Pédophilie : Karine, violée chez ses parents, poursuit l’Etat pour ne pas l’avoir protégée

Karine Jambu attaque les autorités judiciaires en appel, leur reprochant de l’avoir laissée chez ses parents défaillants, qui l’ont livrée à un pédophile. Un combat dans lequel sa tante l’accompagne.

AbonnésCet article est réservé aux abonnés.
 Karine Jambu (de dos, face à sa tante qui l’a adoptée) a vécu l’enfer dans le foyer familial, sans que l’Etat ni les services sociaux ne réagissent malgré les signalements.
Karine Jambu (de dos, face à sa tante qui l’a adoptée) a vécu l’enfer dans le foyer familial, sans que l’Etat ni les services sociaux ne réagissent malgré les signalements. LP/Delphine Goldsztejn

C'est un nouveau rendez-vous judiciaire pour Karine et sa tante Laurence Brunet-Jambu. Mais cette fois, c'est à l'Etat qu'elles demandent des comptes, lors d'une audience en appel, ce mercredi, au tribunal de Paris : pour n'avoir pas su protéger Karine de ses parents maltraitants, pour l'avoir maintenue dans ce foyer malsain en dépit d'une dizaine de signalements, pour n'avoir pas creusé, quand des enquêtes de police ont été ouvertes.

Délaissée, négligée, battue, la petite fille qu'elle était a également été livrée aux assauts d'un « ami » de ses parents, un pédophile dont ils connaissaient le passé judiciaire et qu'ils hébergeaient sous leur toit. Ce qu'elle avait fini par confier à sa tante, des années après.

Son violeur condamné en 2018

En juillet 2018, Roland Blaudy a finalement été condamn é par la cour d'assises d'Ille-et-Vilaine à trente ans de réclusion criminelle pour viols, commis sur Karine entre ses 5 et ses 8 ans. Ses parents, poursuivis pour l'avoir menacée et empêchée de parler, à deux ans de prison avec sursis pour Anne-Marie Jambu, et trois ans, dont six mois ferme, pour son époux, René.

Des géniteurs qui « n'existent plus » pour elle, dit désormais Karine, que sa tante Laurence a tout fait pour sauver et qu'elle a finie par adopter. Il lui aura fallu des années et un bras de fer avec les services sociaux et judiciaires pour extraire Karine des griffes du couple Jambu. Un duo porté sur le sexe et la bouteille, dont l'attitude est pourtant signalée par l'hôpital, dès la naissance de l'enfant. Anne-Marie Jambu avait en outre déjà été condamnée pour infanticide, une fillette massacrée à coups de couteau…

D'autres alertes suivront, notamment lorsque Karine est âgée de 5 et 6 ans, et qu'elle a un comportement hypersexualisé - elle a pratiqué des fellations sur des petits voisins et se masturbe en public… Mais le Parquet de Rennes, qui réceptionne un à un les signalements, ne réagit pas : la fillette est laissée à ses parents sous la surveillance des services sociaux qui mésestiment eux aussi le danger. Deux enquêtes policières seront bien ouvertes, et vite refermées après une simple audition de Karine qui, terrorisée par ses parents, n'ose alors dénoncer les abus.

« Une simple enquête de voisinage aurait pourtant permis d'établir que Roland Blaudy dormait sur place et qu'il était fiché, regrette Me Grégory Thuan dit Dieudonné, qui représente Karine et Laurence. Par son inaction fautive, le Parquet n'a pas permis de protéger Karine ». Une « faute lourde » que l'avocat souhaite voir reconnaître en appel, là où en, 2018, on lui avait opposé que les faits étaient prescrits. L'Etat avait toutefois été condamné pour « déni de justice », en raison des délais anormalement longs - neuf ans - pour obtenir la condamnation de Blaudy.

«Encore trop d'enfants en danger»

Pour asseoir son argumentaire, Me Thuan dit Dieudonné compte notamment s'appuyer sur le rapport au vitriol du Défenseur des Droits qui, en 2019, avait conclu que « le constant de défaillance de la part des autorités aux niveaux socio-éducatif, judiciaire et policier est sans appel ».

Désormais âgée de 23 ans, devenue travailleuse sociale à son tour, et enceinte de son premier enfant, Karine « prend de plus en plus conscience, en décortiquant le dossier, qu' elle n'aurait jamais dû vivre tout ça. Symboliquement, que cette faute lourde soit reconnue est très important pour elle », raconte sa tante, Laurence. Elle-même a soif de revanche : alors qu'elle avait fait un signalement anonyme, elle avait été poursuivie pour dénonciation calomnieuse… et avait dû s'excuser auprès du couple.

Newsletter L'essentiel du matin
Un tour de l'actualité pour commencer la journée
Toutes les newsletters

Mais au-delà, celle qui depuis a pris la tête de la section bretonne des comités Alexis-Danan pour la protection de l'enfance, veut voir les choses changer. « La justice se grandirait à reconnaître ses erreurs, pour ne plus passer à côté de signalements. On voit encore trop d'enfants en danger… relève Laurence Brunet-Jambu. Si on veut encourager les gens à appeler le 119 ( NDLR : le numéro anonyme et gratuit pour signaler des suspicions de maltraitance ), il faut que les autorités, ensuite, fassent leur travail! »