos polémiques du maire de Colombes, Patrick Chaimovitch.
Maruan Basic et Frédéric Wimmer ont décidé de fonder l’Observatoire de la sécurité après les propos polémiques du maire de Colombes, Patrick Chaimovitch. LP/D.L.

Cartographier la délinquance, quartier par quartier. Voilà l'ambition de la dernière-née des associations de Colombes : l'Observatoire de la sécurité.

Derrière cette association, se trouvent deux hommes : Maruan Basic, 29 ans et Frédéric Wimmer, 28 ans. Deux jeunes cadres qui, moins de deux ans après leur installation à Colombes, disent y ressentir une « montée du sentiment d'insécurité ». Un sentiment alimenté par une série d'événements comme l'agression d'un couple de pharmaciens, pendant le confinement, ou encore une spectaculaire et violente course-poursuite, avenue Audra, dans la nuit du 20 au 21 juillet.

« On déplore aussi beaucoup d'agressions physiques ou encore des vols de deux-roues, relève Frédéric Wimmer. Nombreux sont les habitants qui nous font déjà part de leur inquiétude et de leurs craintes. »

« Attention, nous ne sommes pas des justiciers ou des super-héros, tempère Maruan Basic. Il n'est pas question de former des groupes de surveillance et d'intervenir sur le terrain. L'idée est d'agréger un maximum de données et de statistiques relatives à la délinquance et de dresser chaque année un rapport sur la situation précise de la délinquance sur la ville. »

« Renouer le lien avec les forces de l'ordre »

L'association entend également renouer le lien entre la nouvelle majorité conduite par le maire écologiste Patrick Chaimovitch et les forces de l'ordre. Un lien que les deux fondateurs de l'Observatoire de la sécurité estiment mis à mal par les propos polémiques de l'élu, lors de la commémoration de la rafle du Vel d'Hiv.

« Au-delà de cette sortie malheureuse, on aimerait interroger le maire sur plusieurs points, insiste Frédéric Wimmer. Quand il était élu d'opposition, il militait notamment pour le désarmement des policiers municipaux, qu'en est-il aujourd'hui ? »

Du côté de l'hôtel de ville, cette nouvelle entité est accueillie avec scepticisme, voire méfiance. La neutralité revendiquée par l'appellation ne serait qu'un faux nez de la droite, selon la nouvelle municipalité.

« L'opposition cherche un prétexte pour exister, tacle Patrick Chaimovitch, le maire EELV. Ils sont téléguidés par l'ancienne municipalité. Au moins, cela prouve qu'ils ont lu notre programme… »

Observatoire de la sécurité contre observatoire de la tranquillité locale

De fait, le programme officiel de la liste de gauche victorieuse, le 28 juin dernier, au second tour des municipales, prévoit la création d'un « observatoire de la tranquillité locale », avec comme objectif « une cartographie des incidents signalés, un échange d'informations entre les partenaires, une veille renforcée sur les zones sensibles identifiées, un renforcement des actions de terrain. »

Colombes, le 28 juin. Dans son programme des municipales Patrick Chaimovitch avait promis de créer un observatoire de la tranquillité locale. LP/O. B
Colombes, le 28 juin. Dans son programme des municipales Patrick Chaimovitch avait promis de créer un observatoire de la tranquillité locale. LP/O. B  

« On l'a promis et nous allons bien le mettre en place avant la fin de l'année », assure l'élu. Le nouveau maire refuse de se faire déborder sur le terrain de la sécurité.

Le maire s'excuse

Le 23 juillet, Patrick Chaimovitch et Hélène Nicolas, son adjointe chargée de la tranquillité publique, de la sécurité, de la prévention et de l'accès aux droits ont reçu les policiers municipaux et les ASVP.

Les forces de l'ordre locales ont été au moins partiellement rassurées : la municipalité ne touche pas aux effectifs de la police municipale (65 personnes) et ne les désarme pas. « En revanche, nous souhaitons aller vers une police municipale davantage axée sur la proximité et la prévention », précise le maire. Dans cette optique, un audit de la police municipale et de l'ensemble des dispositifs de sécurité sera lancé à la rentrée prochaine.

Enfin, sur sa sortie lors de la commémoration de juillet, Patrick Chaimovitch plaide la maladresse. Tout en regrettant qu'il n'ait été retenu que quelques secondes d'un discours de plus de dix minutes, il évoque « une phrase maladroite qu'[il] n'aurait pas dû prononcer ».

« J'ai entendu l'émoi et la colère des policiers et gendarmes et je m'en excuse. Je ne suis pas anti-forces de l'ordre, assure-t-il. On me fait porter un costume qui n'est pas le mien. »