Procès de la grotte sanglante : «Mon père, c’est quelqu’un de bien», témoigne la fille de l’accusé

Laurine Chesne, entendue ce mercredi par la cour d’assises de l’Hérault, a lu des lettres d’adieu - étrangement inédites - de sa mère. Une façon d’étayer la thèse du suicide et de lever les soupçons pesant sur son père, Rémi Chesne, jugé pour avoir assassiné l’amant de sa défunte épouse.

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 La fille de Rémi Chesne estime que son père a attenduqu’elle soit « plus mature » pour lui remettre les lettres de sa mère Nadège.
La fille de Rémi Chesne estime que son père a attenduqu’elle soit « plus mature » pour lui remettre les lettres de sa mère Nadège. PHOTOPQR/LE MIDI LIBRE/Michael Esdourrubailh

Coup de théâtre ou coup monté? Entendue ce mercredi par la cour d'assises de l'Hérault, qui juge son père et Audrey Louvet pour l'assassinat de Patrick Isoird en juin 2014 à Sète, la fille de Rémi Chesne, Laurine, âgée de 23 ans, a produit pour la première fois des lettres d'adieu de sa défunte mère, à la stupéfaction de la cour.

« Je pense qu'il faut qu'on voie qu'elle n'allait pas bien et qu'elle allait mettre fin à ses jours », justifie ainsi la jeune femme, qui avait 11 ans lorsque sa mère, Nadège, s'est pendue, en juillet 2009, au lendemain d'une relation extraconjugale avec son collègue Patrick Isoird. Un adultère qui, selon l'accusation, aurait nourri un ressassement obsessionnel et conduit Rémi Chesne à imaginer ce guet-apens mortel contre son rival, cinq ans plus tard.

Seulement voilà : si la famille de Nadège a toujours émis des doutes, et que la justice a rouvert l'enquête en parallèle en 2015, la cour d'assises s'est aussi longuement penchée sur cette pendaison et la possibilité qu'il ne s'agisse pas d'un suicide. Un soupçon terrible, que la fille de Rémi Chesne entend lever.

«Papa t'expliquera plus tard»

« Ma chérie, entame-t-elle, la voix brisée. Je t'écris cette lettre pour te dire le fond de ma pensée. J'aurais aimé rester à tes côtés plus longtemps, mais le destin en a décidé autrement. Papa t'expliquera plus tard les raisons pour lesquelles je suis partie. C'est injuste. Même si je ne suis plus présente physiquement, je t'observe de là-haut. »

S'ensuivent des conseils de vie, d'une mère à sa fille, sur l'importance de la famille, des études, le danger des drogues et une incitation à préserver sa virginité pour son futur mari. Dans le box, Rémi Chesne fond en larmes. « Si un jour tu fais une bêtise, parles-en à papa, tu sais que tu peux lui faire confiance. Garde ta sagesse et ne sois pas rebelle avec ton papa qui est toujours là pour ton bien […] Relis cette lettre de temps en temps, je t'aime passionnément. »

La «surprise» de Rémi Chesne

« Ces courriers, s'étonne la présidente de la cour, vous n'en aviez jamais fait état… » « Ce sont des lettres très personnelles, c'est pour ça que je n'en avais jamais parlé ». « Mais vous aviez été entendue par les enquêteurs… » « Je croyais que c'était que pour monsieur Isoird… », explique l'étudiante en sciences de l'éducation, vêtue d'un jean bleu et d'une veste noire. « C'est l'écriture de votre mère ? » demande la présidente « Oui, j'en suis convaincue. » Ces courriers surprises, non datés, c'est son père qui les lui a remis, trois à quatre ans après le suicide.

« N'aurait-ce pas été d'un grand réconfort de les lire à 11 ans, ces lettres ? » s'enquiert une assesseure. « Non, je crois qu'il y a beaucoup de choses que je n'aurais pas comprises. Il a attendu que je sois plus mature », estime la jeune femme, reconnaissant au passage que son père savait qu'elle les amènerait à l'audience.

Me Gérard Christol, avocat d'Audrey Louvet, n'en revient pas. « Vous entendez dans les médias que votre papa est sali par cette histoire, vous avez ces lettres merveilleuses qui prouvent le contraire, et vous ne les donnez pas ? » « Ce n'est que maintenant qu'on remet en cause le suicide de ma maman »… « Pourquoi votre père n'en a jamais parlé non plus ? » Laurine Chesne l'ignore. « Je vais faire comme votre père, qui nous répète : Je ne comprends pas. Eh bien moi non plus, je ne comprends pas », se rassied le bâtonnier.

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Me Eva Fournier, l'autre conseil d'Audrey Louvet, s'interroge, elle aussi sur la date et la nature de ces courriers. Des écrits d'une suicidaire ? L'avocate en doute. « Quand je lis le destin, relève-t-elle, j'ai plutôt le sentiment qu'elle a pu l'écrire en même temps que ses testaments… » Des documents rédigés plusieurs mois avant sa mort, dans lesquels elle demande ne pas prévenir sa famille en cas de décès, et lègue tout à son mari.

Nadège Chesne «possédée par les sorciers»

Laurine Chesne, elle, n'a jamais douté que sa mère ait pu mettre fin à ses jours, en raison d'un mal-être persistant. La jeune fille explique ainsi que Nadège Chesne multipliait à l'époque les crises de somnambulisme - « elle se levait le matin avec les cheveux coupés » - et tenait des propos étranges : « Je suis possédée par les sorciers, je vais mourir », lui aurait-elle dit.

Me Frank Berton, furieux qu'on malmène la fille de son client, se lève. « Vous comprenez qu'on fait porter sur vos épaules la culpabilité de votre père ? » « Oui », pleure-t-elle. « Vous sentez qu'on accuse ici votre père d'avoir tué votre mère ? », tonne-t-il. « Oui, c'est pour ça que je les sors les lettres ! Lui il n'aurait même pas voulu », sanglote l'étudiante, avant de lancer ce cri du cœur : « Mon père, c'est quelqu'un de bien… Il est franc, s'il a un problème il va voir les gens directement. Jamais il n'aurait attendu cinq ans pour se venger ! »

Le verdict est désormais attendu vendredi.