Tribunal de Lisieux : sept ans de prison pour l’homme qui avait percuté un motard et sa fille

Le conducteur de 24 ans roulait sous l’emprise de l’alcool et de stupéfiants et avait causé la mort d’un père et de sa fille le 11 juillet 2020.

 Dans le tribunal de Lisieux, un membre de la famille de Laura, 15 ans, tuée dans un accident de la route avec son père de 38 ans près de Lisieux le 11 juillet 2020. Le chauffard de 24 ans conduisait alcoolisé et sous l’emprise de stupéfiant.
Dans le tribunal de Lisieux, un membre de la famille de Laura, 15 ans, tuée dans un accident de la route avec son père de 38 ans près de Lisieux le 11 juillet 2020. Le chauffard de 24 ans conduisait alcoolisé et sous l’emprise de stupéfiant. LP/Esteban Pinel

« Laura était mon rayon de soleil. Je ne peux pas pardonner. » A la barre du tribunal de Lisieux (Calvados) ce mercredi 7 octobre, une maman dit toute sa peine. Le 11 juillet 2020, à Saint-Martin-de-Mailloc, elle a perdu sa fille de 15 ans. Cette dernière circulait à moto avec son père, Gaylor, 38 ans, quand une voiture les a percutés vers 22 heures.

Au volant, un jeune homme de 24 ans, très alcoolisé (1,8 g d'alcool par litre de sang), sous l'emprise de stupéfiants, et au permis annulé. A son arrivée au tribunal, les familles des victimes cherchent longuement son regard, en vain. La présidente du tribunal revient sur les faits. « Dans une ligne droite, vous avez quitté votre voie. Le choc a été très violent. Les casques des motards ont été arrachés dans l'impact. Les corps étaient très abîmés. » Des pleurs s'élèvent alors dans la salle.

Il avait consommé de l'alcool dans un bar de Lisieux

Dans la foulée de l'accident, l'attitude du conducteur interroge. Il appelle ses proches avant de joindre les secours. Son beau-père le ramène à la maison pour prendre une douche, avant qu'il revienne sur les lieux où il s'intéresse plus aux dégâts sur sa voiture qu'au sort des victimes. « Je n'étais pas moi-même, répond-il. J'ai eu un comportement déplacé et incohérent. La seule image qu'il me reste, c'est moi debout près de la voiture, avec un corps dans le fossé. »

Gaylor meurt sur le coup. Laura peu de temps après, sur les lieux du drame. Le papa reprenait contact avec sa fille, qui vivait chez sa mère en Seine-Maritime. « Gaylor était un motard passionné et prudent, surtout quand il en faisait avec Laura », retrace la maman. « Ils n'ont commis aucune faute », insiste la procureure.

L'enquête a établi que le chauffard avait consommé plus de deux litres de bière ce 11 juillet. Dont la moitié dans un bar de Lisieux, avant de reprendre le volant. Sandra Mercier, un des conseils des parties civiles, déplore que « le tenancier du bar ne soit pas inquiété. Vu l'état dans lequel était le conducteur en arrivant au bar, le barman ne pouvait pas ignorer qu'il avait trop bu. Il aurait dû, a minima, lui demander d'appeler quelqu'un pour venir le chercher. »

Les proches des victimes déçues par le verdict

Le conducteur avait perdu son permis de conduire en 2018, déjà pour conduite sous l'emprise de stupéfiant en récidive. Mais une erreur administrative lui a laissé penser que le document était à nouveau valide. Un point soulevé par la défense, et entendu par le tribunal. Mais la présidente interroge : « Pourquoi ces précédentes condamnations ne vous ont pas servi de déclic ? » Réponse de l'intéressé : « Ça aurait dû. J'ai pris des risques qui impliquaient les autres. Le drame m'en a fait prendre conscience. »

L'avocat du prévenu s'efforce à dépeindre « un jeune inséré, qui a toujours travaillé, mais dépassé par ce qui lui est tombé dessus ce soir-là. » Depuis son box, le prévenu lâche aux familles : « Je n'ose pas soutenir votre regard, ni vous demander de me pardonner, car je ne peux pas le faire moi-même. Si je pouvais donner ma vie pour les faire revenir, je le ferais. »

Alors que la procureur avait requis huit ans d'emprisonnement, le tribunal condamne finalement le bûcheron et ancien employé de parc animalier à sept ans de prison et 96 000 € de dommages et intérêts aux parties civiles (montant provisoire qui sera précisé par une audience ultérieure).

A la sortie, les proches se disent « déçus ». Daniel, le père de Gaylor, avait perdu son premier fils dans un accident, il y a quelques années : « la condamnation n'est pas assez forte. Nous, on n'a plus rien. Sept ans, c'est quoi, pour enlever deux vies ? » L'assistance a quitté le tribunal les yeux embués de larmes. Le responsable de l'accident au visage juvénile est, lui, retourné en détention.