Un homme sage-femme jugé pour viols sur ses patientes

Cet ancien praticien est accusé d’avoir effectué des gestes sexuels sur onze femmes lors de consultations à Montpellier. Il comparaît à partir de mercredi devant la cour criminelle de l’Hérault.

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 Accusé par 11 anciennes patientes, l’homme de 49 ans comparaît à partir de ce mercredi devant la cour criminelle de l’Hérault.
Accusé par 11 anciennes patientes, l’homme de 49 ans comparaît à partir de ce mercredi devant la cour criminelle de l’Hérault. AFP/Pascal Guyot

Il était le seul sage-femme homme exerçant à Montpellier (Hérault). Une particularité qui « aurait sans doute dû l'amener à faire preuve d'encore plus de communication dans l'exercice de cette profession qui relève de l'intime », selon son avocate, Me Maryse Pechevis.

Lionel C. a en effet toujours plaidé l'incompréhension et la maladresse. C'est pourtant pour viols sur onze ex-patientes que l'ancien praticien, qui comparaît libre, est jugé. L'homme de 49 ans comparaît à partir de ce mercredi 24 février devant la cour criminelle de l'Hérault, une juridiction d'exception composée de cinq magistrats, testée depuis 2019 dans certains départements pour juger les crimes punis de quinze à vingt ans de prison. C'est cette dernière peine que Lionel C. encourt, la fonction qu'il occupait alors aggravant les chefs de viols.

Un vernis de normalité

« Le syndrome de la blouse blanche », résume Me Iris Christol, avocate de cinq des plaignantes, pour qui « sa position de sachant » lui a permis d'abuser de ces femmes sous couvert de gestes médicaux. Qu'il les ait aidées à accoucher lors de ses gardes à la polyclinique Saint-Roch ou ait assuré leur suivi à son cabinet, toutes lui faisaient entièrement confiance.

De quoi instiller le doute dans l'esprit de beaucoup de ces femmes, perturbées par ces gestes invasifs que Lionel C. savait toutefois recouvrir d'un vernis de normalité, sous le prétexte de vérifier l'ouverture de leur col de l'utérus avant l'accouchement, ou lors de leur rééducation du périnée post-partum. Plusieurs anciennes patientes ont décrit des mouvements de « va-et-vient » sur des zones érogènes durant plusieurs minutes. En clair : une masturbation imposée par un Lionel C. changeant brusquement d'attitude, silencieux et la respiration haletante. Plusieurs fois, le praticien aurait ensuite filé dans une salle attenante sans aucune explication. « A ce moment-là, je me suis sentie être une prostituée », résumera une plaignante.

Cette attitude, en totale contradiction avec les pratiques habituelles − la rééducation du périnée s'exerce par des pressions, et peut tout à fait être réalisée avec une sonde, au choix de la patiente − se doublait, en outre, de commentaires déplacés sur leur épilation, leur physique ou leur vie sexuelle. « Clitoridienne ou vaginale ? », a ainsi pu questionner Lionel C., qui tutoyait ses patientes, et assurait agir pour le bien de leur couple.

«L'impression d'avoir trahi leur corps, leur bébé, leur mari»

Mais en 2016, l'une de ses patientes pousse les portes du commissariat de Montpellier, mettant ainsi un terme à la carrière de Lionel C. L'enquête révélera qu'il avait déjà été mis en cause en 2009 : il avait alors invoqué une pratique proche du shiatsu, et la plainte avait été classée sans suite. Puis en 2013, par deux lettres anonymes adressées au Conseil de l'ordre des sages-femmes, partie civile dans ce dossier. Mais il avait une nouvelle fois échappé à toute sanction.

Au fil des ans, les méthodes douteuses de Lionel C. se sont largement ébruitées à Montpellier, un échographiste parlant même de lui comme d'un « pervers ». C'est ainsi que plusieurs patientes, découvrant qu'elles n'étaient pas seules, se sont décidées à déposer plainte. Car, outre la gêne, parfois les douleurs, certaines ont effectivement déclenché des orgasmes… De quoi les pétrir de honte et les affecter durablement dans leur vie sexuelle et leur lien à l'enfant, comme l'ont souligné les expertises psychologiques. « L'orgasme, ce n'est pas la jouissance ! C'est une réaction purement mécanique, qui n'engage ni la volonté ni l'affectivité, analyse Me Christol. Mais elles ressentent une tonne de culpabilité, avec l'impression d'avoir trahi leur corps, leur bébé, leur mari. »

L'une d'elles rapporte ainsi ces mots glaçants de Lionel C., visiblement très fier de lui à l'issue d'une séance : « Bel orgasme, hein ? » « Il est dans la toute-puissance de l'effet qu'il produit, sur des femmes en état de fragilité », poursuit Me Christol.

Des «méthodes avant-gardistes»

« On ne peut pas balayer le trauma ressenti par ces femmes, admet Me Pechevis. Et il est en très affecté, lui dont le rôle était justement d'œuvrer pour le bien-être de la femme et du couple ! Mais on ne peut pas réduire quinze ans de carrière à ces onze patientes. Des collègues ont, au contraire, loué son sens clinique hors du commun. »

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L'avocate met ainsi en avant plusieurs formations suivies par Lionel C., ses « méthodes avant-gardistes », sa « bienveillance » et une « réflexion continue dans ses pratiques, notamment pour éviter aux femmes l'épisiotomie lors de l'accouchement ». La décision de la cour criminelle est attendue vendredi.