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Procès des attentats de janvier 2015 : l’inquiétante ambiguïté d’un ami de Coulibaly

Mickaël Pastor, soupçonné d’avoir aidé le tueur de l’Hyper Cacher, a juré qu’il ne connaissait rien des projets d’attaque terroriste. L’enquête a montré qu’il était très proche de lui, mais aussi d’autres accusés.

 « Je suis pas un terroriste », a affirmé lundi Mickaël Pastor, un accusé du procès des attentats de janvier 2015 (dessin du 2 septembre).
« Je suis pas un terroriste », a affirmé lundi Mickaël Pastor, un accusé du procès des attentats de janvier 2015 (dessin du 2 septembre). AFP/Benoît Peyrucq

« Ce que je partageais avec lui, c'était l'amitié. On mangeait ensemble, il a été le marieur, mon témoin. Mais pas plus ». Au début de cette septième semaine du procès des attentats de janvier 2015, ce lundi 12 octobre, la cour d'assises spéciale de Paris a criblé Mickaël Pastor de questions sur son rôle présumé dans la préparation des tueries de Montrouge et de l'Hyper Cacher.

Le délinquant de 35 ans est accusé d'avoir acheté des armes pour le compte du tueur de l'Hyper Cacher, porte de Vincennes. Son ADN a été retrouvé sur plusieurs d'entre elles et dans un gant découvert dans le supermarché. Front plissé et cheveux ras coiffés vers l'avant, Mickaël Pastor le reconnaît d'emblée depuis le box des accusés : « Amedy Coulibaly, c'était mon ami ». Le terroriste et lui se sont rencontrés à la buanderie de la maison d'arrêt de Villepinte, en Seine-Saint-Denis, où ils pratiquaient les « challenges de sourates », des chapitres du Coran, durant leurs corvées.

« Il m'a trahi comme on ne m'a jamais trahi ! »

Car l'accusé est musulman. La question de la religion et d'une éventuelle radicalisation intéresse particulièrement la cour. Mais le jeune homme le martèle : « Je suis pas un terroriste, j'ai jamais été dans cette idéologie-là. Je fais les prières, le ramadan. Mais je ne sais pas lire l'arabe, je lis le Coran en français. » Pour preuve, dit-il, « ma sœur est juive, mes neveux et nièces aussi, je fais shabbat et Hanouka avec eux. » D'ailleurs, s'il avait eu le moindre indice sur le projet de Coulibaly, il « aurait tout fait pour l'en dissuader ». Mais il ne savait pas, se défend-il. « Je le croyais mon ami. Il m'a trahi comme on ne m'a jamais trahi ! »

En mai 2013, quand Pastor sort de prison, leur amitié est toujours intacte. Et l'ex-détenu demande à son copain de lui présenter une femme. Le terroriste joue alors les « marieurs » et met l'accusé en contact avec une femme qui se revendique du salafisme. Selon Pastor, c'est par défaut qu'il se serait tourné vers une femme à la religion rigoriste : « Quand vous êtes en taule, vous avez pas de thunes, faut pas croire que c'est une cadre supérieure qui va vous accepter comme époux. » A ce moment-là, sa mère, avec qui il dira être « fusionnel », qui l'a élevé « comme son Dieu », lui dit : « Il est hors de question que tu te maries avec une ninja », en référence à la tenue de la promise. Les noces se font quand même.

Le jour de la fête, en août 2014, Amedy Coulibaly est le témoin du marié, les coaccusés Amar Ramdani et Mohamed Belhoucine comptent parmi les convives. Le mariage ne passera pas l'hiver. « Elle était trop religieuse », dit Pastor, pointant par exemple que la mariée s'était débarrassée du poste de télévision conjugal. Le couple se sépare en novembre.

Une version contredite par l'épouse répudiée

A la barre cependant, l'épouse répudiée présente pendant plus de deux heures une tout autre version. Les lunettes rondes finement cerclées d'argent qui dépassent du voile noir posé sur sa tête, Chaineze H., 33 ans s'avance devant la cour. Parée d'une épaisse cape grise, la jeune femme fait voler en éclats l'idée d'un islam modéré pratiqué par Mickaël Pastor en 2014. « Une semaine après le mariage, je me suis rendu compte qu'il n'était pas du tout la personne à laquelle je pensais. On croyait au même Dieu, mais clairement on n'avait pas du tout les mêmes convictions religieuses. Il était d'un autre bord religieux », retrace la jeune femme d'une voix tremblante et essoufflée. L'infirmière de profession se rappelle ainsi d'un roi du Maroc traité de « mécréant », des velléités de son jeune époux à faire « la guerre sainte » ou de vidéos de propagande stockées sur une clé USB et visionnées.

Chaineze H. se rappelle par ailleurs un repas organisé après le mariage dans l'appartement de Pastor. Quatre convives : Amedy Coulibaly, son épouse Hayat Boumeddiene (jugée par défaut), Mehdi Belhoucine (lui aussi jugé en son absence) et son épouse Imen. « Je pensais que ce serait une réunion, les femmes d'un côté, les hommes de l'autre. Mais Belhoucine a fait un rappel religieux assez virulent. Ça incitait à la haine et à la rébellion. Les femmes ont vu ma répulsion, elles étaient surprises. Je leur ai dit qu'il s'agissait de l'idéologie d'une secte et que l'islam interdit de prendre ce chemin-là ». La jeune femme soupçonne alors une adhésion au takfirisme, une idéologie qui prône la violence.

«Y'avait des armes, j'avais peur. Je les ai touchées»

Cette radicalité de Coulibaly ne refroidit donc pas Mickaël Pastor qui continue à fréquenter le futur terroriste. Entre septembre 2014 et janvier 2015, les deux hommes échangent plus de 500 contacts téléphoniques, souligne la cour.

Mickaël Pastor raconte que le 5 janvier 2015, deux jours avant que débutent les attentats meurtriers, Amedy Coulibaly et lui « se baladent en voiture » dans la banlieue parisienne. L'équipée fait plusieurs arrêts et le terroriste laisse Pastor dans le véhicule. « Alors moi, je veux pas rester là, je rentre dans un centre commercial, j'y achète des siphons pour ma salle de bains […]. J'ouvre le coffre de la voiture, je jette les siphons. Et je vois des sacs noirs entrouverts. Y'avait des armes, j'étais excité, j'avais peur. Je les ai touchées, je les ai manipulées puis je les ai repoussées. […] Mais, j'ai touché que deux armes. J'ai pas sorti mon bras du coffre. Je regardais même derrière moi pour voir si la police ou Amedy arrivaient », décrit l'accusé pour expliquer que son ADN ait été relevé sur ces armes. Ensuite, dit-il, il n'en touche pas un mot à son ami, qu'il sait être un ancien braqueur : « Je ne voulais pas qu'il sache que j'avais fouillé dans ses affaires. »

Et son ordinateur, vendu à la va-vite deux jours après les attaques terroristes ? Les SMS effacés de son téléphone ? « Après les attentats, tout ce qui pouvait me relier à Amedy de près ou de loin, j'en avais peur. J'avais rien à me reprocher, mais j'avais peur. Les seules choses que j'ai faites dans ma vie c'est de vendre des barrettes de shit. J'ai raconté beaucoup d'inepties en garde à vue. J'en paierai les conséquences. J'aurais dû faire face. » Mickaël Pastor encourt 20 ans de prison.