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Tempête Alex : le courage et la solidarité de William, 25 ans, fils d’une disparue

Alors que sa mère compte parmi les personnes portées disparues à Saint-Martin-Vésubie, emportée par la crue vendredi, William s’est mis au service de la commune comme bénévole.

 William a rejoint les bénévoles du club d’escalade chargés d’assurer le passage des piétons sur la tyrolienne installée au-dessus du pont reliant Saint-Martin-Vésubie à la route de la Colmiane.
William a rejoint les bénévoles du club d’escalade chargés d’assurer le passage des piétons sur la tyrolienne installée au-dessus du pont reliant Saint-Martin-Vésubie à la route de la Colmiane. LP/Olivier Lejeune

Aider les autres est-il encore le meilleur moyen de se sauver soi-même? William a très probablement perdu l'être le plus cher au monde, sa mère, emportée par la crue monstrueuse du Boréon à Saint-Martin-Vésubie (Alpes-Maritimes). Son chalet, situé en amont du village à proximité de la rivière, a été rayé de la carte vendredi soir. Il n'en reste plus une trace.

Domicilié à Montpellier (Hérault) où il venait d'achever ses études d'ingénieur, William, 25 ans, avait prévu de passer le mois d'octobre chez sa maman, Betty, avant de partir en Tunisie où un premier emploi l'attendait. Dès vendredi soir, il apprend par ses oncles que la situation est catastrophique dans la vallée de la Vésubie. Sans imaginer pour autant qu'elle va virer au drame quelques heures plus tard.

« Quand elle a parlé au téléphone pour la dernière fois, elle avait déjà de l'eau jusqu'aux genoux, raconte son fils. C'était déjà trop tard, mais on ne le savait pas. » Ensuite plus de son, plus d'images. William et ses proches sont privés de toutes nouvelles. Les autorités se révèlent incapables de leur transmettre la moindre information les deux jours suivants.

Rongé par l'inquiétude, le fils de Betty attend lundi pour monter en voiture jusqu'à Roquebillière, le village le plus proche de Saint-Martin dans la vallée de la Vésubie. Puis il finit les dix derniers kilomètres à pied. Un trajet aux allures de chemin de croix.

Arrivé sur place, il ne reconnaît plus le quartier Saint-Nicolas dans le vallon du Boréon où sa mère avait choisi, quatre ans plus tôt, de retaper une vieille bâtisse et la transformer en un coquet chalet. Mais l'ampleur du désastre ne laisse pas de place au doute. « Je n'ai plus aucun espoir de la retrouver vivante », lâche William, désarmant de lucidité et de courage.

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Car cette tête bien faite semble disposer, au moins pour le moment, de puissantes ressources mentales. Bien loin de s'effondrer, le jeune homme propose au contraire ses services auprès de la mairie de Saint-Martin. Il sait tronçonner du bois et maîtrise les techniques des cordistes, ces ouvriers spécialisés dans les travaux suspendus en l'air. Finalement, il est orienté vers les bénévoles du club d'escalade chargés d'assurer le passage des piétons sur la tyrolienne installée au-dessus du pont reliant Saint-Martin à la route de la Colmiane, un ouvrage fragilisé par la catastrophe.

Depuis, William tente ainsi de tromper son chagrin. Un œil sur la ligne de vie. Un autre sur le vallon transpercé et raviné de chaque côté où vivait sa mère, 67 ans. Elle fait partie des huit personnes toujours portées disparues à ce jour.