Cure de jouvence au pied des Pyrénées pour les vieilles rames du RER A

Une quarantaine de rames de la ligne ferroviaire la plus fréquentée d’Europe sont rénovées par le constructeur espagnol CAF, à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées). Les premiers exemplaires modernisés rouleront en 2021.

 Le constructeur ferroviaire espagnol CAF a obtenu le marché de rénovation de 43 rames du RER A. 23 trains d’entre eux sont rénovés dans l’usine de Bagnères-de-Bigorre.
Le constructeur ferroviaire espagnol CAF a obtenu le marché de rénovation de 43 rames du RER A. 23 trains d’entre eux sont rénovés dans l’usine de Bagnères-de-Bigorre. LP/Sébastian Compagnon

Elles sont loin de leur « habitat naturel ». Sur le site du constructeur ferroviaire CAF France, à Bagnères-de-Bigorre (Hautes-Pyrénées), plusieurs rames du RER A sont en cours de démontage. Ces trains MI2N, à deux étages, construits il y a une vingtaine d'années, ont parcouru plus de 800 km pour bénéficier d'une cure de jouvence au pied des Pyrénées.

C'est ici, dans un hangar flambant neuf d'où l'on aperçoit le Pic du Midi enneigé, que 23 trains, sur une commande totale de 43 rames, seront entièrement refaits à neuf, avant de regagner la région parisienne, à partir de 2021. Ces trains rénovés pourront ensuite rouler jusqu'en 2040.

Dans les voitures, des dizaines de techniciens s'affairent. Chaque élément est démonté, pour être ausculté, puis remplacé. Des dizaines de kilomètres de câbles sont retirés. Ces premiers trains de « pré-série » sont en quelque sorte les prototypes qui devront être validés techniquement par la RATP avant de lancer la rénovation de tous les autres.

Dans l’usine CAF de Bagnères-de-Bigorre, 120 personnes travaillent à la rénovation des rames du RER A. LP/S.C.
Dans l’usine CAF de Bagnères-de-Bigorre, 120 personnes travaillent à la rénovation des rames du RER A. LP/S.C.  

Les 43 rames MI2N, construites entre 1997 et 2005 par Alstom et Bombardier, bénéficieront d'un nouvel aménagement des voitures, d'un nouveau revêtement au sol, de sièges neufs, d'un éclairage LED et de l'ajout de la vidéo-protection. Elles seront repeintes aux couleurs d'Ile-de-France Mobilités (en bleu et blanc) et se rapprocheront des trains plus récents (MI09), qui représentent la majorité des 183 rames en circulation sur la ligne la plus fréquentée d'Europe, avec 1,2 million de passagers par jour en temps normal.

Ce marché de 121 millions d'euros procure au moins deux années de travail aux salariés de CAF, qui se répartissent la tâche entre Bagnères et l'usine de Saragosse, en Espagne, où 20 autres MI2N seront rénovés. Au total, 120 personnes sur le site de CAF France travaillent sur cette commande.

Le respect des délais de livraisons scruté à la loupe

Le groupe espagnol, qui a marqué des points sur le marché français en remportant notamment l'appel d'offres des futurs trains Intercités de la SNCF, est en pleine croissance. Il s'est imposé comme le principal challenger d'Alstom et Bombardier, qui préparent leur fusion prochaine.

Mais sera-t-il capable de mieux respecter les délais de livraison que ses concurrents ? Mercredi, une délégation d'Ile-de-France Mobilités et de la RATP est allée à la rencontre des équipes de CAF. Objectif : s'assurer que le processus industriel est sur de bons rails. « Avec la distance géographique qui nous sépare, il est important pour nous de venir au contact. On est là pour vérifier que le chantier avance bien et montrer qu'on est vigilant sur le calendrier », confie Laurent Probst, le directeur général d'Ile-de-France Mobilités, l'autorité organisatrice des transports, qui finance l'opération.

Sièges, câbles, portes, etc., les rames sont entièrement désossées pour être rénovées. LP/S.C.
Sièges, câbles, portes, etc., les rames sont entièrement désossées pour être rénovées. LP/S.C.  

Les retards dans la livraison sont devenus une fâcheuse habitude de l'industrie ferroviaire vis-à-vis de son client francilien. Dernier exemple en date : les 31 rames MI84 du RER B, accusant plus de trente ans d'âge, rénovées par Alstom à Reichsoffen (Bas-Rhin), ont déjà plus d'un an et demi de retard (lire par ailleurs). Pas question de revivre le même feuilleton avec les rames du RER A.

La présidente d'IDFM, Valérie Pécresse, a promis de rénover ou d'acheter 708 trains pendant la mandature en cours, entre 2016 et 2021. Publiquement, elle a souvent rappelé aux industriels leurs devoirs en matière de calendrier. Et à mesure que les élections régionales approchent, il est plus que jamais préférable que les trains commandés arrivent à l'heure.

RER B : la première rame MI84 rénovée arrive enfin

Une rame MI84 du RER B à Bures-sur-Yvette, station de La Hacquinière. LP/Cécile Chevallier
Une rame MI84 du RER B à Bures-sur-Yvette, station de La Hacquinière. LP/Cécile Chevallier  

C'est sans doute l'une des commandes de trains rénovés les plus symboliques en Ile-de-France. 31 rames MI84, qui représentent un quart du matériel roulant sur le RER B, sont en cours de rénovation dans l'usine Alstom de Reichsoffen (Bas-Rhin). Sur cette ligne souffrant de nombreux problèmes, où transite un million d'usagers en temps normal, l'arrivée de trains plus confortables et plus vastes est devenue urgente. Or le constructeur Alstom a dû décaler la livraison des premiers exemplaires de plus d'un an, notamment en raison de la procédure de désamiantage de ce matériel conçu dans les années 1980.

De quoi agacer Ile-de-France Mobilités, qui consacre 100 millions d'euros à cette commande, et sa présidente Valérie Pécresse. Il y a un an, celle-ci était venue en personne dans l'usine de Reichsoffen pour mesurer où en était l'avancement du chantier. Les premiers MI84 auraient dû entrer en service en décembre 2019. Mais la grève contre la réforme des retraites, puis la crise du Covid, ont retardé les procédures d'homologation de ces trains. Cette fois, le feuilleton semble toucher à sa fin, avec l'inauguration officielle, le 7 octobre, de la première rame MI84 rénovée remise en service sur la ligne B.

Le reste des trains commandés entrera en circulation au cours de 2021 et 2022. Ils devront tenir le coup pendant une dizaine d'années, en attendant les 146 trains de nouvelle génération MING à deux étages, capables de transporter 30 % de voyageurs en plus, à partir de 2026. Le marché des MING, qui représente plus de 2 milliards d'euros, doit être attribué d'ici décembre.