AbonnésFaits divers

Policiers blessés à Herblay : «La police ne fait plus peur», réagit le syndicat Unsa Police

Thierry Clair, le secrétaire général adjoint du syndicat Unsa Police, traduit la consternation et la colère dans les rangs des policiers après que deux d’entre eux ont été blessés dans le Val-d’Oise, dont un grièvement, par des hommes qui les avaient désarmés.

 Après l’agression des deux policiers dans la nuit de mercredi à jeudi à Herblay (Val-d'Oise), le procureur de Pontoise a ouvert une enquête.
Après l’agression des deux policiers dans la nuit de mercredi à jeudi à Herblay (Val-d'Oise), le procureur de Pontoise a ouvert une enquête. LP/Frédéric Naizot

« On a franchi un cap dans la violence gratuite ». Après les événements survenus à Herblay (Val-d'Oise ), où deux policiers qui enquêtaient sur une tentative d'enlèvement ont été très gravement blessés par balle dans la nuit de mercredi à jeudi, Thierry Clair, le secrétaire général adjoint du syndicat Unsa Police, fait part de sa « consternation » et sa « colère ».

VIDÉO. Herblay : deux policiers blessés par balle, leurs armes de service dérobées

Quelle est votre réaction après le drame ?

THIERRY CLAIR. C'est de la consternation et de la colère. Mes collègues de la PJ ont été confrontés à des faits d'une rare intensité. On a franchi un cap dans la violence gratuite. C'est à la fois inquiétant et révoltant.

Pourquoi dites-vous que l'on a franchi un cap, cette violence gratuite contre la police n'est pas nouvelle ?

C'est vrai. D'ailleurs cette affaire me rappelle celle de Viry-Châtillon (NDLR : en octobre 2016, une dizaine de personnes avait attaqué deux voitures de police avant de jeter des cocktails Molotov à l'intérieur en bloquant les portes. Deux policiers avaient été grièvement brûlés). Là, les fonctionnaires ont été extirpés de la voiture par les voyous pour être passés à tabac. Leurs armes ont été saisies puis utilisées contre eux de façon totalement gratuite. C'est un acte d'une grande cruauté et lâcheté. Il y a l'effet de surprise, l'effet de nombre. Nos collègues garderont des séquelles à vie de cet acharnement à leur encontre.

VIDÉO. Les deux policiers attaqués à Herblay ont été « massacrés », selon Darmanin

Pour vous, il ne fait aucun doute que ces voyous s'en prenaient à des policiers ?

Tels que les faits nous sont rapportés, oui. Nos collègues ont montré leur carte professionnelle, ils avaient un brassard police, des armes. Certes, ils étaient en civil, leur véhicule était banalisé mais il y avait un pare-soleil avec police. Leur gyrophare est cassé. Pourquoi les agresseurs auraient-ils pensé qu'il s'agissait de faux policiers ?

Comment en est-on arrivé là ?

Il existe un sentiment d'impunité. Non seulement on respecte de moins en moins la police -on a de plus en plus de mal à accomplir nos missions - mais elle ne fait plus peur. Et la justice non plus. Je ne dirais pas que la peur a changé de camp, mais on y est presque. Comment ces voyous peuvent-ils tirer de sang-froid sur des policiers qu'ils ont désarmé ? Cela doit nous interroger. Il y avait volonté de tuer. On ne peut pas se contenter de dire la justice va passer, on doit se dire la justice doit passer.

Cela veut dire que la justice n'est pas assez sévère ?

On n'est pas là pour opposer police et justice. Il ne suffit pas que la justice prononce des sanctions, encore faut-il que celles-ci puissent être appliquées. Quand des multirécidivistes sont condamnés à des peines qui ne sont pas appliquées, ou sont transformées en des peines allégées, cela pose problème. Nous ne sommes pas partisans du tout carcéral. Mais aujourd'hui, pour certains délinquants le bracelet est devenu un trophée. Le sentiment d'impunité s'est inscrit dans les esprits progressivement. Il naît chez les primo délinquants puis perdure tout au long du parcours délictuel ou criminel. Il faut se rendre à l'évidence : les sanctions ne sont pas assez rapides et dissuasives. Un acte délictueux nécessite une réponse immédiate. Aujourd'hui les délais sont trop longs. Quand un délinquant est convoqué 15 mois après un délit, entre-temps il peut en commettre beaucoup d'autres sans pour autant être interpellé. C'est comme ça que naît et prospère le sentiment d'impunité.

Quelle est la solution ?

La question sécuritaire est complexe, cela ne passe pas seulement par la police et la justice. Il faut s'intéresser à la cellule familiale, l'éducation. Il faut que toute la société se sente concernée.