Quatre mois de prison pour le livreur Deliveroo ayant refusé des livraisons casher

Cet Algérien de 19 ans fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français émise par la préfecture du département.

 A l'audience, l'un des restaurateurs a réaffirmé que ce livreur, qui utilisait le compte Deliveroo d'un autre, lui avait dit "Je ne livre pas les Juifs" avant d'annuler la commande devant lui.
A l'audience, l'un des restaurateurs a réaffirmé que ce livreur, qui utilisait le compte Deliveroo d'un autre, lui avait dit "Je ne livre pas les Juifs" avant d'annuler la commande devant lui. LP/ Jean Nicholas Guillo

L'affaire à fait grand bruit ces derniers jours. Un Algérien de 19 ans a été condamné jeudi à quatre mois de prison ferme par le tribunal correctionnel de Strasbourg (Bas-Rhin) pour discrimination fondée sur la religion, après avoir refusé de livrer les commandes de deux restaurants casher de Strasbourg.

« Toute discrimination est interdite en France par la loi. On doit respecter tout le monde dans ce pays », a insisté le président du tribunal, Bertrand Gautier, en rendant la décision qui est assortie d'un mandat de dépôt.

Le jeune homme, arrivé en France avec un visa de tourisme il y a environ un an, est actuellement présent de manière illégale sur le territoire. Jugé en comparution immédiate, il fait désormais l'objet d'une obligation de quitter le territoire français émise par la préfecture du département.

« Je ne livre pas les Juifs »

En fin de semaine dernière, deux restaurateurs strasbourgeois avaient demandé la prise en charge de leur commande par l'entreprise de livraison de repas Deliveroo. A la demande du livreur, ils avaient indiqué que leurs établissements faisaient de la cuisine israélite. Le livreur avait annulé la livraison et les restaurateurs avaient porté plainte.

A l'audience, l'un d'eux a réaffirmé que ce livreur, qui utilisait le compte Deliveroo d'un autre, lui avait dit « Je ne livre pas les Juifs » avant d'annuler la commande devant lui. Aidé par un interprète, le livreur a reconnu avoir annulé les commandes, mais pas avoir tenu ces propos antisémites.

L'avocat des deux restaurateurs, Me Raphaël Nisand, a estimé à l'issue de l'audience que « la justice a bien parlé », mais a néanmoins regretté que Deliveroo n'ait pas été concerné par une action en justice. Alors que Deliveroo avait affirmé lundi prendre « cet incident très au sérieux », le président du tribunal a déclaré à l'audience que l'entreprise n'avait été « pas particulièrement coopérative ni très réactive » avec la police pour identifier ce livreur, qui utilisait les accès à la plateforme d'une personne et se faisait verser l'argent de ses livraisons sur le compte d'une troisième personne.

Deliveroo pas inquiété par la Justice

« Nous sommes soulagés de l'issue de cette enquête, qui a permis d'identifier l'auteur de ces faits odieux, grâce à la coopération étroite de Deliveroo avec les services de police », a de son côté affirmé la directrice générale de Deliveroo, Melvina Sarfati El Grably, dans un message écrit transmis à l'AFP.

L'entreprise a indiqué avoir « pris la décision irrévocable de mettre un terme à notre partenariat avec le titulaire du compte, pour manquement grave », celui-ci ayant « en effet prêté son compte de manière illégale à l'auteur des faits, pratique que nous condamnons ».

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Le livreur a également été condamné à verser 1 000 euros à chacun des restaurateurs au titre de préjudice moral, ainsi que des dommages et intérêts à SOS Racisme Alsace, au Mrap, à la Licra Bas-Rhin, au Bureau national de vigilance contre l'antisémitisme (BNVCA), au Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et au Consistoire israélite du Bas-Rhin, qui s'étaient portés partie civile. « La main des juges n'a pas tremblé devant l'antisémitisme », s'est réjoui la Ligue internationale contre le racisme et l'antisémitisme (Licra) sur Twitter.