Queue de loup en cadeau : deux mois de prison avec sursis requis contre l’élu des Hautes-Alpes

Jean-Marie Bernard, jugé ce lundi devant le tribunal correctionnel de Gap, a réaffirmé qu’il avait voulu sensibiliser les pouvoirs publics sur la détresse des éleveurs face aux attaques de loup. Jugement le 12 mars.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Jean-Marie Bernard, le président LR du conseil départemental des Hautes-Alpes, a été soutenu par des dizaines d’éleveurs venus avec leurs tracteurs devant le palais de justice de Gap.
Jean-Marie Bernard, le président LR du conseil départemental des Hautes-Alpes, a été soutenu par des dizaines d’éleveurs venus avec leurs tracteurs devant le palais de justice de Gap. LP/Serge Pueyo

Jugé pour avoir offert une queue de loup à une préfète en guise de cadeau de départ, Jean-Marie Bernard, le président du conseil départemental (LR) des Hautes-Alpes est arrivé ce lundi au palais de justice de Gap sous les acclamations de dizaines d'éleveurs venus le soutenir, au milieu d'une haie de tracteurs. « Courage Jean-Marie, on est avec toi. La justice ne peut pas te condamner parce que tu nous aides à lutter contre le loup », lâche un berger à son passage. Même Jean Lassalle, le célèbre député pyrénéen, a fait le déplacement. « Il est normal qu'en tant que défenseur du pastoralisme, je sois aux côtés de Jean-Marie Bernard », justifie-t-il au milieu d'un tintamarre de cloches à vaches.

A l'audience, le président du conseil départemental martèle que cette fameuse queue de loup remise à la préfète le 21 février 2020 était avant tout un acte politique. « Toutes les autorités étaient là pour le départ de la représentante de l'Etat. Je voulais faire passer un message en lui offrant cette queue de loup. C'était une façon de dire aux pouvoirs publics que les mesures prises contre le loup étaient insuffisantes. Je voulais rappeler qu'il y avait trop d'attaques chaque jour dans notre département. Que cela ne pouvait plus durer. » L'élu poursuit ses explications en soulignant les conséquences des lacunes qu'ils déplorent.

« Derrière toutes ces bêtes tuées dans les troupeaux de nos alpages, il y a le désespoir des éleveurs qui ne peuvent plus vivre de leur travail. Alors oui, en tant que président du conseil départemental, il était de mon devoir de porter leurs voix, leur détresse », développe Jean-Marie Bernard. Revenant à l'objet du délit, le prévenu réaffirme à la barre qu'il n'avait pas la certitude que la fameuse queue trouvée sur sa boîte aux lettres appartenait à un loup. « Il a fallu attendre une analyse ADN pour en être sûr. Il aurait pu aussi s'agir d'une queue de chien. Mais devant la préfète, j'ai préféré dire que c'était une queue de loup. Sinon, mon action serait tombée à plat », poursuit le patron du département.

«Son geste était prémédité, préparé, assumé»

Dans le camp des plaignants, Me Mathieu Victoria, un des avocats représentant l'une des sept associations de protection des animaux et du loup qui se sont portées partie civile, fustige l'attitude de l'élu. « Remettre une queue de loup à une préfète, c'est choquant, consternant. Vous êtes un élu local, vous devez donc respecter la loi. Or vous saviez que le loup est une espèce protégée, que votre action était illégale. Ce n'est pas comme ça que l'on peut faire avancer le débat sur le loup. Il y a d'autres moyens. Vous avez fait du buzz pour vous attirer la sympathie des syndicats agricoles. »

Pour le procureur de Gap, Florent Crouhy, il y a bien eu dans cette affaire « détention, transport et cession d'une partie d'espèce protégée ». « Les faits sont caractérisés, insiste le magistrat. Le prévenu savait qu'il s'agissait d'une queue de loup lorsqu'il l'a remise à la préfète. Dire le contraire serait une offense à l'intelligence du tribunal. Son geste était prémédité, préparé, assumé. Monsieur Jean-Marie Bernard avait déjà sollicité le directeur du laboratoire vétérinaire départemental pour obtenir une queue de loup. Je réclame donc sa condamnation à deux mois de prison avec sursis et 3500 euros d'amende. »

Après ces réquisitions sévères, le président du conseil départemental accuse le coup. Son avocat, Me Philippe Neveu, plaide la relaxe, réaffirmant le geste politique de son client. Jean-Marie Bernard, prend la parole une dernière fois. Il est visiblement ému : « A travers ma fonction de président du conseil départemental, je suis à l'écoute de mes concitoyens. Je travaille pour eux. Si j'ai agi ainsi, c'est en pensant aussi aux agriculteurs qui se suicident. Et parmi eux, il y a beaucoup d'éleveurs qui doivent faire face au problème du loup. Tout cela est insupportable pour moi », conclut-il en pleurs. Le jugement a été mis en délibéré au 12 mars.