Pyrénées-Orientales : la fermeture de passages routiers avec l’Espagne frustre les villages

Depuis le 11 janvier, cinq des douze passagers routiers entre la France et l’Espagne sont fermés pour lutter contre l’immigration clandestine et le trafic de drogue. Au grand dam des habitants du secteur.

 A Coustouges (Pyrénées-Orientales), des plots installés sur la RD3 interdisent désormais les voyages en Espagne.
A Coustouges (Pyrénées-Orientales), des plots installés sur la RD3 interdisent désormais les voyages en Espagne. LP/Christian Goutorbe

A deux kilomètres en contrebas de Coustouges (Pyrénées-Orientales), sur la RD3, synonyme d'escapade vers la Catalogne du Sud, c'est le grand silence routier. A hauteur du pont du Riu Major, ruisseau frontière, des plots de béton, déposés le 11 janvier par les autorités françaises, interdisent désormais les voyages en Espagne vers Maçanet de Cabrenys, puis La Jonquera et Figueras, paradis temporairement perdus des habitants de Coustouges et de Saint-Laurent-de-Cerdans (Pyrénées-Orientales). Car, depuis la fermeture de cette route providentielle inaugurée le 2 juillet 1995 pour désenclaver cette extrémité de la France, les villageois font grise mine.

« C'est la rupture des liens sociaux avec le village de Maçanet (Alt Empordà) et la rupture des approvisionnements. Les fournisseurs de produits catalans font un très long détour routier. Nous finirons par manquer de jambon ou de bière espagnole », se désole Sylvie, la patronne de l'épicerie Huit à huit de Saint-Laurent, à 9 km de l'Espagne. « Les Catalans ne viennent plus acheter nos fromages bleus », poursuit Christian, son mari, dont les yeux brillent de gourmandise à l'évocation des bonnes tables de Maçanet (encore ouvertes dernièrement) et de la réputée terrasse du restaurant Can Mach, au lieu-dit Tapis, qui, par temps clair, domine la vallée jusqu'à la fameuse baie de Rosas.

« Nous pouvons nous concentrer sur Le Perthus »

« Nous avons fermé cinq des douze accès routiers transfrontaliers pour lutter plus efficacement contre l'immigration clandestine, car la pression migratoire est forte, explique le préfet, Etienne Stoskopf. Ainsi, nous pouvons concentrer nos effectifs sur les sillons principaux de circulation entre les deux pays : le passage autoroutier du Perthus, qui représente 50 % des interpellations, et les deux gares de Cerbère et de Perpignan. »

Et la stratégie semble porter ses fruits. Sur la semaine précédente, en moyenne, chaque jour, 52 clandestins ont été interceptés. « Ces routes fermées sont très secondaires avec à peine 200 à 300 véhicules par jour. Et ainsi nous contribuons également à la désorganisation des trafiquants internationaux de drogue qui empruntent ces voies isolées », poursuit le préfet. Il estime que la fermeture de cette RD3 a un impact limité sur la vie quotidienne des villageois français « puisque le confinement en Espagne interdit les déplacements de nature commerciale ».

« Cela nous renvoie à la vie d'avant »

« Espérons que cela ne durera pas, car c'est pour nous une grande frustration. C'est surtout pour la viande du boucher de Maçanet, excellente, propre et pas très cher ! » s'exclame Jacques, retraité de Coustouges, qui prend le beau soleil de cette fin janvier (17 degrés) au bord de la route de la tentation. « Même si cela ne nous empêche pas de faire nos courses à la supérette de Saint-Laurent, qui livre à domicile en plus », poursuit-il.

« Cela nous renvoie à la vie d'avant la construction du pont en 1995, où la communication avec nos amis catalans nécessitait un incroyable périple routier via Le Perthus », ajoute Pierre, homme de théâtre installé sur les hauteurs de Coustouges et de Saint-Laurent-de-Cerdans, ces deux villages devenus à partir du 19 février 1939 le fraternel premier refuge de milliers de Républicains de la Retirada, exode des réfugiés espagnols de la guerre civile, partis au petit matin de Maçanet de Cabrenys.