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Viols de la forêt de Sénart entre 1995 et 2001 : la voix des victimes décédées

Sept des trente-quatre femmes victimes du «violeur de la forêt de Sénart» sont aujourd’hui décédées. A la barre, ce mercredi, le témoignage de l’ex-compagnon d’une victime disparue.

 Les victimes du violeur de la forêt de Sénart (Essonne) avaient développé une vigilance permanente et redoutaient les sorties de forêt. (Illustration)
Les victimes du violeur de la forêt de Sénart (Essonne) avaient développé une vigilance permanente et redoutaient les sorties de forêt. (Illustration) LP/F.L.

Elles ne sont plus là pour témoigner mais les mots de leur déposition résonnent dans la salle des assises d'Evry (Essonne). La cour juge depuis le 15 septembre Aïssa Z., accusé d'être le « violeur à la mobylette » ou encore « le violeur de la forêt de Sénart » et d'avoir sévi dans cette forêt périurbaine, située à cheval sur l'Essonne et la Seine-et-Marne, entre 1995 et 2001.

Ce mercredi, les jurés vont étudier deux agressions subies par des victimes aujourd'hui décédées. Sept des trente-quatre victimes sont mortes avant d'avoir pu assister au procès. Leurs paroles sont portées à la barre par des proches, enfants ou compagnons, qui viennent dire l'horreur et aussi, souvent, les non-dits par pudeur, parfois davantage par honte. La fille d'une victime a ainsi découvert le calvaire vécu par sa mère à l'occasion de ce procès.

Jacky (NDLR : le prénom a été modifié), lui, en a eu des bribes au cours des quatorze années de vie commune avec Francine (NDLR : le prénom a été modifié). C'est ce qu'il racontera ce mercredi à la barre. « Je suis là pour sa mémoire, pour la représenter, par respect pour elle, même si j'ai refait ma vie », explique-t-il au Parisien/Aujourd'hui en France. Francine est décédée en 2017.

Un autre fait divers passe à la télé, elle craque

Le 12 août 1999, elle a 52 ans. Alors qu'elle promène son chien sur la commune de Draveil (Essonne), elle est agressée par un homme circulant sur un scooter couleur bordeaux. « Elle avait eu le réflexe de dire qu'elle avait le sida », relate Jacky. Elle évite ainsi le viol, l'agresseur se masturbant tout de même avant de repartir sur son deux-roues. « Je n'ai pas su tout de suite qu'elle avait subi ce genre de choses, se souvient-il. Mais il y avait certains comportements qui m'ont alerté ». Une tendance à presser le pas dans la rue, « de raser les murs » selon les mots de Jacky et à paraître angoissée lors de sorties en forêt. Quand ils se rencontrent, les faits se sont déroulés quatre ans auparavant. C'est un reportage sur un fait divers qui la fait craquer.

Francine met alors des mots sur ses angoisses. « On regardait un reportage consacré au tueur aux petites annonces qui avait sévi dans l'Essonne au même moment et d'un coup elle a éclaté en sanglots et m'a raconté ce qu'elle avait vécu », continue Jacky. Le discours n'est pas linéaire. Mais il comprend.

«Elle n'en a plus jamais parlé»

« Ce n'est jamais moi qui en ai parlé », reprend-il. Il se remémore aussi des moments difficiles pour Francine comme ce jour où elle s'est perdue en forêt. « Elle s'était inscrite dans un club de marche et a été distancée. Elle a dû rentrer toute seule. Elle était traumatisée. » L'interpellation fin 2015 d'un suspect ravive ces souvenirs.

Patricia (NDLR : le prénom a été modifié), elle, n'a pas vécu assez longtemps pour voir ce nouveau développement de l'affaire. Elle décède en 2014. Avertie que le procès avait commencé, sa fille se constitue partie civile à l'audience. Patricia est, chronologiquement, la 2e victime du violeur le 12 mars 1996. Elle a alors 63 ans et est à quelques semaines de la retraite. L'agression est violente. Elle est prise à la gorge, se retrouve jetée au sol. Il la menace : « Tais-toi sinon je te tue ».

« Sa fille a été en quelque sorte le témoin direct de cette agression, décrit Me Arnaud Simonard, avocat de la partie civile. Elle l'avait accompagnée à l'hôpital en état de choc. Après, Patricia n'en a plus jamais parlé. Ma cliente se souvient de tout et le fait qu'elle a aujourd'hui l'âge qu'avait sa mère au moment de l'agression provoque un transfert. Cet événement a changé sa vie. » L'avocat poursuit : « Elle est surtout aujourd'hui présente pour que sa mère ne soit pas qu'un numéro dans la liste des victimes ».