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Tempête Alex : «Au réveil, notre maison était au bord d’un ravin»

Saint-Martin-Vésubie, la commune des Alpes-Maritimes la plus durement touchée, compte ses morts et panse ses plaies. Ses habitants quittent la commune ou tentent de retrouver une vie normale.

 Bogdan, ferronnier à Saint-Martin-Vésubie (Alpes-Maritimes), a frôlé la mort dans la nuit de vendredi à samedi.
Bogdan, ferronnier à Saint-Martin-Vésubie (Alpes-Maritimes), a frôlé la mort dans la nuit de vendredi à samedi. LP/Olivier Lejeune

Stupeur, tremblements et consternation à Saint-Martin-Vésubie, dans les Alpes-Maritimes. Trois jours après les monstrueuses intempéries qui ont ravagé près d'un tiers de ses habitations, cette commune de 1 400 âmes continue de pleurer ses morts. Ce lundi, deux nouvelles victimes ont été découvertes dans le lit du Boréon, l'une des deux rivières qui traversent Saint-Martin. Une première était prisonnière d'une voiture engluée dans la boue alors que le corps de la seconde était bloqué sous le véhicule. Emmanuel Macron se devrait se rendre en milieu de semaine dans les zones sinistrées.

« Les opérations de désincarcération menées par les pompiers ont été longues et difficiles », explique pudiquement le lieutenant-colonel Olivier Pauletti, commandant des opérations de secours dans la vallée de la Vésubie. Comme si la recherche des personnes disparues ne suffisait pas, les sauveteurs doivent aussi partir à la pêche aux cercueils. « Une trentaine de tombes ont été détruites et emportées dans la rivière », précise Ivan Mottet, le maire de Saint-Martin-Vésubie.

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Etrange paradoxe. Alors que la tragédie enveloppait donc encore ce lundi d'un voile sombre le haut pays niçois, les cours d'eau commençaient enfin à s'assagir et la vie reprenait progressivement ses droits. Dans la soirée, environ la moitié des foyers de Saint-Martin-Vésubie étaient censés avoir retrouvé l'électricité grâce à l'installation de groupes électrogènes. Et aussi symboliques soient-ils, des petits plus améliorent déjà le quotidien.

Le premier camion de la Protection civile, chargée de vêtements et de denrées, a rallié la commune en fin de journée et deux boulangeries ont rallumé leurs fours. Bruno, la soixantaine, vient de prendre sa première douche depuis quatre jours, dans l'une des cabines aménagées par la mairie. « L'eau chaude m'a fait du bien au moral, sourit-il, les yeux rougis par le savon de Marseille et par l'émotion. Ce matin, cela n'allait plus du tout. J'ai complètement craqué. Notre commune a été défigurée, certains ont tout perdu mais le plus dur, c'est de voir tous ces habitants qui continuent d'être évacués. »

Thérèse, octogénaire qui habitait sur les hauteurs de Saint-Martin, va partir vivre chez sa fille./LP/Olivier Lejeune
Thérèse, octogénaire qui habitait sur les hauteurs de Saint-Martin, va partir vivre chez sa fille./LP/Olivier Lejeune  

Les hélicoptères de l'armée et des sapeurs-pompiers se succèdent en un ballet assourdissant. Assise sur une chaise, une couverture de survie sur les épaules, Thérèse attend son tour pour prendre la navette qui doit l'emmener à Roquebillière, à une dizaine de kilomètres en contrebas. Cette octogénaire habitait sur les hauteurs de Saint-Martin et son domicile, situé au niveau du pont Mayssa qui s'est effondré, a bien résisté. Seule et fragile, sans eau ni électricité, elle a été invitée par les pompiers à quitter sa maison prestement. « Je pars chez ma fille et c'est mieux comme ça, soupire-t-elle. Je n'arrête pas de plaisanter mais c'est parce que j'ai pris un sédatif, en fait je suis au bout du rouleau.

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Bogdan, lui, était ferronnier à Saint-Martin-Vésubie. Il a frôlé la mort, sans le savoir. « Je me suis couché vendredi soir dans la maison d'un ami, rembobine-t-il, les yeux dans le vague. Nous nous pensions en sécurité, en hauteur par rapport au Boréon. Au réveil, nous avons constaté que les trois autres maisons situées en amont avaient été emportées et que la nôtre était au bord d'un ravin qui s'était creusé dans la nuit. » A court et moyen terme, il n'imagine aucun avenir possible. « L'atelier où je travaillais est détruit et puis dans les prochains mois, qui voudra encore se faire construire un portail dans les environs ? » s'interroge-t-il, pessimiste.

Antoine, 13 ans, élève de 4e, se pose aussi beaucoup de questions. Vendredi après-midi, il a vu disparaître sous ses yeux les deux maisons construites par son grand-père et l'atelier de maçonnerie de son père. Il est choqué, forcément, mais ses proches sont indemnes. « On a encore le gaz chez nous, apprécie-t-il. On doit allumer la bougie le soir mais ce n'est pas bien grave. J'essaie de me rendre utile en allant chercher de l'eau pour mes grands-parents. » La catastrophe semble l'avoir fait mûrir d'un coup.

Autour de la mairie, des bénévoles s'apprêtent à servir une soupe chaude et quelques sandwichs aux personnes les plus démunies. De quoi prendre des forces avant une nouvelle nuit sans lumière ni chauffage. L'opération de recensement, elle, poursuit son cours. Ce lundi soir, plus d'une vingtaine de personnes manquaient encore à l'appel à Saint-Martin-Vésubie.