Rennes : relaxe pour l’étudiant de Sciences-po accusé de dénonciation calomnieuse

Il était soupçonné d’être à l’origine de tracts visant un autre élève et l’accusant de viol, des événements qui avaient troublé l’IEP de Rennes au printemps 2019.

 En 2019, des tracts étaient placardés aux murs de Sciences-po Rennes et dans les rues adjacentes accusant un étudiant de première année de viol et d’agression sexuelle. (Illustration)
En 2019, des tracts étaient placardés aux murs de Sciences-po Rennes et dans les rues adjacentes accusant un étudiant de première année de viol et d’agression sexuelle. (Illustration) PHOTOPQR/MAXPPP/«Ouest-France»

C'est un revers pour l'Institut d'études politiques de Rennes (Ille-et-Vilaine) qui avait soutenu un élève, accusé de viol et d'agression sexuelle par un collectif féministe. La constitution de partie civile de l'IEP lors du procès, le 7 septembre, a été jugée irrecevable par le tribunal correctionnel de Rennes ce mardi. Quant à l'étudiant jugé pour avoir « lancé la rumeur » de viol et d'agression sexuelle contre l'élève, il a été relaxé.

Plus d'un an et demi après les faits, l'affaire s'écroule donc comme un soufflé, laissant sur le carreau deux étudiants à l'avenir prometteur. Les faits étaient pourtant graves et avaient agité les milieux étudiants rennais au printemps 2019. Le 14 mars 2019, des tracts étaient placardés aux murs de Sciences-po et dans les rues adjacentes accusant un étudiant de première année d'être « militant du patriarcat, violeur, harceleur, manipulateur ».

A cette époque, le contexte est particulier sur le campus. L'IEP de Rennes est en proie à des manifestations et des blocages qui cristallisent les tensions entre étudiants, et l'affaire prend de l'ampleur mettant face à face des groupes « d'ultra-gauche » et des étudiants antiblocage. La direction de l'établissement, après avoir auditionné plusieurs élèves, dont la victime des tracts, tente d'abord d'y voir plus clair, puis soutient l'étudiant visé par les tracts quand ce dernier tente de mettre fin à ses jours.

Le deux étudiants ne sont plus à l'IEP

A l'audience du tribunal du 7 septembre, l'institut a maintenu sa position par la voix de son avocate, Me Camille Ernstberger. « Ce n'était pas un choix arbitraire de l'IEP que d'accompagner l'un de ses étudiants dans un climat délétère. L'IEP s'est rangé derrière le parquet », qui poursuivait l'autre étudiant de la même promo, renvoyé devant le tribunal pour dénonciation calomnieuse.

Ce jeune homme de 21 ans, qui a depuis quitté l'école et s'est inscrit à l'université Rennes 2, a toujours nié être à l'origine des tracts. Membre d'une association féministe, il admet avoir participé à « deux ou trois réunions du Collectif d'action antisexiste (Caas) » qui a édité les tracts. Mais les accusations contre son camarade de promo, il les a « découvertes en même temps que tout le monde ». Le parquet a cependant toujours pensé qu'il était à l'origine des accusations, compte tenu du fait qu'il aurait déclaré avoir été lui-même victime d'une agression sexuelle de la part de cet étudiant.

Me Olivier Chauvel, représentant de l'étudiant visé par les tracts, lui reproche d'être « un révolutionnaire en peau de lapin », prêt à « distiller le poison de la rumeur au nom de la lutte contre le patriarcat », sans penser aux conséquences dramatiques pour « un individu livré à la vindicte populaire ». D'origine étrangère, cet étudiant est depuis rentré dans son pays, ne pouvant plus étudier à Rennes.