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Sofiane et son double virtuel accusés d’avoir violé et escroqué des homosexuels

Un homme de 32 ans est jugé à partir de ce jeudi devant la cour d’assises de Loire-Atlantique. Il aurait abusé sexuellement de cinq de ses neuf victimes, tombées amoureuses d’une créature virtuelle sur des sites de rencontres.

 Sofiane C. créait un faux profil sur des sites comme Badoo, Gaymec ou Coco pour appâter ses victimes (Illustration).
Sofiane C. créait un faux profil sur des sites comme Badoo, Gaymec ou Coco pour appâter ses victimes (Illustration). LP/Thomas Poupeau

Sofiane C. semble avoir passé sa vie à manipuler ses proches et à brouiller les pistes. Si bien que personne ne le connaît vraiment et que lui-même s'est peut-être perdu en route. Après quatre années d'enquête et d'instruction, et à l'heure de son procès d'assises, il reste encore difficile de déterminer si ce Nantais de 32 ans, déjà connu de la justice pour des affaires d'escroquerie, était obnubilé avant tout par l'appât du gain. Ou s'il cherchait d'abord à assouvir des pulsions homosexuelles inavouables. Même pour les experts psychiatres, il reste une énigme.

« Compte tenu des stratagèmes complexes déployés aux dépens de ses victimes, l'accusé semble doté d'une finesse psychologique assez rare chez une personne qui, par ailleurs, présente des troubles du comportement et bénéficie à ce titre d'une mesure de curatelle », résume Me Véronique Rolfo, l'avocate d'une partie civile.

Une chose est sûre, l'homme est jugé à partir de ce jeudi après-midi par la cour d'assises de Loire-Atlantique pour une série de crimes et délits qu'il aurait commis entre 2013 et 2016 : viols aggravés, tentatives de viols, agressions sexuelles, contrefaçon ou falsification de chèques, vol et escroquerie en récidive. Le tout aux dépens de neuf jeunes hommes âgés entre 16 et 23 ans au moment des faits et approchés via des sites de rencontres homosexuelles. Cinq d'entre eux auraient été victimes de viols.

Il utilisait la photo d'un éphèbe

Son mode opératoire était élaboré et systématique. Sofiane C. créait d'abord un faux profil sur des sites comme Badoo, Gaymec ou Coco. Il utilisait alors la photo d'un éphèbe baptisé Bryan, Antoine ou encore Nathan, blond aux yeux bleus ou beau ténébreux bien musclé selon les circonstances. Appâtées par ce physique avantageux et des premiers mots mielleux, les victimes engageaient un dialogue écrit avec leur correspondant dont elles tombaient généralement très vite amoureuses. Il arrivait aussi qu'un échange téléphonique complète l'opération séduction. Un rendez-vous physique était ensuite programmé, soit au domicile des victimes, soit dans un hôtel.

Mais au dernier moment, le beau garçon fictif faisait évidemment faux bond, prétextant un empêchement. En guise de compensation, les victimes avaient droit à la visite d'un soi-disant ami de leur « amoureux ». Sous des prénoms d'emprunt et doté d'un autre numéro de téléphone, apparaissait alors Sofiane C., jeune homme assez disgracieux et en net surpoids. Sur le temps d'une soirée, d'un week-end voire plus, l'accusé réussissait alors à faire miroiter aux victimes un rendez-vous futur avec leur amant imaginaire. Il réussissait même à créer une relation amicale, sans rapport de séduction, en jouant simultanément sur les deux tableaux, le réel et le virtuel.

En présence de ces jeunes hommes bien naïfs, Sofiane C. s'isolait ainsi un court instant pour utiliser son autre numéro de téléphone, faisant à nouveau entrer en scène le personnage fictif qu'il avait créé sur Internet. Par un simple message écrit, « Bryan » ou « Nathan » pouvait alors donner la consigne à ses amoureux transis de passer la nuit avec Sofiane. Lesquels obéissaient sans se méfier.

Recherché pour ne pas être revenu à la maison d'arrêt de Nantes

Profitant souvent du sommeil des victimes, Sofiane C. aurait alors commis des viols (actes de sodomie, fellations), des agressions sexuelles et des tentatives de viols. Quelques-uns ont résisté, d'autres se sont rebellés, allant dans un cas extrême jusqu'à provoquer un incendie au domicile de Sofiane C. Et certains ont subi en plus, comme si cela ne suffisait pas, diverses escroqueries grâce à « un lavage de cerveau » efficace.

En mars 2016 notamment, l'accusé aurait abusé sexuellement un Toulousain de 20 ans à plusieurs reprises en réussissant, dans le même temps, à lui soutirer plus de 7000 euros. Le mois suivant, le mis en cause aurait même réussi à se faire héberger pendant trois semaines dans les Hautes-Pyrénées chez un jeune homme de 18 ans dont il aurait abusé la nuit.

Le jour, il parvenait à lui faire établir des chèques d'un montant de 700 euros et ouvrir deux lignes téléphoniques au nom de « Nathan », créature fictive apparue sur le site de rencontre Gaymec, dont ces deux dernières victimes étaient follement éprises. Le manipulateur n'avait ainsi qu'à prononcer son nom et prétendre que ses demandes étaient faites dans l'intérêt de « Nathan » pour que ses vœux soient exaucés. Circonstance aggravante en ce printemps 2016, Sofiane C. est alors recherché par la police suite à son non-retour dans la maison d'arrêt de Nantes où il purge une peine d'une année ferme pour des faits d'escroquerie.

Il conteste tous les faits de nature sexuelle

« L'accusé a réussi à cibler des hommes jeunes, fragiles, vulnérables, à la recherche d'une relation amoureuse sérieuse, analyse Me Francesca Satta, avocate de l'une des victimes. Ensuite, il est parvenu à créer une relation de confiance et s'est engouffré à l'extrême dans les failles personnelles des uns et des autres. » Les expertises ont mis en évidence des parcours de vie difficiles, la grande immaturité et un manque de sens critique chez la plupart des victimes.

Quant à Sofiane C, en détention provisoire depuis juillet 2016, il a reconnu devant le juge d'instruction tous les faits de vols et d'escroquerie qui lui sont reprochés. Dans la droite ligne des cinq condamnations dont il a déjà écopé dans le passé (abus de faiblesse, faux, vol, filouterie, falsification de chèques). En revanche, ce célibataire sans profession conteste tous les faits de nature sexuelle et prétend que les plaignants étaient consentants. Se déclarant hétérosexuel lors de ses auditions, en dépit d'un témoignage contradictoire au sein de sa propre famille, le Nantais explique avoir privilégié le choix de ses victimes via des sites gays, « les femmes étant plus méfiantes » selon lui.

Contacté, son avocat, Me Loïc Cabioch, n'a pas souhaité faire de commentaires. Sofiane C. encourt une peine maximale de vingt années de prison.