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Procès de l’anesthésiste : «Comment a-t-elle pu travailler ivre ?»

Iris, la sœur de Xynthia Hawke, décédée lors de son accouchement entre les mains du Dr. Helga Wauters, a parlé ce jeudi de sa cadette avec émotion devant le tribunal correctionnel de Pau.

 Iris, la sœur de Xynthia Hawke, et sa mère, Clare, à l’ouverture du procès ce jeudi à Pau.
Iris, la sœur de Xynthia Hawke, et sa mère, Clare, à l’ouverture du procès ce jeudi à Pau. AFP/GAIZKA IROZ

C'est la voix d'une sœur aimante, qui fait revivre quelques instants sa cadette, Xynthia, dans la salle du tribunal correctionnel de Pau. Un vibrant hommage à cette jeune maman, décédée après avoir mis son enfant au monde, le 26 septembre 2014, à la clinique d'Orthez (Pyrénées-Atlantiques). Son fils Isaac a aujourd'hui six ans, l'âge de cette procédure très longue qui est en train de connaître son épilogue avec le procès d'Helga Wauters, médecin anesthésiste belge de 51 ans, jugée pour homicide involontaire aggravé alors qu'elle était ivre au bloc et a multiplié les erreurs causant le décès de la jeune femme.

Ce jeudi après-midi, Iris Hawke, 36 ans, s'avance à la barre. En anglais d'abord, puis en français, elle retrace le parcours de sa sœur, « sa meilleure amie ». Toutes deux grandissent dans la campagne anglaise du Somerset, au sein d'une famille soudée. Fusionnelles, elles se passionnent pour les sports de glisse et la France. Iris parle de Xynthia comme d'une personne « rayonnante », « drôle », qui avait un rêve simple, celui de « vivre heureuse ». Xynthia pose ses valises à Biarritz, trois ans avant sa mort. C'est là qu'elle rencontre Yannick. Entre eux, tout va très vite et la jeune femme tombe enceinte. Le couple décide de s'installer dans une maison, rêvant déjà de leur vie à trois. Mais le 26 septembre 2014, tout bascule.

« Si elle n'était pas venue travailler ce soir-là… »

« On sait maintenant qu'elle a beaucoup souffert, cette injustice déclenche en moi de la colère, elle n'aurait jamais dû ressentir cela avant de mourir », confie Iris. Six ans plus tard, « une éternité », la sœur aînée de Xynthia pose la question cruciale et lancinante de cette affaire : comment ce médecin a-t-il pu prendre la décision de travailler en étant ivre ? Et d'ajouter : « si elle n'était pas venue travailler ce soir-là, nous ne serions pas ici. Helga Wauters est directement responsable de la mort de ma sœur, je veux qu'elle le reconnaisse. »

Tout près d'elle, Helga Wauters baisse la tête sur sa chaise. Plus tôt dans la matinée, l'anesthésiste s'est adressée à la cour pour une unique prise de parole. Désireuse de garder le silence sur les faits, s'estimant « incapable de donner des réponses précises », la prévenue a exprimé, pour la première fois, des regrets sur cette nuit fatale : « Je regretterai cette tragédie toute ma vie. Je porte en moi, chaque minute, le poids du décès de Xynthia Hawke », a-t-elle déclaré d'une petite voix.

Un manque d'oxygène et conduit à l'arrêt cardiaque

Alors qu'elle avait toujours minimisé son implication lors de l'instruction, elle a admis sa responsabilité dans l'homicide involontaire de la jeune femme sans s'étendre davantage sur les erreurs qui lui sont reprochées : son incapacité à prendre le contrôle de la situation, alors qu'elle était censée être le chef d'orchestre du bloc, son incapacité à diagnostiquer l'arrêt cardio respiratoire, pourtant jugé évident par le médecin urgentiste appelé en renfort. L'enquête a permis d'établir qu'Helga Wauters avait mal intubé la patiente, ce qui avait causé un manque d'oxygène et conduit à l'arrêt cardiaque de Xynthia Hawke, décédée quatre jours plus tard.

Mais si elle concède avoir « pleinement conscience » de sa responsabilité, Helga Wauters estime ne pas être la seule à devoir rendre des comptes et qu'« on lui a fait porter seule le poids de ce drame ». Le jour de la césarienne, Helga Wauters avait pourtant bu tout au long de la journée. « Je n'aurai pas dû faire courir de risque à mes patients », reconnait-elle. Toutefois, son addiction « incompatible » avec son métier, qui lui avait valu deux licenciements pour faute grave en Belgique semble au-delà de tout contrôle. Elle a affirmé ne pas pouvoir la « maîtriser » « en dépit de tous ses efforts ».

Ce vendredi, trois ans de prison ferme et l'interdiction définitive d'exercer ont été requis au tribunal correctionnel de Pau à son encontre, soit la peine maximale.La procureure de la République, Orlane Yaouanq, a également demandé que soit ordonnée « l'interdiction d'exercer la profession de médecin à titre définif », estimant que la Belge a « piétiné le serment d'Hippocrate, le serment de soigner ». Le procès est prévu jusqu'à ce vendredi soir.