A Boulogne-Billancourt, la Seine musicale se réinvente face à la situation sanitaire

Le lieu culturel propose jusqu’à la fin de l’année les «Classic chill», des événements aux tarifs abordables et en petit comité pour garder le lien entre artistes et spectateurs.

 Boulogne, 10 octobre. Pour s'adapter à la situation sanitaire, la Seine musicale propose de nouveaux formats de spectacle, les "Classic chill". Ici, Sarabande avec Noémi Boutin et Jörg Müller, qui jouent  entourés du public.
Boulogne, 10 octobre. Pour s'adapter à la situation sanitaire, la Seine musicale propose de nouveaux formats de spectacle, les "Classic chill". Ici, Sarabande avec Noémi Boutin et Jörg Müller, qui jouent entourés du public. LP/A.R.

Faire contre mauvaise fortune, bon cœur. C'est en substance ce que la Scène musicale, à Boulogne-Billancourt, a entrepris pour cette nouvelle saison culturelle. Malgré la crise sanitaire et ses conséquences pour l'accueil du public, les programmateurs l'ont adapté au contexte. Plutôt que tout annuler.

« On s'est retrouvé avec l'éclosion de la crise du Covid à peu près au moment où on était en train de boucler la saison 2020-2021 », raconte Olivier Haber, le directeur de la Seine musicale. Le lancement de la saison était prévu en avril, en plein confinement.

Deux options s'offrent alors aux dirigeants du lieu culturel, perché sur l'île Seguin : maintenir la saison telle qu'elle était prévue, en annulant la moitié des événements, ou l'adapter «en prenant le parti-pris qu'à la rentrée, on serait toujours dans une situation sanitaire un peu précaire».

L'équipe opte pour la deuxième option. « On a fait une sélection : ce qui était maintenu tel quel, ce qui pouvait être revu... », explique Olivier Haber. Les programmateurs rappellent les artistes, réfléchissent à des contenus plus intimistes, plus courts... Les « Classic chill » voient le jour.

Le public sur des transats

Jusqu'en décembre, ce tout nouveau format complète la programmation habituelle. «Dans une période où on est obligé de créer de la distance, on voulait créer du lien et rapprocher la scène du public en cassant les codes habituels », explique le directeur de la Seine musicale.

Comment ? En installant le public sur des transats dans la grande salle, en jouant dans le couloir, en invitant les spectateurs sur la scène avec l'artiste... Vendredi dernier, c'est le duo Sarabande, qui a investi l'auditorium Patrick-Devedjian. Une violoncelliste, un artiste de cirque et 120 spectateurs installés sur la scène eux-aussi, autour du duo.

« C'est à la fois superbe et surprenant. Je n'avais jamais vu ça. On était si proches d'eux », confie Jean-Marc, à la sortie du spectacle. « Le concept est sympa, approuve Lucille. Je ne suis pas une habituée de la musique classique et j'ai trouvé que ça la rendait accessible. »

C'est là un des objectifs de la Seine musicale avec ces « Classic chill » : toucher un « public un peu différent ». « On va recevoir la grande pianiste Vanessa Wagner. Les gens pourront l'écouter sur des transats. C'est l'occasion d'être en osmose avec une artiste qui ne se produit en général que dans des grandes salles », anticipe Olivier Haber.

«C'est quand on est contraints qu'on est plus créatifs»

Pour rendre ce format accessible, les tarifs restent abordables, jusqu'à 20 euros, et la durée est raccourcie à une heure. « On sort du spectacle et on a sa soirée, remarque Olivier Haber. C'est une manière différente de consommer la musique. »

«On observe des micro-révolutions un peu partout dans le monde de la culture, analyse Noémi Boutin, la violoncelliste de Sarabande. Il n'est pas question d'abandonner les espaces de rêveries. On est obligés d'ouvrir plein de portes. »

« C'est quand on est contraints qu'on est plus créatifs », complète Olivier Haber. Résultat : la Seine musicale continue de vivre, des dates étant programmées toutes les semaines.

« On a à peu près le même nombre de dates que celles prévues avant la crise, calcule Olivier Haber. On perd de l'argent car notre économie se fait sur la grande scène et l'accueil des grands spectacles, et les perspectives ne sont pas bonnes. Mais on fait l'effort de provoquer de nouvelles choses. »

Les « Classic Chill » : prochaines dates les 15 et 17 octobre. Liste complète et réservations sur www.laseinemusicale.com