A Antony, le cinéma art et essai le Sélect a subi «une baisse de fréquentation moindre que les autres salles»

Christine Beauchemin-Flot, la directrice et programmatrice de cette salle municipale des Hauts-de-Seine, vient d’être promue chevalier dans l’ordre national du Mérite. Elle nous explique comment elle garde le lien avec ses spectateurs et ses attentes pour 2021.

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 Christine Beauchemin-Flot, directrice-programmatrice du cinéma le Sélect à Antony a été promue Chevalier dans l’ordre national du mérite..
Christine Beauchemin-Flot, directrice-programmatrice du cinéma le Sélect à Antony a été promue Chevalier dans l’ordre national du mérite.. L.P.

Après avoir été récompensée en 2019 du trophée de l'exploitante de l'année par le magazine « Le Film Français », Christine Beauchemin-Flot, directrice-programmatrice du cinéma le Sélect, à Antony (Hauts-de-Seine), vient d'être promue chevalier dans l'ordre national du Mérite. La présidente adjointe de la Fédération nationale des cinémas français et coprésidente du syndicat des salles Art et Essai revient su 2020. Une « année noire » pour les cinémas en général et le Sélect, en particulier, qui ont connu 23 semaines de fermeture et n'ont toujours aucune perspective d'ouverture.

Que signifie pour vous cette nouvelle distinction ?

CHRISTINE BEAUCHEMIN-FLOT. C'est une très belle marque de reconnaissance, dont je suis heureuse et fière, qui est associée à la fois au travail local que je mène depuis de très nombreuses années au Sélect et qui fait écho à tous mes engagements au niveau national.

Comment se porte le Sélect et la filière Art et Essai ?

Le Sélect a la particularité d'être un cinéma municipal, donc nous avons la chance d'avoir un soutien de la ville. Il est classé Art et Essai avec les trois labels Répertoire, Recherche et Jeune public, avec des aides de l'Etat. Sur l'année que nous venons de traverser, même si elle a été noire et catastrophique pour l'ensemble de la filière, nous avons eu une baisse de fréquentation moindre que les autres salles. La fréquentation nationale a connu une baisse de fréquentation de 70 %, tandis que les salles Art et Essai ont eu une baisse de 60 à 65 % et le Sélect, 64 % par rapport à 2019.

Comment l'expliquez-vous ?

Il y a plusieurs facteurs. En termes de sorties de films, il y a eu une quasi-absence de longs-métrages américains et de blockbusters. Il y a eu plus de sorties de films Art et Essai correspondant à la ligne éditoriale de nos salles et aux attentes de nos spectateurs habituels. Il y a aussi tout le travail d'accompagnement des films et le côté animation, avec la venue de journalistes, réalisateurs, producteurs que nous avons pu continuer malgré les nombreuses fermetures.

Antony, le 11 septembre 2020. Christine Beauchemin-Flot, lors d’un ciné-débat organisé avec Felix Lefebvre pour le film «Eté 85». La salle a mené 72 animations en 2020 contre 144 en 2019./DR
Antony, le 11 septembre 2020. Christine Beauchemin-Flot, lors d’un ciné-débat organisé avec Felix Lefebvre pour le film «Eté 85». La salle a mené 72 animations en 2020 contre 144 en 2019./DR  

Combien de rencontres avez-vous réalisées ?

Au Sélect, nous avons mené 72 animations en 2020, avec 217 films programmés, contre 144 animations l'année précédente pour 428 films. Notre fréquentation est passée de 244 023 spectateurs en 2019 à 87 067 l'année dernière. C'est une situation sans précédent qui a complètement perturbé notre façon de travailler. Il a fallu s'adapter au couvre-feu et mettre en place un protocole sanitaire très strict avec des jauges réduites. Pour autant, si l'activité a été moindre, l'ADN de notre activité a demeuré quand c'était possible.

Comment se sont passées les semaines où vos salles ont pu accueillir du public ?

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La progression a pris du temps après le premier confinement et trois mois de fermeture. Nous avons rouvert dans un climat où la situation sanitaire était encore très préoccupante. Nos spectateurs sont plutôt âgés donc nous avions cette grande incertitude : est-ce que les spectateurs allaient revenir ?Finalement, nous avons été rassurés car nous avons un public extrêmement fidèle et qui tenait à être présent sur les premières séances. Mais c'est resté progressif et en juin, il y avait peu de sorties de films. Petit à petit, les films sont revenus et les spectateurs aussi, c'est pour ça que la fermeture en octobre a été plus douloureuse qu'en mars.

Les spectateurs commençaient à être plus nombreux et tout à coup cet élan a été coupé brutalement, accompagné de colère, frustration et incompréhension car nous avions tout mis en place pour respecter les protocoles sanitaires. Nous avions le sentiment d'avoir rempli notre cahier des charges. Ne pas avoir de perspectives aujourd'hui, c'est épouvantable !

Comment faites-vous pour garder le lien avec les spectateurs depuis tout ce temps ?

Ne plus avoir de lien direct avec le public, c'est ce qui nous manque le plus. On continue les échanges sur les réseaux sociaux, nous avons une newsletter, on propose encore « la cinquième salle [ virtuelle ] du Sélect », avec une programmation de VOD avec La Toile qui permet de proposer des films. Ça ne marche pas si mal. Avant Noël, nous avons fait une éphéméride où chaque membre de l'équipe avait choisi son film préféré. Ça donnait l'impression que nous étions encore là.

Vous avez testé les séances de cinéma à la maison avec la Vingt-cinquième Heure mais vous n'avez pas poursuivi, pourquoi ?

C'est une réflexion personnelle et c'était cornélien comme choix mais finalement, je n'ai pas eu envie de continuer car tout ceci, c'est du virtuel. Durant toute cette période de fermeture et confinement, les spectateurs ont pris de mauvaises habitudes avec les différentes plates-formes, la VOD… Moi, je défends la salle de cinéma comme le lieu incontournable de découverte d'un film, de partage avec l'animation. Programmer des films, c'est important mais prolonger cette découverte avec une rencontre, c'est vraiment le sens de notre mission. La dimension humaine est primordiale. Et ce n'était pas totalement probant en termes de fréquentation.

Qu'attendez-vous pour cette année 2021 ?

J'attends notre renaissance, pouvoir de nouveau exercer le cœur de notre métier, le partager avec les spectateurs, défendre les films et redéfendre l'importance de la salle, surtout. Les films Art et Essai fonctionnent très bien à Antony. Sur les 10 films qui font le plus d'entrées au Sélect, un seul n'est pas Art et Essai, ce qui montre bien que cette orientation trouve un écho important chez les spectateurs antoniens et alentours. Je compte sur ces liens privilégiés avec les spectateurs quand on pourra redémarrer et retrouver une vie sociale et culturelle.