AbonnésFaits divers

Ponts, maisons, routes et même le cimetière : à Tende, la tempête Alex a tout détruit

La commune de la vallée de la Roya est inaccessible par la route depuis vendredi mais le maire salue l’ingénieuse générosité mise en place par les habitants.

 Dans la vallée de la Roya, les dégâts sont considérables et la reconstruction sera longue, très longue.
Dans la vallée de la Roya, les dégâts sont considérables et la reconstruction sera longue, très longue. AFP/Nicolas Tucat

« Ce dimanche, ça va un peu mieux mais on s'est retrouvé dans une situation catastrophique. » Jean-Pierre Vassallo, maire de Tende, une commune de 1 400 habitants sur les hauteurs de la vallée de la Roya, que nous avons réussi à joindre dimanche quelques minutes après le retour d'une partie du réseau téléphonique mobile, ne perd pas le moral. Malgré l'adversité, le doute et les questions sur l'avenir.

Son village est l'un des plus durement touchés des Alpes-Maritimes par les intempéries, totalement inaccessible par la route. Et ce n'est pas près de s'améliorer de ce côté-là, prévient-il.

« Je ne préfère pas y penser mais la commune est détruite, dit-il. On n'a plus un seul des quatre ponts, la piscine est partie, les courts de tennis aussi. Le cimetière à Saint-Dalmas-de-Tende a été coupé en deux, des corps sont partis. On ne sait pas ce que ça va donner pour l'Ehpad… »

«On n'avait rien, c'était le Moyen Age»

L'Ehpad, justement, menacé par les eaux au plus fort de la crise, a été l'objet d'une spectaculaire opération vendredi soir. « On a évacué 70 personnes vers une antenne du CHU sans électricité, sans téléphone, sous la pluie, avec du personnel communal, des gendarmes, des pompiers, des habitants… On n'avait rien, c'était le Moyen Age », confie-t-il.

Au moins cinq maisons ont été détruites et quinze familles relogées provisoirement. « Des gens étaient isolés dans des hameaux, on était vraiment dans la mouise, explique l'élu. A tel point que samedi, j'ai dû rationner l'eau à un demi-litre par personne grâce à la réserve qu'on avait constituée. On a aussi une source qui se trouvait sur les collines, on a transporté des cuves là-bas pour les remplir avant de les ramener ensuite. » Le village privé de son réseau d'eau potable n'avait pas non plus de nourriture. Heureusement, les restaurateurs se sont mobilisés témoigne-t-il : «Ils ont apporté leurs réserves puis ont fait des plats qui ont pu être distribués. »

Pour ravitailler le hameau de Vievola, totalement isolé, c'est le système D qui a fait son œuvre. « On a mis en place des convois de quads qui roulaient entre les rails de chemin de fer et tracté des remorques de la SNCF qui pouvaient aller sur les rails. Je ne sais pas ce qu'elles faisaient là d'ailleurs. En passant quelques tunnels, on est arrivés sur place » explique-t-il.

«On n'a pas de solutions pour les routes…»

Les inquiétudes pour la suite ne manquent pas. « Des gens désespérés n'ont plus rien. On a pu avoir des bouteilles d'eau et des vivres ce dimanche grâce aux hélicoptères. Un autre hélicoptère du Samu est venu samedi faire le point. La prochaine étape, c'est d'évacuer d'urgence des habitants malades qui ont besoin de traitements et descendaient régulièrement en ville. On doit aussi prendre contact avec deux bergers. » L'avenir s'annonce en tout cas chargé. « On n'a pas de solutions pour les routes car elles sont compliquées, situées en fond de vallée avec de hauts murets. Peut-être qu'on va pouvoir utiliser la voie ferrée, on espère en tout cas la rétablir. »

Au milieu du chaos, il y a cependant parfois de la lumière. « Le plus beau côté de cette crise, c'est la solidarité montagnarde extraordinaire que nous avons constatée », positive l'édile.