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Syndicats de police à l’Elysée : «D’accord sur le diagnostic... mais pas sur l’ordonnance»

Reçus par le président de la République ce jeudi, les syndicats policiers ont obtenu des garanties sociales mais restent sur leur faim sur le durcissement des sanctions contre ceux qui s’en prennent à eux.

 Les syndicats de police ont été reçus pendant plus de 2 heures à l’Elysée ce jeudi par Emmanuel Macron, Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti.
Les syndicats de police ont été reçus pendant plus de 2 heures à l’Elysée ce jeudi par Emmanuel Macron, Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti. AFP/Ludovic Marin

Un commissariat pris d'assaut le week-end dernier à Champigny-sur-Marne (Val-de-Marne), trois policiers grièvement blessés en intervention en quelques jours, Emmanuel Macron a sans doute senti que le moment était venu de calmer la colère et les inquiétudes des policiers. Surtout au moment où la crise sanitaire et le couvre-feu vont solliciter une fois de plus les troupes. Le moment se voulait donc un brin solennel dans les salons de l'Elysée pendant deux heures d'échanges en compagnie de deux ministres : Gérald Darmanin et Eric Dupond-Moretti.

« On n'a pas parlé gamelles et bidons », résume un participant pour expliquer que les discussions n'ont pas porté sur des problèmes de moyens. Ce sujet avait d'ailleurs été l'objet d'une réunion en début de semaine autour du ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin. Réunion au terme de laquelle ils ont obtenu quelques garanties sur la gratuité dans les transports pour les policiers, le renouvellement du parc automobile et d'autres mesures « sociales ». Emmanuel Macron visait plus haut ce jeudi matin. Il a affirmé vouloir « réarmer » la police. Sur le plan de ses valeurs, de ses équipements aussi et sur la réponse judiciaire aux agressions dont ses fonctionnaires sont victimes. Et c'est sur ce dernier point que le bat blesse un peu.

« C'est positif d'avoir été reçu par le président de la République, reconnaît David le Bars du Syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN). Mais on a plus obtenu de réponses sur le plan social que sur le plan pénal. » La demande de « peines planchers » faites par de nombreux syndicats a ainsi essuyé un refus ferme. « Il n'y a pas de volonté d'aller dans ce sens, confirme Patrice Ribeiro du syndicat Synergie Officiers. En fait nous étions tous d'accord autour de la table sur le diagnostic mais pas sur l'ordonnance. Même si nous avons senti un chef de l'Etat conscient du problème et préoccupé par une société sous tension et le fait que nos collègues soient en première ligne face à une violence endémique. »

«Je vous soutiens, mais je compte sur vous»

Pas de peines planchers, donc, pour un président qui a, selon des participants à la réunion, affirmé qu'en France « on incarcère trop et mal ». Comprendre : certains n'ont rien à faire en prison tandis que d'autres devraient y être…. Autour de la table le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti a aussi estimé que la prison pouvait être « criminogène et facteur de radicalisation ». La réponse aux flambées de violences contre les policiers ne sera donc pas que carcérale.

Le chef de l'Etat s'est quand même engagé sur la loi Fauvergue du nom du député LREM ancien patron du Raid qui doit présenter son texte le mois prochain : elle devrait prévoir quelques retouches sur la réponse pénale aux agressions de policiers, gendarmes ou pompiers avec la fin des remises de peine automatiques pour les auteurs. Ce sera désormais à un juge de se prononcer.

Des « simplifications de procédures » ont aussi été promises de manière à limiter la « paperasse » dont se plaignent les policiers depuis des années. Un vieux « serpent de mer ». Mais en cette période indécise et délicate, Emmanuel Macron doit soigner sa police : « Je vous soutiens mais je compte sur vous », a-t-il résumé.