Soupçons de détournement de fonds : le réalisateur Ladj Ly a été entendu par la police

Le réalisateur des «Misérables» et son frère Amadou ont été placés en garde à vue mardi avant de sortir libre ce mercredi en début d’après-midi dans le cadre d’une enquête sur d’éventuels détournements de fonds au sein de leur école de cinéma de Montfermeil. Les investigations se poursuivent.

 L’enquête porte sur l’association La Cité des arts visuels à Montfermeil, que le réalisateur Ladj Ly a fondée.
L’enquête porte sur l’association La Cité des arts visuels à Montfermeil, que le réalisateur Ladj Ly a fondée. LP/Thomas Poupeau

Selon des sources concordantes, Ladj Ly, le réalisateur des « Misérables », et son frère Amadou ont été placés en garde à vue mardi 9 février dans le cadre de l'enquête sur d'éventuels détournements de fonds au sein de l'association La Cité des arts visuels à Montfermeil (Seine-Saint-Denis), dont le cinéaste est le fondateur et son frère, le président. Leur garde à vue a été levée en milieu d'après-midi ce mercredi par le parquet de Bobigny (Seine-Saint-Denis), mais l'enquête se poursuit.

« Il reste des éléments à creuser et à produire » explique une source proche de l'enquête. L'association abrite notamment l'école Kourtrajmé, un établissement offrant une formation gratuite en cinéma, sans condition d'âge, ni de diplôme. Comme nous l'avions révélé, le jeudi 21 janvier, la structure avait été perquisitionnée ainsi que les domiciles de deux frères.

C'est un signalement de Tracfin, le gendarme de Bercy, qui a alerté la justice. Il y a un an environ, la cellule chargée notamment de lutter contre les circuits financiers clandestins et le blanchiment d'argent est intriguée par certains retraits et transactions d'argent. En février 2020, le parquet de Bobigny a ouvert une enquête préliminaire pour « abus de confiance » et « blanchiment », confiée au service départemental de police judiciaire de Seine-Saint-Denis. L'enquête porte sur des détournements présumés de sommes publiques, avec de possibles ramifications dans d'autres sociétés.

Un montant supérieur à 200 000 euros

Les policiers cherchent à savoir si une partie des subventions allouées à cette association n'a été pas été dépensée à d'autres fins que pour les activités liées aux statuts de la structure. Selon nos informations, les soupçons de détournement porteraient sur un montant supérieur à 200 000 euros. « C'est une affaire compliquée parce qu'il n'y a aucune comptabilité. Il faut tout éplucher », explique une source proche du dossier. « Ces éventuels détournements d'argent concernent des fonds multi-dimensionnels : Centre National du Cinéma, subventions sociales… » précise une source avertie

Contactée, Me Julia Minkowski, l'avocate des deux frères, n'a pas souhaité faire de commentaires. En janvier, après les perquisitions, elle avait incité à la prudence : « Mes clients nient toute malversation », avait-elle affirmé. « Ils ont été avertis par des partenaires de cette enquête, et nous avons écrit au procureur de la République pour demander à être entendus. Une telle enquête peut mettre en danger certains projets et le développement d'autres structures », a précisé l'avocate.

L'association Cité des Arts Visuels a pour mission de former aux métiers de l'image, de l'audiovisuel et du cinéma. Une formation gratuite, ouverte à tous, porteuse d'espoirs pour les jeunes issus de quartiers défavorisés et qui souhaitent se lancer dans le 7e Art. Elle est financée en partie par des aides publiques mais aussi par du mécénat privé.