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Rhône : enquête ouverte contre une dentiste soupçonnée de néonazisme

Travaillant dans un centre dentaire près de Lyon, une jeune femme est accusée d’arborer des tatouages nazis des camps de la mort. Une enquête a été ouverte.

 Le centre dentaire Labelia de Sathonay-Camp où travaillait depuis un an la dentiste espagnole porteuse de tatouages nazis.
Le centre dentaire Labelia de Sathonay-Camp où travaillait depuis un an la dentiste espagnole porteuse de tatouages nazis. LP/Catherine Lagrange

Depuis mardi, les affichettes placardées sur la devanture du centre dentaire Labelia de Sathonay-Camp (Rhône) ont été arrachées, mais dans cette commune de l'agglomération lyonnaise, l'affaire nourrit toujours les conversations. Il est vrai que le sujet est plutôt inhabituel dans ce village tranquille de 6 000 habitants : « La dentiste de votre quartier est nazie », indiquaient les affiches, avec photos et nom à l'appui. Devant le groupe scolaire Louis Regard, à deux pas du centre dentaire, ces révélations sont accueillies avec surprise. « Je connais bien le docteur Garcia, elle soigne mes enfants, confie une mère de famille. Elle est très gentille, on n'avait rien remarqué, on n'était vraiment pas au courant. » Une nounou marque elle aussi son étonnement : « Elle a toujours sa blouse, on ne voit pas ses tatouages. »

Une bouteille de Zyklon B, utilisée dans les chambres à gaz, la Totenkopf des camps de nazis et autres symboles d'appartenance à des groupes d'ultra-droite… Voilà la collection de tatouages que Carolina Garcia, jeune dentiste espagnole employée depuis un an chez Labelia, porte sous sa blouse, selon le groupe Antifa de Lyon. « Sur les réseaux sociaux, elle affiche son métier en posant avec ses tatouages et sa blouse de dentiste, explique un porte-parole du mouvement qui traque les groupuscules d'extrême droite. Notre enquête est le fruit d'une surveillance constante et active des réseaux d'extrême droite mais nous travaillons aussi avec l'aide d'individus lanceurs et lanceuses d'alerte. »

«Ses employeurs ont toujours été satisfaits d'elle»

Tatouages cachés ou pas, toujours est-il que Labelia, embarrassé par cette mauvaise publicité, et assurant ne jamais avoir eu connaissance de ces tatouages, a annoncé s'être séparé dès le lendemain de sa salariée. Jeudi, c'est avec le conseil de l'ordre des chirurgiens-dentistes du Rhône que Carolina Garcia devait s'expliquer. « Je l'ai eu au téléphone, elle était au volant de sa voiture en route pour l'Espagne, explique Alain Chantereau, président de l'ordre. Pour sa sécurité, par crainte des représailles, les autorités lui ont conseillé de s'éloigner. »

La jeune espagnole devrait revenir dans une dizaine de jours à Lyon, pour sa procédure de licenciement, mais également son audition devant l'ordre. Pourrait-elle se voir infliger une sanction disciplinaire ? « Elle travaille en France depuis plusieurs années, elle était dans l'Isère avant d'arriver dans le Rhône, et n'a aucun signalement dans son dossier. Ses employeurs ont toujours été satisfaits d'elle, assure Alain Chantereau. Elle porte une blouse pour travailler et personne n'avait rien remarqué. »

«Il n'y a pas de raisons de la rayer de l'ordre»

Les photos postées par la dentiste en tenue de travail et arborant ses fameux tatouages ne sont manifestement pas arrivées jusqu'à sa hiérarchie. « Je ne suis pas un adepte des réseaux sociaux et je ne connaissais pas la signification de ces tatouages », se défend le président de l'ordre en relativisant la portée de l'affaire : « Quand je l'ai eue au téléphone, elle semblait dépassée par les événements, elle ne s'est pas rendue compte, elle est très embêtée. » « A-t-elle des antécédents franquistes ? s'interroge-t-il. Peut-être… on sait que c'est un mouvement qui resurgit en Espagne. » Alain Chantereau ne semble en tout cas pas prêt à engager des sanctions. « Elle n'a fait aucune apologie du nazisme dans l'exercice de son métier, insiste-il. On ne peut pas lui reprocher ça, elle n'a jamais tenu de discours de cet ordre. Il n'y a donc pas de raisons de la rayer de l'ordre. Sinon, il faudrait rayer tous les supporters de Mélenchon et de Le Pen, c'est pareil ! »

En attendant, la justice s'intéresse à l'affaire. A la suite des plaintes déposées par les dentistes et le centre Labelia pour diffamation, le parquet de Lyon a ouvert une première enquête pour « atteinte à la vie privée en vue de troubler la tranquillité d'autrui ». Mais également une seconde pour « provocation à la haine raciale » visant la dentiste tatouée.