Tweets montrant l’horreur de Daech : Marine Le Pen et Gilbert Collard face aux juges

Selon la justice, ces images violentes et attentatoires à la dignité humaine auraient pu être vues par des mineurs. La présidente du RN et le député européen soutiennent avoir voulu souligner l’horreur du groupe terroriste. Leur procès se tient ce mercredi à Nanterre.

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 Marine Le Pen et Gilbert Collard sont jugés pour « diffusion de message de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, susceptible d’être vu par des mineurs ».
Marine Le Pen et Gilbert Collard sont jugés pour « diffusion de message de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, susceptible d’être vu par des mineurs ». AFP/Stéphanie de Sakutin

Faire contre mauvaise fortune bon cœur, tel est son état d'esprit. Persuadé d'être la cible d'un « coup politique » et de « poursuites judiciaires baroques », Gilbert Collard a décidé d'en tirer profit. « On nous offre une tribune, eh bien je vais en profiter! », avertit le député européen du RN qui doit comparaître ce mercredi devant le tribunal correctionnel de Nanterre (Hauts-de-Seine) aux côtés de Marine Le Pen, la présidente du parti.

Tous deux sont jugés pour « diffusion de message de nature à porter gravement atteinte à la dignité humaine, susceptible d'être vu par des mineurs », un délit passible de 3 ans de prison et de 50 000 euros d'amende. En cause : des images d'exactions perpétrées par Daech diffusées par Marine Le Pen et Gilbert Collard sur leur compte Twitter en décembre 2015, en réponse à Jean-Jacques Bourdin qui avait établi des liens « pas directs » entre le FN et le groupe terroriste islamiste via leur « repli identitaire ».

Ces images violentes ont choqué des internautes

« Une comparaison inacceptable et blessante. Il était donc de mon devoir de montrer ce qu'était l'horreur de Daech dans le cadre de la légitime défense de la liberté d'expression », rembobine Gilbert Collard. A l'époque, le député du Gard récupère sur Internet une photo d'une victime du groupe Etat islamique : un homme allongé, défiguré, le crâne défoncé et les mains liées dans le dos (Marine Le Pen fera de même avec trois autres photos d'atrocités commises par Daech). Puis le parlementaire diffuse le document sur son compte Twitter en le « contextualisant » d'une légende ironique « Le poids des mots, le choc des bobos ».

Ces images violentes ont choqué des internautes. Plusieurs ont alerté la plateforme de signalement Pharos et la machine judiciaire s'est mise en route. Marine Le Pen et Gilbert Collard, visés par deux instructions distinctes, ont vu leur immunité levée, ont été mis en examen puis renvoyés devant le tribunal correctionnel. Les magistrats estiment que les deux célèbres Twittos ne pouvaient qu'avoir conscience du caractère intrinsèquement attentatoire à la dignité humaine de ces images, quel que soit le motif de leur diffusion.

Selon la juge d'instruction du « dossier Collard », il aurait fallu que ce dernier mette en œuvre des moyens techniques pour éviter que son tweet puisse être vu par des mineurs. Le fait — soutenu la défense — que l'accusation ne peut prouver que des mineurs soient tombés sur cette image ou encore que 5 signalements sur 8 soient intervenus avant… l'apparition du tweet incriminé, ne change rien aux yeux de la magistrate.

La relaxe pure et simple plaidée

« Le délit que l'on nous reproche est hors sujet et absurde. Ce qui me choque le plus, c'est la perversion de l'exercice du droit pénal », commente du haut de ses 50 ans de barreau Gilbert Collard dont l'avocat, Me Jean-Marc Descoubes, plaidera la relaxe pure et simple. Idem pour celui de Marine Le Pen. « Ces tweets étaient une riposte au parallèle outrageant de M. Bourdin, dans le champ du débat politique et polémique, de la liberté d'expression régie par la Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse. L'esprit du texte appliqué dans cette procédure, qui vise la protection des mineurs, est totalement détourné », développe Me David Dassa Le Deist.

Durant l'instruction, une expertise psychiatrique des deux mis en examen avait été ordonnée par le parquet et les juges. Non sans provoquer la stupeur des intéressés. « L'expert était spécialiste du transsexualisme, quel rapport avec l'horreur de Daech ? », ironise encore Gilbert Collard qui ne s'était pas rendu à la convocation. Scandalisée, Marine Le Pen en avait fait de même. Ce mercredi, ils entendent bien se présenter à la barre du tribunal pour tenter de démontrer qu'ils n'ont pas commis l'infraction reprochée. Un procès qui devrait être suivi par de très nombreux médias.