Rapt de Jacqueline Veyrac : 18 ans de réclusion pour le principal accusé

L’avocate générale avait requis 30 ans de réclusion contre le restaurateur italien Giuseppe Serena.

 La résidence où demeurait Jacqueline Veyrac et où elle avait été kidnappée.
La résidence où demeurait Jacqueline Veyrac et où elle avait été kidnappée.  AFP/Valéry Hache

Le restaurateur italien Giuseppe Serena, principal accusé de l'enlèvement de l'hôtelière Jacqueline Veyrac en 2016 à Nice, a été condamné à 18 ans de réclusion par les assises des Alpes-Maritimes. L'avocat général avait requis 30 ans de réclusion à l'encontre de Giuseppe Serena, considéré par l'accusation comme le principal organisateur de ce rapt, ainsi que d'une précédente tentative en 2013. La cour d'assises a par ailleurs prononcé 5 acquittements dans ce dossier, et condamné les sept autres accusés à des peines allant jusqu'à 15 ans de réclusion.

La cour d'assises a par ailleurs condamné sept autres accusés à des peines allant jusqu'à 15 ans de réclusion et prononcé cinq acquittements. « Giuseppe Serena, la cour vous condamne à 18 ans de réclusion criminelle », a déclaré le président Patrick Veyron à l'adresse de Giuseppe Serena, 67 ans, qui a admis à demi-mots à l'approche de la fin de ce procès sa responsabilité dans les faits.

« Vous ne retournez pas en prison »

« Des réquisitions très élevées, équivalant à la peine de mort, vu son âge et sa santé fragile », avait dénoncé son avocat Me Corentin Delobel, « abasourdi » après le verdict. « A mon avis, on va faire appel », a-t-il ajouté, contestant « une décision disproportionnée ».

Devenu en 2007 gérant de La Réserve, une table mythique du bord de mer que Jacqueline Veyrac lui avait louée, Giuseppe Serena avait connu le succès mais coulé l'affaire en moins de deux ans par sa mauvaise gestion, rejetant la faute sur la famille Veyrac, également propriétaire du Grand Hôtel, un cinq étoiles de la Croisette à Cannes.

Au procès, il a fini par présenter des excuses et avouer une responsabilité dans l'enlèvement : « Non, ce n'était pas la haine […] et pas non plus la soif de l'argent. Oui, peut-être mon ego frustré ». Il a aussi surpris la cour par son culot : « Je m'excuse et je vous embrasse et je vous dis comme je disais à l'époque de La Réserve + Merci Tante Jacqueline + ! », a-t-il dit à Jacqueline Veyrac pour la saluer alors qu'elle quittait la salle après être venue déposer.

Jacqueline Veyrac était venue sobrement raconter son calvaire, ligotée 48 heures au fond d'un Renault Kangoo stationnée dans une rue isolée avant de parvenir à se libérer sans payer de rançon : « Je n'ai pas grand-chose à dire, sauf que ma vie a changé depuis. Quand je sors, je suis un peu stressée ». Discrète lors de la première tentative d'enlèvement, elle avait porté plainte sans rien ébruiter. L'enquête avait piétiné, malgré un ADN arraché à un ravisseur griffé. « Vos ongles ont été précieux, Madame », la remerciera à l'audience le président de la cour.

Confondu par cet ADN et également impliqué dans l'organisation de l'enlèvement de 2016, Philip Dutton, 52 ans, un Britannique sans ressources, a été condamné à 14 ans de réclusion. Ancien militaire venu de l'île de Jersey à Nice appâté par la perspective d'une rançon, il a aidé l'enquête en avouant, peut-être pas tout, mais dès le début.

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Les trois hommes de main recrutés au quartier sensible des Moulins pour kidnapper Jacqueline Veyrac près de chez elle ont écopé pour deux d'entre eux de 14 ans de réclusion, une peine portée à 15 ans pour le troisième en raison de son casier judiciaire chargé.

Un grand absent

La cour a tranché le cas particulier de Luc Goursolas, 50 ans, « personnage étonnant » selon l'avocate générale qui avait requis entre 4 et 8 ans de prison à son encontre. Connu dans les rédactions comme « l'ami des policiers », cet ancien paparazzi niçois sulfureux avait posé des balises GPS sous la voiture de la victime.

« Vous ne retournez pas en prison », lui a dit le président de la cour Patrick Veyron, prononçant une peine de deux ans dont un an avec sursis. Luc Goursolas encourait la perpétuité pour complicité d'enlèvement mais la cour l'a seulement jugé coupable de ne pas avoir dénoncé Philip Dutton et Giuseppe Serena.

Il affirmait avoir été sollicité pour suivre l'amant adultère de Giuseppe Serena dans le cadre de ses activités officieuses de détective privé. La cour d'assises a prononcé cinq acquittements dans ce dossier, notamment pour un jeune mécanicien des Moulins surnommé « le gros » dont l'ADN avait été retrouvé sur le scotch et le matelas ayant servi à la séquestration.

Elle a en revanche condamné pour association de malfaiteurs l'intermédiaire ayant présenté l'équipe des Moulins à M. Serena à 4 ans de prison, et une connaissance italienne de M. Serena à 17 mois de prison. Grand absent du procès et considéré comme le troisième cerveau du rapt, Enrico Fontanella, 67 ans, ancien majordome et vieille connaissance de Giuseppe Serena, a vu son cas disjoint pour des raisons de santé.