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«Soudain, la route s’est dérobée sous mes pieds»: le gendarme miraculé témoigne

Porté disparu pendant de longues heures, le chef de la brigade de gendarmerie de Saint-Martin-Vésubie raconte avec émotion son histoire et pense à tous ceux qui n’ont pas eu la même chance que lui.

Olivier Morales, 52 ans, adjudant-chef de la brigade de gendarmerie de Saint-Martin-Vésubie (Alpes-Maritimes), ne veut surtout pas être présenté comme un héros. Par respect pour les victimes, celles qui seront retrouvées et celles peut-être que l'on ne retrouvera jamais. Par respect aussi à l'égard de ses collègues gendarmes et pompiers engagés sur les terrains dévastés de ces vallées de l'arrière-pays niçois depuis trois jours par la tempête Alex.

Son histoire est pourtant singulière. Vendredi en fin d'après-midi, alors que les intempéries commençaient à faire leurs premiers gros dégâts, ce père de famille a disparu des radars. Avant de réapparaître auprès de ses collègues le lendemain matin. L'adjudant-chef rechigne à parler de ses sentiments et de la peur de mourir qui l'a traversé. Mais ce dimanche, dans la cour du groupement de gendarmerie des Alpes-Maritimes, il a tout de même accepté de fendre un peu l'armure.

Dans quelles circonstances vous êtes-vous retrouvé en grande difficulté vendredi après-midi ?

OLIVIER MORALES. Un PC de crise venait d'être créé à la mairie de Saint-Martin-Vésubie. Comme la route était devenue impraticable, à cause des divers éboulements, nous avons décidé avec ma collègue de quitter la brigade à pied. Il s'agissait alors de renter en communication avec notre hiérarchie pour faire un point sur la situation et mettre en œuvre les moyens appropriés. Il faisait encore jour, il devait être 17 heures mais je n'en suis pas complètement sûr.

Et ensuite, que se passe-t-il ?

Soudain, la route s'est dérobée sous mes pieds. Je ne l'ai même pas entendu sur le moment car c'était couvert par le bruit assourdissant de La Vésubie qui s'écoulait juste sur ma gauche. Je ne pouvais ni avancer ni reculer. Margaux, ma jeune collègue de 19 ans, était à quatre mètres derrière moi, sur un morceau de route qui ne s'était pas effondré. Mais elle ne voulait pas me laisser seul. J'ai dû lui crier d'aller donner l'alerte, ce qu'elle a fait.

Avez-vous conscience d'être un miraculé ?

Je n'ai rien fait d'exceptionnel et je serais gêné que certains me prennent pour un héros. En fait, j'ai juste eu beaucoup de chance de marcher à cet instant sur un bloc de béton qui ne s'est pas dérobé. A quelques centimètres près, j'aurais chuté avec la route et j'aurais probablement été emporté par le courant. Mes camarades pompiers, Loïc et Bruno (NDLR : disparus à la Bollène-Vésubie), n'ont pas eu la même chance.

Vous vous retrouvez alors seul face aux éléments…

J'ai réussi à accéder à une propriété en franchissant un muret. Je voulais toujours rejoindre la mairie mais j'ai dû me rendre à l'évidence que je n'y arriverai pas. J'ai alors progressé dans la colline et j'ai fini par trouver une maison habitée, une maison d'hôtes tenue par Richard et Sylvana, un couple d'une grande gentillesse qui a accueilli ce soir-là quatre autres personnes perdues comme moi.

Dans quelles conditions réapparaissez-vous le lendemain ?

Je n'avais pas la radio avec moi et les téléphones ne passaient pas. Dès le lever du jour, j'ai essayé de rejoindre la brigade de Saint-Martin-Vésubie. C'est là que je vis avec ma femme et mes collègues gendarmes. Mais c'était impossible. En revanche, j'ai réussi à rejoindre la mairie où j'ai été pris en charge par mes collègues du peloton de gendarmerie de haute montagne qui m'ont emmené au fameux PC sécurité. C'est de là que j'ai pu renseigner ma hiérarchie et faire mon travail de gendarme.

Quelles images de Saint-Martin-Vésubie avez-vous en tête ?

(Il marque une pause) Des maisons écroulées, des entreprises effondrées. Mais ça, c'est pour le matériel. Je pense surtout à toutes les familles qui sont sans nouvelles de leurs proches.

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