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Procès du fratricide de Saintes : il avait tué sa sœur qui voulait vendre la maison familiale

C’est un voyage au bout de l’horreur qui attend la cour d’assises de Saintes à partir de lundi. Loïc Duran est jugé pour avoir tué sa sœur aînée à coups de marteau avant d’incendier le corps et de le démembrer.

 A partir de ce lundi et pendant trois jours, la cour d’assises de Saintes (Charente-Maritime) doit juger Loïc Duran, accusé du meurtre de sa sœur, Estelle, en septembre 2016. (Illustration)
A partir de ce lundi et pendant trois jours, la cour d’assises de Saintes (Charente-Maritime) doit juger Loïc Duran, accusé du meurtre de sa sœur, Estelle, en septembre 2016. (Illustration) LP/Simon Gourru

C'était la maison de leurs parents et de leur jeunesse. Elle est devenue la maison du malheur et de l'horreur, avec un salon transformé en scène de crime et un jardin en bûcher funéraire. A partir de ce lundi et pendant trois jours, la cour d'assises de Saintes (Charente-Maritime) doit juger Loïc Duran, accusé du meurtre de sa sœur, Estelle, en septembre 2016. Le mis en cause, 39 ans au moment des faits, reconnaît avoir asséné un coup de marteau sur la tête de son aînée, alors âgée de 45 ans.

Mais il soutient qu'il ne voulait pas la tuer, seulement la neutraliser à l'issue d'une bagarre. Selon ses déclarations, Estelle, ex-judokate, l'aurait d'abord frappé à coups de poing et s'apprêtait, craignait-il, à se saisir d'une arme. Une manière plus ou moins convaincante de justifier qu'il ait attaqué sa sœur dans le dos, en visant l'arrière du crâne.

Ce lundi 5 septembre 2016 en début de soirée, Loïc quitte son domicile situé dans les Deux-Sèvres. Direction La Vallée à 120 km, un village de 600 âmes traversé par la Charente où vivaient ses parents, Danièle et André, décédés prématurément en 2013 et 2015. Ce soir-là, Estelle séjourne justement dans la propriété familiale. L'héritage a été réglé. Elle veut désormais vendre la maison. Mais Loïc, père de famille récemment divorcé, y est farouchement opposé. En dépit de ses modestes moyens financiers, il refuse de s'en séparer et souhaiterait, au contraire, en devenir l'unique propriétaire. Sa manière à lui « de respecter la mémoire de ses parents », dira-t-il ensuite.

«Elle se sentait menacée de mort par son frère»

Par ailleurs, le benjamin reproche à la cadette un style de vie dissolu, plombé par l'alcoolisme et la consommation régulière de stupéfiants. Ce soir-là, après avoir échangé deux coups de téléphone avec elle, Loïc vient donc voir sa sœur. Mais est-elle vraiment prévenue de sa visite ? Étrangement, il ne gare pas sa Fiat Punto, louée deux jours plus tôt, devant la maison, mais plus loin, à l'abri des regards. « Il est probable que Loïc Duran soit rentré sans prévenir par la remise de la maison et qu'il se soit saisi d'un marteau avant de s'en prendre à sa sœur », envisage Me Francesca Satta, l'avocate du fils de la victime, qui défend la thèse d'un assassinat motivé par un désir irrépressible de propriété.

L'instruction, toutefois, n'a pas conclu à la préméditation du crime. « Estelle Duran a pourtant dit à plusieurs de ses proches qu'elle se sentait menacée de mort par son frère », rétorque Me Satta.

Une chose est sûre, Loïc Duran déploie ensuite les grands moyens pour tenter de dissimuler la disparition de sa sœur. Après avoir constaté son décès, il tire le corps à travers la maison pour l'emmener dans le jardin jusqu'au bac à sable. Puis entreprend de brûler le cadavre, en activant le feu « à l'aide d'essence et d'huile de moteur », selon ses aveux. Quelle force le pousse alors à agir ? « C'est la panique, le fait d'avoir un mort devant moi, le fait que ce soit moi qui ai mis les coups… » lâchera-t-il à un expert psychiatre.

Pendant que le corps de sa sœur se consume, le fils de la maison nettoie méthodiquement le salon et la salle à manger. Nous sommes alors au milieu de la nuit. Loïc refroidit le cadavre partiellement calciné d'Estelle avec de l'eau puis le glisse dans le coffre de sa voiture, protégé par une bâche, oubliant des ossements dans le bûcher. Certains membres se disloquent, probablement sous l'effet de la crémation. Il parcourt ensuite quelques kilomètres, jusqu'à la commune voisine, se débarrasse du marteau dans une décharge et dépose le corps méconnaissable de sa sœur dans un fossé, sous des branchages. Le meurtrier rentre chez lui vers 5 heures du matin et pointe à l'usine quelques heures plus tard, comme si de rien n'était.

Il avoue le meurtre 10 mois plus tard

Quelques jours plus tard, alors qu'une enquête pour disparition inquiétante est ouverte par la gendarmerie, Loïc revient sur place craignant que le corps ne soit facilement découvert. Il s'empare de plusieurs membres de sa sœur, dont la tête. Cette fois, direction la plage de la Tremblade, à une trentaine de kilomètres, où il enfouit dans le sable sa funeste cargaison. Entre-temps, le fils, le compagnon et le frère aîné d'Estelle, l'ont interrogé. Loïc leur a indiqué être passé voir sa sœur le lundi soir. Mais il dit aussi l'avoir laissée au milieu de la nuit avec un homme surnommé « Nano ». Une pure invention.

Le meurtrier reconnaît, auprès de son aîné, avoir eu une dispute avec sa sœur ce soir-là. « Je l'ai remise en place », ajoute-t-il, référence à l'histoire de la vente de la maison. Interpellé et placé en garde à vue une dizaine de jours après la mort d'Estelle, Loïc Duran n'avoue être l'auteur du meurtre que dix mois plus tard, au cours d'une perquisition judiciaire à La Vallée. « L'accusé s'est emmuré dans le mensonge et n'a commencé à avouer, par étapes et de façon partielle, qu'après le choc émotionnel du retour à la maison, analyse Me Anne Glaudet, avocate de Stéphane Duran, le frère aîné. C'est à l'image de l'attachement irrationnel qui semble le lier au domicile parental. » Au point de considérer tout le reste, y compris les faits gravissimes dont il est accusé, avec distance et froideur.

« Le procès devra établir si la mort d'Estelle Duran a été la conséquence d'un geste intentionnel ou au contraire le fruit d'un malheureux concours de circonstances, expose Me Sylvie Haguenier, l'avocate de Loïc Duran. Ces trois jours d'audience permettront aussi à la famille de faire le tri entre les rumeurs qui ont parcouru ce dossier et la réalité des faits. »