Un mari jaloux jugé pour un meurtre au tournevis et à la perceuse

Yohann, un marginal de 37 ans, a-t-il été torturé à mort en 2018 à cause de la jalousie maladive de Steven Besson, l’accusé dont le procès débute ce mercredi à Saintes ? L’homme a avoué avant de se rétracter. Une affaire beaucoup moins simple qu’il n’y paraît.

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 Steven Besson est jugé à partir ce mercredi devant la cour d’assises de Saintes (Charente-Maritime).
Steven Besson est jugé à partir ce mercredi devant la cour d’assises de Saintes (Charente-Maritime). AFP/Georges Gobet

Son corps dénudé, partiellement calciné et en état de décomposition avancée avait été découvert dans une forêt de Charente-Maritime par un chasseur accompagné de son chien. C'était en septembre 2018. Père de trois enfants, Yohann Geoffray avait 37 ans. Disparu au début de l'été, il avait laissé derrière lui ses effets personnels et ses vêtements. Mais personne ne s'en était vraiment inquiété, au moins dans un premier temps…

Marginal vivant du RSA, l'homme habitait seul dans une caravane louée depuis quelques mois auprès d'un couple de connaissances, Delphine et Steven, dont la maison était située sur le même terrain. Trois fois par semaine, Yohann pouvait utiliser la salle de bains de ses propriétaires et passait parfois des soirées télé avec eux, dans des ambiances alcoolisées et enfumées. Parfois, il s'échappait sans prévenir, le temps d'un séjour dans la rue avec ses amis SDF de La Rochelle ou de Cognac. Le 31 août pourtant, soit deux mois après sa disparition, il n'avait pas appelé pour l'anniversaire de sa fille, contrairement à ses habitudes. Un détail qui avait alerté la mère de ses deux premiers enfants.

Une séance de torture

L'autopsie révélera l'atrocité des sévices qui lui ont été infligés. Le jeune homme présentait un orifice sur le côté droit du crâne, probablement creusé à l'aide d'un tournevis. D'autres blessures du même type apparaissaient au niveau de la mâchoire, sur une omoplate et une côte. Enfin, détail sordide, plusieurs dents semblaient avoir été perforées à l'aide d'une perceuse. L'horrible résultat d'une séance de torture, de toute évidence, mais pour quel mobile ? La question sera au cœur du procès de Steven Besson qui s'ouvre ce mercredi devant la cour d'assises de Charente-Maritime à Saintes.

Au cours de l'enquête, les soupçons des gendarmes de la brigade de recherches de Saint-Jean-d'Angély et de la section de recherches de Poitiers se sont très vite orientés vers Steven Besson, 28 ans, Delphine, sa compagne, et Josette, la mère de Delphine. Entre juillet et août, ces deux dernières ont utilisé la carte bleue de la victime sur leurs lieux de vacances, à Disneyland Paris et à Cannes (Alpes-Maritimes) notamment.

Yohann Geoffray./DR/Facebook
Yohann Geoffray./DR/Facebook  

Le trio est placé en garde à vue début octobre. Steven Besson craque au bout de la 5e audition et formule des aveux circonstanciés. Selon ses explications, Yohann lui aurait avoué son attirance pour Delphine, déclenchant chez lui une colère incontrôlable. Steven aurait ainsi frappé la victime avec un rondin de bois et l'aurait tuée sur le coup. Les faits se seraient déroulés le dimanche 1er juillet 2018 dans l'après-midi sur la commune de Loulay (Charente-Maritime), à quelques encablures du domicile et de la caravane. Steven serait revenu le lendemain à l'aube avec la voiture de sa compagne. Il aurait déshabillé le corps avant de le charger dans le coffre et de l'abandonner au bord d'un chemin choisi au hasard. Puis, il se serait présenté sur son lieu de travail, une coopérative agricole, où l'attendait une nouvelle mission d'intérim.

Aveux et rétractations

Steven Besson confirme ses aveux lors d'une sixième audition de garde à vue. Mais lors de sa présentation devant le juge d'instruction, il se rétracte et conteste toute implication dans les faits. Une ligne qu'il n'a cessée depuis de défendre. « Mis sous pression en garde à vue, M. Besson a dit certaines choses pour avoir la paix en quelque sorte mais toutes ses déclarations ne reposent que sur les éléments donnés par les enquêteurs au cours des auditions précédentes, relativise Me Thibaut Kurzawa, l'un de ses deux avocats avec Me Laure Mellier. Il n'a rien apporté de nouveau, sinon des éléments contredits par l'instruction, et s'est révélé bien incapable d'apporter des détails précis sur ce qu'il avait pu faire par exemple des vêtements de la victime ou de son téléphone, et sur le lieu où il aurait abandonné le corps ».

Steven Besson a-t-il vraiment dit la vérité ou une partie de la vérité ? Ou s'est-il incriminé pour mieux protéger d'autres personnes de son entourage ? Décrit par plusieurs témoins comme colérique et très jaloux, il est surtout mis en difficulté par la détection sur le lieu de découverte du corps de ses propres traces olfactives. Un exploit réalisé par Lara, une chienne Saint-Hubert de la gendarmerie, près de trois mois après la mort de Yohann Geoffray. Mais là encore, cet élément à charge ne suffit pas à déterminer le rôle exact qu'aurait joué Steven Besson.

«Dans ce dossier, beaucoup d'éléments ne collent pas»

« Dans ce dossier, beaucoup d'éléments ne collent pas, reprend Me Kurzawa. L'instruction retient le mobile de la jalousie mais il n'apparaît nulle part que la victime avait réellement des vues sur la compagne de l'accusé. Ensuite, l'arme ou plutôt les armes du crime n'ont pas été retrouvées et même la date exacte de la commission des faits est sujette à discussion. En fait, il flotte dans ce dossier l'idée que M. Besson ne peut pas être seul dans cette affaire mais en réalité, il est bien le seul accusé ».

Entre-temps, un autre homme a été mis en examen pour meurtre. Il s'agit de Jérémy C., ami de Steven et dealer de Yohann, à qui il vendait régulièrement du cannabis. Dans un échange avec l'un de ses proches, Jérémy a prétendu avoir accompagné Steven dans son projet meurtrier. Des propos développés auprès de ses sœurs lors d'un parloir. Présenté par les experts psychiatres comme un affabulateur immature, soucieux « de s'inventer une vie » selon ses propres mots, l'homme a finalement bénéficié d'un non-lieu.

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« Mes clients n'ont aucun doute sur la culpabilité de Steven Besson, indique Me Eva Lusteau, l'avocate des parties civiles. En revanche, beaucoup de questions se posent encore sur la possible présence de complices et sur la nature du mobile. La jalousie est un mobile plausible. Elle peut expliquer une pulsion criminelle incontrôlable mais ne peut en aucun cas justifier cette violence extrême. De ce procès, nous attendons la vérité, toute la vérité ».

Sauf coup de théâtre au cours du procès qui débute ce mercredi à Saintes, les avocats de la défense, Mes Kurzawa et Mellier s'apprêtent à plaider l'acquittement de Steven Besson. Le verdict de la Cour d'assises doit être rendu vendredi en fin de journée.