Racisme : un policier de Strasbourg va porter plainte contre la police nationale

Le fonctionnaire de 37 ans raconte avoir subi insultes et réflexions racistes de la part de certains de ses collègues à Strasbourg.

 Le policier a été muté à Strasbourg en septembre 2018. (Illustration.)
Le policier a été muté à Strasbourg en septembre 2018. (Illustration.) LP/Olivier Boitet

Haykal Rezgui Raouaji, policier motard de 37 ans, va porter plainte contre la police nationale pour « racisme, discrimination et harcèlement moral ». Le dossier sera déposé lundi, précise au Parisien son avocate, Me Kaoutare Choukour.

Originaire de Toulouse, le fonctionnaire a exercé son métier à Nice, Nîmes, Vannes et en Île-de-France. Un parcours sans faute, indique France Bleu Alsace. En 2016, il est même décoré par Bernard Cazeneuve, alors ministre de l'intérieur, après le sauvetage de deux enfants d'un incendie.

Mais quand le brigadier est muté en septembre 2018 à Strasbourg (Bas-Rhin), tout bascule. « Lors de la semaine de présentation, j'entends : Rezgui Raouaji, un nom bien français de chez nous. C'était toujours des petites blagues, quand j'arrivais ils parlaient alsacien, on vous fait sentir que vous n'êtes pas du groupe », raconte-t-il dans l'émission « Là-bas si j'y suis ».

Un rapport à l'IGPN classé sans suite

« Petit à petit, ça s'est aggravé », explique le policier. En août 2019, il fait une dépression qui dure neuf mois. « J'étais au fond du trou, j'ai perdu pas loin de 15 kg et personne ne m'a appelé, personne ne m'a soutenu… »

En octobre, il se tourne vers l'Inspection générale de la Police nationale (IGPN) de la région. Mais son rapport est classé sans suite en mars 2020, indique France Bleu Alsace. « On m'a expliqué qu'il n'y avait pas assez d'éléments pour prouver le racisme… Là je suis tombé quasiment en pleurs. »

Un responsable syndical lui affirme que s'il souhaite obtenir sa mutation à Toulouse, il ne doit pas invoquer le motif du racisme mais celui d'une « mauvaise intégration ». « C'est faux, je me sens très bien en Alsace, c'est juste ce service », lâche-t-il à la radio locale.

Captures de messages et témoignages

Me Kaoutare Choukour estime que le combat va être long. « On s'attaque à l'institution policière, ça arrive très rarement, moi je le ressens déjà, la manière dont je suis accueillie au commissariat central, elle est désagréable », explique-t-elle.

Pour défendre son client, elle s'appuie sur des « captures de messages, qui ne laissent place à aucune ambiguïté », ainsi que sur des témoignages de collègues. Elle demande « une indemnité pour toutes les souffrances endurées et un passage de grade », rapporte encore France Bleu Alsace.

Cette année, plusieurs enquêtes ont dénoncé des comportements racistes au sein de l'institution. Streetpress révélait ainsi en juin l'existence d'un groupe Facebook regroupant des milliers de policiers et gendarmes et dans lequel des messages à caractère raciste ont été publiés. A Rouen, des policiers ont également été mis en cause pour des propos racistes échangés en privé sur la messagerie WhatsApp.