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Quand les Fourniret échangeaient des SMS le soir de la disparition d’Estelle Mouzin

Une nouvelle expertise des téléphones et cartes SIM du tueur en série Michel Fourniret révèle que ce dernier et Monique Olivier ont échangé plusieurs SMS le jour même de la disparition d’Estelle Mouzin.

 Michel Fourniret et Monique Olivier (ici en 1992), n’ont pas encore livré tous leurs secrets.
Michel Fourniret et Monique Olivier (ici en 1992), n’ont pas encore livré tous leurs secrets. AFP/Belga/David Martin

Dans quelques heures, Michel Fourniret sera mis examen pour le meurtre d'Estelle Mouzin. Ce mercredi 27 novembre 2019, l'Ogre des Ardennes est peu bavard. La juge d'instruction Sabine Khéris l'interroge sur ses moyens de communication : « À quels téléphones portables aviez-vous accès? ». « Moi? questionne le tueur en série, faussement surpris. Je ne connais pas. Portable, non : les vieux schnocks de ma génération, je crois que peu connaissent le portable. C'est pour les jeunes ça. »

Un an plus tard, cette réponse s'ajoute aux dizaines de mensonges commis face aux enquêteurs et aux juges par Michel Fourniret depuis son arrestation en juin 2003.

Ainsi, selon des informations révélées par Europe 1 et confirmées au Parisien par des sources concordantes, Michel Fourniret et son ex-épouse Monique Olivier auraient échangé plusieurs SMS le jour de la disparition d'Estelle Mouzin. La fillette avait été enlevée le 9 janvier 2003 à Guermantes (Seine-et-Marne). « Un expert privé qui a analysé les cartes SIM retrouvées chez Michel Fourniret a pu retrouver la trace de plusieurs SMS échangés entre Michel Fourniret et son épouse durant tout l'après-midi, avec un pic entre 18 et 19 heures », détaillent des sources concordantes. C'est approximativement à cette heure-ci, alors qu'elle quitte l'école et rentre chez sa mère, que la fillette de 9 ans disparaît.

Michel Fourniret a-t-il voulu prévenir sa compagne de son crime ? Lui demander de l'aide en vue d'un retour dans les Ardennes ? « Monique Olivier a longtemps participé aux crimes de Fourniret, souligne Me Didier Seban, l'avocat d'Eric Mouzin. Peut-être n'était-elle pas présente au moment du rapt d'Estelle, mais ils ont visiblement échangé ce jour-là… C'est un élément important de plus. »

Vendredi, l'ex-épouse du tueur a d'ailleurs été longuement questionnée par la juge Khéris au sujet de ces « échanges de SMS » survenus lors de « périodes clés », confirme son avocat, Me Richard Delgenes. Selon nos informations, Monique Olivier n'a pas réussi à apporter de réponses très précises à la magistrate sur le contenu de ces messages reçus il y a 17 ans. Or, à ce stade, les enquêteurs et la justice ne disposent pas du contenu des SMS. De même, aucun bornage ne permet d'établir avec certitude où étaient Michel Fourniret et Monique Olivier lorsqu'ils se sont écrit ce soir-là.

Une trentaine de cartes SIM et plusieurs téléphones

À l'époque de la disparition d'Estelle, les policiers de la PJ de Versailles, alors en charge de l'enquête, avaient pourtant analysé des milliers de coups de téléphone passés depuis Guermantes pour tenter de trouver une piste. Un travail insuffisant pour Me Seban qui avait dénoncé, en 2018, l'absence de « rapport sérieux sur le bornage téléphonique dans les heures autour de la disparition ». Les policiers ont-ils pu manquer le téléphone attribué à Michel Fourniret, arrêté six mois après la disparition d'Estelle ? « Ses numéros n'ont jamais été vérifiés », affirme Me Seban.

Dans les prochaines semaines, les gendarmes de la section de recherches (SR) vont donc tenter de retrouver l'origine géographique des échanges entre le tueur et sa femme. « Il y a encore un gros travail d'analyse à faire, prévient une source proche de l'enquête. Pour le moment, on ne peut pas déduire de ces SMS la présence de Fourniret à Guermantes. Mais cela confirme qu'il n'était pas chez lui… » Un nouvel élément à charge contre le tueur en série après l'ADN partiel d'Estelle retrouvé sur un matelas lui appartenant ou les accusations répétées de Monique Olivier.

L'autre certitude, c'est que Michel Fourniret, contrairement à ses allégations, se servait bien d'un téléphone portable en 2003. « Il en avait plusieurs et il modifiait souvent sa puce, assure une source proche de l'enquête. Durant toutes ses années en Belgique, il a très souvent changé de numéro. » En 2003, lors de la perquisition effectuée au domicile de Michel Fourniret à Sart-Custinne (Belgique), une trentaine de cartes SIM et plusieurs téléphones avaient été saisis par les enquêteurs. Quand elle a repris le dossier il y a maintenant un an et demi, la juge Khéris a donc décidé de procéder à une analyse complète de ces supports.

En attendant le retour final de cette expertise, l'Ogre des Ardennes et son ex-compagne vont se revoir pour la première fois depuis le mois de décembre 2018. Tous les deux doivent être transportés jeudi à Guermantes par les enquêteurs en vue d'une reconstitution.