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Pédophilie : la double vie d’un policier et d’une institutrice

Une ex-professeure des écoles de 45 ans est jugée pour avoir eu recours à des prostituées mineures en Thaïlande et consommé des images pédopornographiques avec son époux, membre des forces de l’ordre, qui s’est suicidé en prison en 2018.

 La juge d’instruction a estimé que Sylvie H. « était pourtant bien en possession de son libre arbitre ». (Illustration)
La juge d’instruction a estimé que Sylvie H. « était pourtant bien en possession de son libre arbitre ». (Illustration) LP/Guenaele Calant

Il a préféré se suicider en détention plutôt que d'affronter la justice. Sans doute Alexandre H., 45 ans, aurait-il eu du mal à assumer publiquement son triple statut : pédophile, père de famille et policier. C'est donc seule que sa veuve sera jugée ce mardi à Arras (Pas-de-Calais) pour détention d'images à caractère pédopornographique et recours à la prostitution de mineurs. Ou la dérive d'un couple prêt à tout pour assouvir ses fantasmes, en contradiction totale avec les valeurs portées par leur profession respective. Suspendue par l'Education nationale, Sylvie H. était en effet au moment de son arrestation, en septembre 2017, enseignante en école maternelle.

C'est via une enquête née outre-Manche qu'Alexandre H. apparaît d'abord dans le viseur de la justice : entre 2013 et 2016, ce dernier a téléchargé et mis à disposition pas moins de 30 000 clichés pédophiles, via un réseau dit « peer to peer ». Mais la perquisition menée à son domicile va révéler que l'homme est loin de se contenter de consommer des images et que, fait pour le moins inhabituel, son épouse est non seulement informée, mais partie prenante dans cette sexualité qu'il qualifie de « débridée ». Un euphémisme.

De sordides mises en scène

Dans une malle fermée par un code, sont ainsi découverts une grande quantité d'accessoires sexuels, divers supports numériques et des clichés, téléchargés depuis l'ordinateur familial… situé dans la salle à manger. Des vidéos amateur du couple montrent aussi de sordides mises en scène lors de leurs rapports sexuels, dans lesquelles Sylvie H. est entourée de photos montrant des enfants prépubères, filles et garçons. Enfin, vont être exhumées par l'expert informatique - elles avaient été volontairement effacées - des images d'ébats avec plusieurs prostituées asiatiques, manifestement mineures.

Or le couple s'est rendu à deux reprises en Thaïlande - la seconde fois avec ses deux enfants âgés de 11 et 15 ans - entre 2015 et 2016, pour pratiquer des relations à trois. Si Alexandre et Sylvie H. reconnaissent les faits, ils nient avoir su que ces prostituées pouvaient être mineures. Pourtant, les photos « mettent en évidence de manière criante l'aspect juvénile » de ces partenaires, écrit la juge d'instruction qui a renvoyé Sylvie H. devant le tribunal correctionnel. L'une, remarque-t-elle d'ailleurs, a une poitrine naissante, quand la seconde porte un appareil dentaire…

Avant de se suicider par pendaison, en février 2018, Alexandre H. a reconnu avoir eu un rôle moteur et amené peu à peu son épouse « dans ce qu'il y avait de pire ». Se disant « drogué par le sexe », il a longtemps mené une double vie, multipliant les maîtresses et les amants, se rendant sur des lieux dédiés au voyeurisme, fréquentant des sites Internet « de plus en plus hards et déviants ». Jusqu'à ce qu'en 2009, son épouse découvre son infidélité et lui demande de ne rien lui cacher de ses fantasmes, afin de combler ses désirs. Passé le choc initial, elle se pliera donc à tout sans broncher : libertinage, triolisme, échangisme, scatophilie, urophilie.

Une femme en « dépendance affective »

« Il m'en fallait toujours plus… » a également confessé Alexandre H., qui adressait quotidiennement à sa femme des messages accompagnés de photos pédopornographiques. Messages auxquels l'enseignante prenait le temps de répondre, en pleine journée. Décrite comme une femme en « dépendance affective », sous l'emprise d'un homme autoritaire qui régentait son foyer, Sylvie H. était pourtant bien en possession de son libre arbitre, a estimé la juge d'instruction. Elle avait ainsi justifié sa docilité par le fait qu'après le refus d'une pratique déjà fort inhabituelle, son mari l'avait traitée de « grand-mère » et avait « fait la tête » durant deux jours…

Quant à Alexandre H., les craintes initiales de possibles passages à l'acte, notamment en raison de ses échanges sexuels avec des ados sur des messageries instantanées, n'ont pas été étayées. Ni ses enfants, ni sa nièce, filmée à son insu pendant qu'elle dormait au domicile des H., n'auraient été victimes. Jointe, l'avocate de Sylvie H. n'a pas souhaité s'exprimer.