Symbole des violences policières, Théo Luhaka sort un album

Le jeune homme, devenu l’un des symboles des violences policières, annonce que son album, qu’il prépare depuis de nombreux mois, sortira en février.

 Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), jeudi 24 janvier. Quatre ans après la violente interpellation dont il a été l’objet, Théo Luhaka conserve d’importantes séquelles.
Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis), jeudi 24 janvier. Quatre ans après la violente interpellation dont il a été l’objet, Théo Luhaka conserve d’importantes séquelles. Thomas Poupeau

C’est vers la musique que Théo Luhaka a décidé de se tourner, comme une thérapie, quatre ans après les violences policières dont il a été victime. Le jeune homme de 26 ans, qui gardera des séquelles à vie de ce contrôle de police qui a dégénéré avec un violent coup de matraque, le 2 février 2017 à Aulnay-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, va sortir un album dans une semaine, le 19 février, annoncent nos confrères de BFMTV.

LIRE AUSSI > Affaire Théo : le jeune homme choisit la musique comme thérapie

En mai dernier, il relatait déjà auprès du Parisien avoir enregistré 18 chansons dans le studio d’un ami, entre rap et pop urbaine, relatant son parcours. Théo Luhaka, qui se dit passionné par le rap « depuis que j’ai 7 ans », le glissait alors : cet album ce n’est « pas pour percer, pas pour faire Bercy, je n’ai pas l’intention d’être la nouvelle star. Je le fais pour moi ». « Physiquement, c’est dur », se désolait le jeune homme, qui souffre d’incontinence permanente depuis le coup reçu au niveau de l’anus par la matraque télescopique d’un policier, expliquant devoir « s’organiser tous les jours » en matière d’alimentation lorsqu’il décide de sortir.

« Ne reste que la musique »

Il nous expliquait aussi que cet enregistrement et l’écriture de ces chansons sont intimement liés à l’affaire qui porte son prénom. Près de trois ans s’étaient alors écoulés, durant lesquels, entre les nuits d’insomnie et parfois de souffrances liées à ses blessures occasionnées, il a passé son temps à « gratter des textes ». « J’avais deux passions : le football et la musique. Le foot m’est désormais interdit, ou presque… Ne reste que la musique », relatait le jeune homme, qui, quelques jours après l’onde de choc suscitée par les violences dont il a été la victime, donnant lieu à des heurts dans plusieurs banlieues, avait appelé à « faire la paix », depuis sa chambre d’hôpital, en présence du président François Hollande. Lors de cette interview, il assurait vouloir vendre son album 5 euros, avec l’intention d’utiliser les fonds pour financer son projet d’association porté avec SOS-Racisme, visant à organiser des événements en faveur des jeunes de quartier.

Auprès de BFMTV ce jeudi, Théo Luhaka confie que cet album consiste pour lui en « une thérapie personnelle ». « Parce que pour avancer, il faut savoir parler, ajoute-t-il. Beaucoup de gens me demandent comment je vais. Ça n’ira plus jamais, dans le sens où je suis handicapé à vie. Je pourrai toujours aller mieux qu’hier. Mais ça n’ira plus jamais comme avant. » A ce jour, trois des quatre policiers mis en cause dans les violences ont été renvoyés devant les assises, mais la date du procès n’a pas encore été divulguée. Le principal accusé est poursuivi en plus pour « violences volontaires ayant entraîné une mutilation ou une infirmité permanente ».